Les craintes sur les marges font baisser les valeurs de la distribution en Europe

Les valeurs de la distribution ont du plomb dans l'aile. Tant en France qu'à l'étranger. Depuis le 1er janvier dernier, l'action Castorama a plongé de près de 14%, Promodès, de 13,30%, PPR, de 12,9%, Carrefour, de 11,8% et Casino, de 9%. Nos voisins n'ont pas été épargnés : A Francfort, l'action Metro a perdu 21% en moins de trois semaines et à Londres, le titre Tesco a abandonné 9% sur la même période.Bien sûr, cette chute des valeurs liées à la distribution intervient après une forte hausse de la quasi-totalité des titres au cours du mois de décembre 1999, mais il n'en demeure pas moins qu'elle marque par son ampleur. Plusieurs explications peuvent être avancées. La première est franco-française. Il s'agit des Assises du commerce et de la distribution qui se sont tenues la semaine dernière, présidées par le Premier Ministre, Lionel Jospin. Or celui-ci apparaît désormais décidé à légiférer afin de " réduire les excès préjudiciables le plus souvent aux fournisseurs ", selon ses termes. " Les victimes d'abus de puissance d'achat pourront demander réparation devant le juge civil, a même déclaré le Premier ministre ". Il n'en fallait pas moins pour inquiéter les marchés. Bien que les distributeurs soient les premiers à bénéficier d'une croissance hexagonale qui s'affiche plus solide de mois en mois, les investisseurs ont décidé de ne s'intéresser qu'à la baisse des marges que pourrait induire toute réglementation. Autre crainte liée à une intervention extérieure, la décision de Bruxelles concernant la fusion entre carrefour et Promodès est très attendue. La Commission européenne pourrait émettre quelques restrictions à un rapprochement qui crée un mastodonte français, parfois en position dominante, localement. Daniel Bernard, PDG de Carrefour, se déclarait néanmoins prêt à se délester de " quelques magasins ", en France et en Espagne, le chiffre évoqué se situant " autour de cinq dans chaque pays ". Troisième raison de la baisse des cours, l'intrusion du géant américain Wal Mart, premier groupe de distribution au monde, sur le Vieux Continent. Le groupe a même fait une démonstration de sa force de frappe récemment. Suite à son rachat de la chaîne de supermarchés britannique Asda l'été dernier, Wal Mart a baissé les prix sur plus de 2.000 produits de consommation courante, allant de l'alimentaire à l'électro-ménager, en passant par l'outillage. Et le colosse qui emploie 800.000 salariés dans le monde n'entend pas s'arrêter là. Il prévoit que les prix de 10.000 produits seront au même niveau que ceux pratiqués aux Etats-Unis d'ici à la fin de l'année. Résultat : en premier lieu, les concurrents britanniques trinquent. La chute du cours de l'action Tesco est là pour le prouver. Mais la Grande-Bretagne n'est pas le seul pays affecté. En Allemagne, pays où Wal Mart s'est implanté à la fin 1998 et où il a appliqué la même stratégie, l'action Metro n'a cessé de baisser en 1999 et ne s'est pas relevé en ce début d'année. L'inquiétude gagne même la France. Serge Weinberg, patron de PPR, n'hésitait pas récemment à comparer la pratique commerciale de Wal Mart à un choc pétrolier. Enfin, le commerce électronique reste une interrogation pour de nombreux analystes. Même si ceux-ci estiment dans leur ensemble que les distributeurs traditionnels seront les vainqueurs à long terme de cette guerre car ils disposent de la logistique nécessaire à une activité qui s'apparente finalement à de la vente par correspondance, il reste à savoir comment vont négocier le virage de l'internet ces groupes européens, et surtout, quel sera l'impact sur leurs marges de ce nouveau canal de distribution. " Si vous mélangez tous ces faits, cela donne un cocktail détonant ", estime un analyste. Toutefois, malgré cette " rotation sectorielle " dont les valeurs liées à la distribution font les frais, le spécialiste se déclare plutôt optimiste. Si les valeurs de la distribution ont fait jeu égal avec le marché aux Etats-Unis au cours de ces cinq dernières années - ce qui aurait tendance à assimiler le secteur de la distribution à un secteur défensif -, " il ne faut pas oublier que ce n'est pas le cas pour tous les titres ", remarque-t-il. " Certains, comme Wal Mart, ont surperformé le marché américain depuis 1995. " Le tout étant donc de savoir choisir des valeurs de croissance. A ce petit jeu, Carrefour remporte les suffrages, au vu de sa position concurrentielle découlant de la fusion avec Promodès, selon les spécialistes. Avec un "petit" plus par rapport à ses concurrents, l'importance de sa capitalisation boursière. Le nouvel ensemble Carrefour-Promodès pèse plus de 55 milliards d'euros contre 17 milliards d'euros pour le Néerlandais Ahold et 14,5 milliards d'euros pour l'Allemand Metro. De quoi participer activement à la consolidation du secteur en Europe.

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