Fraude dans le vin : « C’est jeter l’opprobre sur une profession qui ne le mérite pas »
Emmanuel Langlois
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Le viticulteur Stéphane Gabard est président des AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur.
DR
Emmanuel Langlois
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Le viticulteur Stéphane Gabard est président des AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur.
DR
L'enquête de la DGCCRF a été menée en 2022 et 2023 à travers 7.800 contrôles dans toute la France. Producteurs, viticulteurs, caves coopératives, négociants, bars, restaurants, mais aussi tonneliers ou transporteurs... Ces descentes ont donné lieu à 150 procédures pénales. Un peu plus de 1 600 établissements ont été visités, ce qui est peu, remarquent les professionnels, au regard des 59 000 exploitations viticoles répertoriées par l'étude du cabinet Deloitte pour Vin & Société en 2024. L'échantillon contrôlé représenterait donc à peine 3 % de la filière.
« Les choses ne sont pas mises en perspective. Ces conclusions jettent l'opprobre sur une profession qui ne le mérite pas », regrette Stéphane Gabard, président des AOC Bordeaux et Bordeaux supérieur. Comme dans tout secteur d'activité, il y a de vilains petits canards. Lorsqu'il y a des procès, nous nous portons partie civile et on les condamne en place publique parce que notre intérêt est de défendre un métier qui, dans la majorité des cas, est plutôt bien fait. »
La DGCCRF reconnaît que la plupart des opérateurs visités sont en conformité avec la réglementation. Le plus souvent, par ailleurs, les manquements relevés sont liés à de simples erreurs d'étiquetage, comme sur le degré d'alcool du vin.
Mais ces anomalies relèvent aussi parfois de la tromperie, avec par exemple des vins de négoce présentés comme des crus de domaine, des mentions environnementales sans fondement, et pire encore, des vins étrangers « francisés » ou l'ajout d'eau, de colorants et de sucre au-delà des seuils autorisés.
À lire également
Au total, la Répression des fraudes a distribué 60 amendes à des producteurs, mais surtout à des commerces comme des restaurants ou des bars. Ce que reproche M. Gabard, également viticulteur sur un domaine de 40 hectares à Galgon, en Gironde, c'est le calendrier : « Cette enquête tombe au pire moment avec les taxes [chinoises et américaines, ndlr], la déconsommation et la stigmatisation que le gouvernement fait sur le produit vin. On est dans une profession en pleine restructuration et en difficulté. »
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Emmanuel Langlois