Sojalim, nouvel atout de la reconquête du soja français

Pascal Rabiller

Pascal Rabiller
Déjà acteur de l'amont et de l'aval de la production de soja, le groupe coopératif béarnais Euralis (12.000 agriculteurs, 5.500 salariés, 1,5 Md€ de chiffre d'affaires) se positionne depuis hier en tant qu'acteur de la création d'une filière soja dans le Sud-Ouest.
En effet, aux côtés du groupe Avril (ex-Sofiprotéol), le groupe coopératif aquitain vient de créer une filiale commune, Sojalim, qui finance et exploitera une unité de trituration de soja qui va sortir de terre à Vic-en-Bigorre, près de Pau.
Une unité qui, moyennant un investissement total de 3,5 M€ et la création d'une dizaine d'emplois, sera capable, dès le printemps 2017, de transformer (triturer) 25.000 tonnes de tourteau de soja, dont 5.000 tonnes de soja biologique.
Actuellement la production des 600 agriculteurs coopérateurs d'Euralis plafonne à 14.000 tonnes de soja. Mais la progression de la culture du soja est rapide puisqu'en une année seulement elle a déjà bondi de 50 %.
Une compétitivité qui servira également à celle des élevages concernés.
Cette structuration amont offre par ailleurs une nouvelle source de revenu pour les agriculteurs. Le cours du soja évolue aux alentours de 320 euros la tonne quand celui du maïs plafonne actuellement à 150 € la tonne...
Sans être une martingale, la filière soja offre quand même des avantages qui ne sont pas que financiers pour l'agriculteur qui s'y lance.
Si la production première des agriculteurs d'Euralis reste, et restera sans doute longtemps, la culture du maïs, avec cette structure commune Sojalim, le groupe coopératif se positionne désormais comme un acteur qui compte au sein d'une filière française du soja en plein essor.
La France, pourtant 1er producteur européen d'oléoprotéaginaux, reste un nain mondial du marché du soja par rapport aux USA, au Brésil et à l'Argentine. La France, via la mise en place d'un plan "protéines végétales" doté de 49 M€ d'aides, entend, pour réduire sa dépendance vis-à-vis de l'importation dans ce domaine (au moins 40 % de la consommation française est issue de l'importation lointaine), cultiver au moins 200.000 hectares de soja à l'horizon 2020.
La volonté de la filière se traduit clairement dans les chiffres. La France cultivait 43.000 hectares de soja en 2013, 76.000 en 2014, et 141.000 hectares actuellement, soit le niveau qui était celui le sien en 2000... ce qui, tout en relativisant, sans en diminuer l'effort nécessaire pour cette forte progression, donne aussi l'occasion de rappeler que rien n'est gagné dans ce domaine et qu'une baisse des cours, ou un coup de frein politique dans le soutien de la filière pourrait remettre en question le développement du "pois chinois", autre nom du soja.
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Pascal Rabiller