La Tribune Wine’s Forum : du malbec de Lagrézette à l’arrivée du vin orange
Jean-Philippe Déjean

Le public était au rendez-vous à la Cité du vin pour cette 6e édition du La Tribune Wine's Forum.
Agence Appa
Jean-Philippe Déjean

Le public était au rendez-vous à la Cité du vin pour cette 6e édition du La Tribune Wine's Forum.
Agence Appa
Ancien patron du joaillier Cartier, Alain-Dominique Perrin préside aujourd'hui la Fondation Cartier pour l'art contemporain. Il copréside aussi le comité stratégique de Richemont, numéro deux mondial du luxe (derrière LVMH), basé à Genève, dont Cartier est une filiale. Ce dirigeant vedette de l'univers du luxe est aussi depuis 1980 le propriétaire du Château Lagrézette, dans le Lot (Occitanie Pyrénées Méditerranée), situé tout près de Cahors. Un superbe château construit au XVe siècle qu'Alain-Dominique Perrin a tout d'abord acheté pour offrir à sa famille un pied-à-terre tranquille, et qui lui a demandé quelques millions d'euros en travaux de restauration.
Ce dernier n'éprouvait à l'époque aucune espèce d'attrait pour l'appellation de Cahors.
Alain-Dominique Perrin lors de son intervention (Eric Barrière/Agence Appa)
C'est ainsi que 85 % des 90 hectares du domaine Lagrézette sont plantés en malbec. Sa part de vignoble en Cahors, le propriétaire de Lagrézette va la mettre à son goût grâce à un œnologue bordelais qui n'était pas encore devenu une star internationale : Michel Rolland.
Si le nom de Cahors n'apparaît pas sur l'étiquette mais uniquement sur la contre-étiquette c'est parce que, juge le président de la Fondation Cartier pour l'art contemporain, ce nom est imprononçable en anglais, en japonais, en espagnol, en allemand, en américain... Quant au mot malbec, il figure sur les étiquettes de Lagrézette depuis que l'Union européenne a autorisé ce type de communication.
A force d'entêtement et d'investissements, Alain-Dominique Perrin a réussi à créer le Cahors de ses rêves. Ce qui l'a réconcilié avec une appellation qu'il a présidé pendant dix ans avant d'en claquer la porte devant le refus de classifier le vignoble. Rompu aux stratégies dans l'univers du luxe, Alain-Dominique Perrin est un fin connaisseur des enjeux sur les marchés internationaux. C'est ainsi qu'il n'a pas manqué de désigner l'un des plus redoutables adversaires commerciaux de la France : l'Italie. Ce pays n'est pas simplement puissant dans l'industrie navale ou la construction spatiale, avec le lanceur Vega.

Vue d'une exposition thématique à la Cité du Vin, qui accueille actuellement l'Argentine (Anaka)
L'international c'est aussi un domaine où brillent les vins d'Alain-Dominique Perrin, grâce aux bonnes notes que lui accordent de grands critiques du vin, au Royaume-Uni, avec Jancis Robinson, et aux Etats-Unis, avec l'incontournable Wine Spectator de Robert Parker.
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Le co-président du comité stratégique de Richemont garde toujours un œil ouvert sur l'évolution du monde et la situation explosive que connaît la zone spéciale de Hongkong le préoccupe. S'il n'est pas revenu sur l'origine de ces troubles, il n'est pas inutile de rappeler que les partisans de la démocratie affrontent sans répit dans la zone spéciale une dictature chinoise peu encline à respecter le principe "un pays, deux systèmes", qui a pourtant présidé à la rétrocession de l'ancienne colonie britannique à la République populaire de Chine.
Philippe Faure-Brac, président de l'Union de la sommellerie française (Eric Barrière / Agence Appa)
Philippe Faure-Brac, président de l'Union de la sommellerie française et patron du bien nommé Bistrot du Sommelier, boulevard Haussmann à Paris, a reçu les plus hautes distinctions, dont témoigne parfaitement le triptyque de Meilleur jeune sommelier de France (1984) - Meilleur sommelier de France (1988) - Meilleur sommelier du monde (1992). Autant dire qu'avec sa double casquette de sommelier et de patron d'un grand restaurant, Philippe Faure-Brac n'a pas le temps de s'endormir sur ses lauriers et qu'il reste à l'affût. Car dans le vin les innovations n'arrêtent plus de surprendre. Dernier né de ces surprises : le vin orange, une innovation qui vient de loin.

La Cité du vin a consacré sa première exposition à la Géorgie (Agence Appa)
Si cette arrivée des vins oranges dans les verres du XXIe siècle est encore un peu avant-gardiste, d'autres tendances fortes du marché s'appuient sur des couleurs plus traditionnelles. Ce qui est le cas pour les rosés, dont les ventes montent depuis quelques années en flèche.
La montée en puissance des terrasses avec mange-debout est favorable à la consommation des rosés selon Philippe Faure-Brac (Reuter)
En restaurateur avisé, Philippe Faure-Brac a bien vu les terrasses se multiplier à l'extérieur des restaurants pour permettre aux clients de fumer tout en grignotant sur des mange-debout : une ambiance tout à fait propice à la consommation des rosés, juge ce professionnel.
Tout aussi intéressé par le verre que par l'assiette, Philippe Faure-Brac a également mesuré le succès de la cuisine asiatique dans la restauration française et son impact favorable sur les blancs. Mais, à l'inverse des vins oranges, l'arrivée de vins bleus ne le tente pas du tout. D'autant qu'ils ne sont pas le produit d'un processus naturel explique-t-il. Un point d'autant plus crucial que "le jeune public" se pose des questions sur le vin auxquelles personne ne pensait auparavant. Le vin n'est plus depuis des années un incontournable des repas familiaux et suscite une attention nouvelle.
"Il y a davantage de suspicion. Le vin est quand même le seul produit alimentaire dont on n'indique pas la composition, ni la date de péremption. Les sulfites sont les seuls produits évoqués, ce qui, au bout du compte, provoque des interrogations", relève le sommelier.
Que la jeune génération soit séduite par les vins très fruités ne surprend pas vraiment ce Provençal, qui a bu un premier vin très difficile à oublier.
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Un contexte favorable au développement des vins bio, même si ces derniers ne sont pas forcément toujours les meilleurs juge le sommelier, qui n'oublie pas non plus de citer "les vins nature", contenant un minimum d'intrants. Quant aux cépages, qui sont une expression variétale, Philippe Faure-Brac a tenu à rappeler qu'ils avaient toute leur place en France, notamment avec les vins blancs d'Alsace (pinot noir, gewurztraminer, riesling... - NDLR). Sachant que le terroir joue, malgré le travail de l'Homme, sur le goût du vin. Et puis le sommelier a souligné aussi que dans de nombreux pays, où les vins de cépages avaient dominé, l'idée du territoire reprenait de l'épaisseur. Ce qui est le cas dans certaines régions des Etats-Unis ou encore du Canada.
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