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Agroalimentaire - La Tribune Bordeaux

Oviatis, histoire d'un pionnier de la stévia bio française

Photo de Pascal Rabiller

Pascal Rabiller

Publié le 11 octobre 2016 à 12:32 - Mis à jour le 11 octobre 2016 à 13:19

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Depuis 2013, la société Oviatis œuvre pour faire émerger en Nouvelle Aquitaine une filière 100 % française de stévia, cette plante originaire du Paraguay, capable de remplacer le sucre et l’aspartame. Un parcours du combattant dont l’issue potentiellement heureuse semble proche. Explications.

Le sucre, Philippe Boutie le connaît par cœur.
Il a occupé pendant de longues années des fonctions commerciales chez l'un des géants du secteur, la coopérative sucrière Cristal Union (Daddy est une de ses marques les plus connues).
Pourtant, depuis cinq ans, c'est dans tout ce qui concerne la stévia, cette plante originaire du Paraguay, dont les feuilles contiennent des édulcorants naturels, qu'il est passé expert.

"J'ai découvert cette plante alors que j'étais encore dans l'industrie sucrière. Je savais que l'industrie sucrière s'intéressait de près à cet édulcorant susceptible de représenter une alternative au sucre, mais aussi à l'aspartame de plus en plus controversée. La stévia était encore inconnue ou presque en France, mais elle ne représentait pas une innovation au Japon qui l'utilise depuis 40 ans et n'a pas, de fait, connu la période de la chimie de l'aspartame", explique Philippe Boutie.

Une découverte qui se transforme rapidement en aventure entrepreneuriale pour le Lot-et-Garonnais qui quitte alors son emploi.

"J'ai constaté très vite que la production de stévia est concentrée, à 85 % au moins en Chine et en Argentine."

Une production globalement détenue par deux groupes seulement : Cargill, l'Américain, et le Malaisien Pure Circle.

"Dans ce contexte j'ai pensé qu'il pouvait être pertinent, à l'heure de la traçabilité et de la transparence, de proposer à l'industrie agroalimentaire, mais aussi à la grande distribution, une production de stévia 100 % française et bio."

Une usine pilote d'ici la fin de l'année

Faute de moyens, ce n'est pas en voyageant le monde pour rencontrer des producteurs que Philippe Boutie s'est formé sur la stévia, son mode cultural, ses espèces...

"Non, j'ai beaucoup appris via internet, les coups de fils et les rencontres avec des experts de cette plante. Pour mettre au point l'itinéraire de production bio je me suis rapproché des filières de production existantes, au Maroc ou au Paraguay, et j'ai aussi profité de l'expérience d'une autre initiative française, qui s'est lancée en même temps que moi, mais dans l'Hérault."

Une initiative française qui a avorté. Aujourd'hui Oviatis est seule en France.

"Dans cette filière il ne suffit pas de sélectionner les espèces de stévia les mieux adaptées au territoire, ce que nous faisons avec l'Inra de Villenave-d'Ornon (en Gironde, près de Bordeaux, NDLR) depuis le début de l'aventure, ou de trouver les agriculteurs qui font le pari d'une culture exigeante, ce que nous avons également. Il faut aussi que des filières, industrielle et commerciale, voient le jour. Il faut transformer la plante pour adresser, avec l'extrait de stévia, les marchés de l'industrie et de la grande distribution", précise le pionnier aquitain de la stévia.

Avec l'aide d'un autre entrepreneur lot-et-garonnais, Pierre Jeannot (société Rouages, spécialisée dans l'infusion de plantes aromatiques et l'extraction) a précisément travaillé dur à faire exister le chaînon qui a manqué aux héraultais.
Faute de moyens encore, il lui a fallu cinq ans pour y parvenir vraiment.
Ce chaînon manquant, celui de la transformation, de la production de l'extrait de stévia, il l'a d'abord trouvé auprès de Rouages, mais il s'apprête à prendre la forme d'une unité pilote d'extraction, qui va sortir de terre du côté de l'Agropole d'Agen.

Une levée de 250.000 € programmée via Happy Capital

"Une levée de fonds est programmée, via Happy Capital", explique Philippe Boutie. J'espère lever 250.000 euros dans un premier temps, puis 500.000 euros au total un peu plus tard quitte à ouvrir le capital à hauteur de 40 %, pour pouvoir lancer la commercialisation de la production."

Une unité pilote qui va démarrer en début d'année 2017, et permettre de produire près de 600 kg d'extrait de stévia, plus précisément de glycosides de stéviol naturellement purifiés.

"Notre outil est dimensionné pour fabriquer de l'extrait de stévia bio, mais peut aussi traiter la stévia cultivée de manière conventionnelle. Nous savons que les besoins existent dans ces deux marchés. Les grandes marques de l'agroalimentaire, je pense par exemple à Coca Cola, commencent enfin à communiquer sur l'utilisation de stévia dans leur formulation alors qu'elles l'ont d'abord soigneusement caché... parce qu'ils craignaient que les consommateurs ne soient rebutés par un goût amer qui a longtemps été attribué, désormais à tort, à la stévia de qualité et surtout bien dosée. Les consommateurs sont intéressés par la consommation de stévia, je fais le pari qu'ils seront encore plus intéressés par la stévia 100 % française et éventuellement bio !"

Un marché mondial à 500 M€

Le marché mondial de la stévia, en dehors du pays pionnier, le Japon, est un business naissant, qui pèse environ 500 M€ à l'échelle planétaire.
Fort de sa première unité d'extraction entièrement dédiée à sa production, le pionnier français de la stévia, Oviatis, envisage donc de prendre, modestement, dans les rayons produits locaux de la grande distribution, via sa marque "Orevia", ou encore "BioVia" marque visant la distribution spécialisée bio, sa place dans le concert mondial.

"Nous aurons le process industriel, nous avons mis au point les produits, les différentes gammes, nous savons quels marchés nous adressons et nous avons aussi les agriculteurs locaux prêts à se lancer pour alimenter l'unité d'extraction. Nous savons intégrer la stévia dans des produits innovants et locaux, comme la boisson Aiga (l'eau en occitan, NDLR) qui comporte aussi de la spiruline et du sureau, ce qui en fait une boisson détox et énergisante idéale... bref, le commercial que je suis piaffe d'impatience de pouvoir proposer sa production."

La Nouvelle-Aquitaine, et tout particulièrement son département du Lot-et-Garonne, qui concentre à elle seule 37 % de la production française de fraises, a peut-être trouvé avec Oviatis l'acteur qui va permettre à ses consommateurs de les sucrer avec un produit 100 % local...

Pascal Rabiller

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