Charcuterie bordelaise : quelle vie après la listeria ?

Pascal Rabiller

Pascal Rabiller
Bien sûr, il y a la condamnation à un an de prison avec sursis et trois ans d'interdiction de gestion d'une entreprise, qui fait l'objet d'un appel mais qui pèse quand même sur ses épaules. Arnaud Chedhomme, fondateur et dirigeant de Charcuterie bordelaise, reconnaît que les épisodes d'alertes à la listeria et la garde à vue traumatisante générée en début d'année par une "erreur humaine concernant une expédition de lot infecté" qu'il doit "assumer" alors qu'il était "en Asie au moment des faits", l'ont humainement secoué. Mais il n'est pas du genre à se laisser abattre sans broncher.
Les 10 derniers mois de l'histoire de sa société implantée depuis 2000 à Bordeaux auraient pourtant pu lui donner des occasions de baisser les bras...La société (50 salariés) qui a fait de l'utilisation de produits labellisés, du 100 % viande française sa marque de fabrique et qui a investi, en 2012, la bagatelle de 7 M€ dans une usine de production neuve, en banlieue bordelaise, a été durement secouée, le 23 décembre dernier, par une alerte à la Listeria. Alors qu'elle s'apprêtait à sortir, par le haut, grâce notamment à une hausse des prix de vente acceptée par la grande distribution, d'une période de redressement judiciaire.
Toujours est-il que l'épisode, s'il ne semble pas trop toucher la réputation de la société, vraisemblablement parce qu'aucun consommateur ne semble avoir été affecté par la bactérie, a laissé des traces économiques.
"Nous avons d'abord investi immédiatement 150.000 euros en analyses réalisées par le laboratoire Mérieux. Nous voulions comprendre l'origine de cette contamination croisée. De décembre à mai 6.000 analyses ont été programmées, nous avons mis en place un nouveau plan d'action alors que nous pensions réellement, avec la nouvelle usine, être totalement à l'abri de ce type de problème d'hygiène...", consent Arnaud Chedhomme. Ce dernier reconnaît que l'épisode a fait monter d'un cran supplémentaire la vigilance sanitaire de son établissement et de ses salariés.
Reste qu'entre la crise de fin décembre, les délais avant remise en vente imposés par les services vétérinaires - "même pour des produits à cuire, ce qui est quand même surprenant", glisse Arnaud Chedhomme - et les impacts sur l'image et donc les ventes d'une telle crise, le PDG de Charcuterie bordelaise estime à 300.000 € supplémentaires les pertes de chiffre d'affaires de la société au plus fort de la crise de la listeria.
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Chaque mois les 50 salariés de la Charcuterie bordelaise transforment 100 tonnes de viande française à destination de la distribution et et de la restauration (ici préparation de crépinettes).
Pour autant, la période compliquée traversée par Charcuterie bordelaise a resserré les liens entre certains salariés et la direction.
A l'occasion d'une opération d'ouverture (à hauteur de 30 %) du capital nécessaire pour la survie de Charcuterie bordelaise, ses salariés ont montré leur attachement à la société qui les emploie. 25 d'entre eux ont rejoint les rangs des nouveaux actionnaires aux côtés, notamment, du groupe coopératif Terres du Sud (gestionnaire, via Expalliance, de l'abattoir de Bazas qui fournit 100 tonnes de viandes chaque mois à Charcuterie bordelaise, son principal client), et d'un investisseur singapourien.
Ce changement d'actionnariat et cette augmentation de capital, la validation d'un plan de continuation ne sont pas les seuls changements, avec les nouveaux process en matière d'hygiène nés des difficultés financières et sanitaires de Charcuterie bordelaise.
Une diététicienne qui n'est autre que Catherine, l'épouse du PDG qui, en plus d'exercer en libéral, dégagera du temps pour accompagner l'entreprise familiale dans ce nouveau service.
Une chose n'a pas changé, à l'image de la faconde légendaire du dirigeant et de sa volonté de continuer de mettre en avant la production de viande française : le nom de la marque Charcuterie bordelaise.
L'histoire de Charcuterie bordelaise, c'est donc Arnaud Chedhomme qui compte encore l'écrire à l'avenir même si, avant le plan de continuation et au plus fort de la crise sanitaire, des offres de reprises sont tombées sur son bureau...
En attendant l'appel concernant une éventuelle interdiction de gestion, ce dernier assure une présence à l'usine de 3h30 le matin à 18 h minimum, histoire de garder la main sur une société qu'il a peur de voir lui échapper... à cause d'un déplacement professionnel de trois semaines en Asie.
Dans quelques semaines, le recrutement d'un directeur d'usine devrait alléger un peu son fardeau. Il devrait aussi lui permettre de dégager plus de temps pour participer à la création de nouveaux produits. Il se murmure qu'une gamme bio, des marinades et plusieurs produits innovants mais issus de la tradition culinaire locale devraient prochainement sortir de l'usine bordelaise... qui bouge encore.
Nettoyage systématiques des bottes, portiques qui ne s'ouvrent qu'une fois les mains désinfectées... les conditions d'hygiènes se sont encore durcies après l'alerte listeria de fin d'année.
Pascal Rabiller
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