Le vignoble bordelais victime d'un coup de gel à 1,9 Md€

Jean-Philippe Déjean

Jean-Philippe Déjean
La séquence de gel qui a frappé la France à la fin du mois d'avril, avec un pic le jeudi 27, risque de mettre le vignoble bordelais à genoux. C'est la crainte exprimée à la Chambre d'agriculture de la Gironde par les responsables de la filière après leur sortie de la réunion de crise qui les a réunis vendredi 5 mai. En attendant les déclarations de récolte, les remontées d'informations du terrain témoignent d'une chute de la production de 50 % dans le Bordelais. Ce qui devrait ramener le volume de vin produit de 5,4 à 2,7 millions d'hectolitres. Alors que la floraison printanière continue à croître et à embellir dans les campagnes et que le soleil revient, ce foudroyant épisode glacial d'avril a de puissants effets.
"Il fait beau, vous rentrez chez vous, et dans la vigne c'est l'hiver" a illustré avec simplicité le président de la Chambre d'agriculture lors de la conférence de presse organisée après la réunion de crise. Le gel n'a pas frappé que la vigne et le département de la Gironde recense ainsi 10.000 hectares de céréales à paille impactées, 10.000 hectares de maïs gelés, 1.000 hectares de pommes de terre gelés ou encore 200 hectares de haricots verts et autant de fruits à coque, noisetiers et noyers. Mais pour le moment c'est bien sur le vignoble que l'ampleur du sinistre est la plus visible.
L'enjeu est d'autant plus lourd que le vignoble bordelais, qui est le plus grand de France avec près de 115.000 hectares, compte plus de 8.000 viticulteurs et génère 55.000 emplois directs et indirects. D'une taille proche de celui de l'Afrique du Sud, le vignoble bordelais emploie 40 % de l'ensemble des salariés viticoles permanents de France. Selon la Chambre d'agriculture, seuls 15 à 20 % des viticulteurs sont couverts par une assurance récolte. La première préoccupation des élus professionnels est de limiter au maximum l'impact de ce coup de grisou climatique sur une filière viticole qui, malgré une très bonne année 2016, est encore convalescente.
L'effondrement de la production devrait menacer l'existence de centaines d'exploitations, sur les près de 7.000 existantes, avec le risque d'un énorme choc socio-économique. L'autre menace concerne la relance d'une concurrence anarchique entre les exploitations qui auront les moyens de survivre et qui seront tentées de tirer avantage de la situation en poussant les prix aussi hauts que possible. Car avec un effondrement de 50 % de la production il ne fait pas de doute que les négociants fassent le maximum pour pouvoir s'approvisionner et livrer leurs clients, quitte à payer le prix fort pour se procurer du vin.
La mécanique d'une nouvelle crise de grande ampleur, que les professionnels comparent à celle de 1991, également causée par le gel, est amorcée.
Pour Bernard Farges, la puissance d'impact de cette crise climatique sur le vignoble promet d'être très puissante.
"Toutes les mesures existantes sont toutes utiles mais elles seront aussi toutes insuffisantes, elles semblent ou sont dérisoires pour les producteurs", avertit ainsi Bernard Farges.
Comme l'a précisé Bernard Artigue les zones intérieures du Médoc ont été très touchées, en particulier dans les appellations Margaux et Moulis, avec plus généralement des taux de destruction de la récolte qui oscillent entre 80 et 100 % dans la presqu'île. Les appellations proches de l'estuaire, comme Saint-Estèphe ou Saint-Julien, seraient quant à elles quasiment indemnes. Les destructions sont intenses dans le Blayais-Bourgeais-Nord Gironde, avec "plus de 50 % du vignoble fortement impacté sur toute la zone", et très sévères dans le Libournais, "en vallée de Dordogne et nord Libournais, parties basses de Saint-Emilion... du Fronsadais". Pessac-Léognan et Graves sont aussi "très fortement touchés". Plus de 50 % des vignes de l'Entre-Deux-Mers sont "très fortement impactées de façon très hétérogène dans une même commune, une même exploitation", avec des zones épargnées.
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Dans le sud, les vignobles de Sauternes et Barsac, où les parcelles de vignes sont ceinturées de murs, ont également énormément souffert. "Seule la végétation des pieds de vigne proches des murs n'a pas été détruite", a ainsi commenté Bernard Solans. Hervé Grandeau précise que les viticulteurs du Bordelais vont pouvoir mobiliser 370.000 hectos au titre des volumes complémentaires individuels pour faire face à la chute de la production, ce qui devrait redresser le manque à gagner de 15 %. Des demandes de chômage partiel seront également soumises aux services de l'Etat, et, comme le souligne le patron du Syndicat des bordeaux et bordeaux supérieur, "il s'agit d'être intelligents".
Jean-Philippe Déjean
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