Début d'audience animé au procès en appel de Microsoft

Présenté comme l'un des derniers épisodes de la saga judiciaire Microsoft, l'audience ouverte lundi devant la Cour d'appel de Washington a été, dès ses premières minutes, plus animée que prévu, les sept juges en charge du dossier malmenant tour à tour le défenseur du premier éditeur mondial de logiciels et celui de l'administration fédérale. Pendant les 75 minutes qui lui étaient imparties, Richard Urowsky, avocat de Microsoft, s'est évertué à démontrer que son client n'avait pas tenté de maintenir un monopole sur le marché des systèmes d'exploitation, en usant de pratiques agressives et anti-concurrentielles. Assailli de question par les juges après une plaidoirie sans surprises, le représentant légal de Microsoft est resté silencieux derrière sa barbe poivre et sel, ébranlé par ces attaques multiples, parfois inattendues, des sept juges, menés par leur président Harry Edwards, et dont certains passent pour favorable au groupe fondé par Bill Gates."Il n'y a eu aucune conduite anti-concurrentielle", a estimé Richard Urowsky, car jamais l'intégration du moteur de recherche Internet Explorer au logiciel Windows n'a empêché les utilisateurs de choisir un autre système d'exploitation ou un autre procédé d'accès à Internet. Jeffrey Minear, l'avocat du gouvernement, n'a pas non plus été épargné par les questions incisives des juges. Le juge Edwards notamment ne trouve pas convaincante la thèse du gouvernement américain selon laquelle une alliance entre Netscape et Sun Microsystems, et son langage Java, aurait constitué une menace pour le système d'exploitation de Microsoft, poussant alors le groupe de Bill Gates à tenter d'éliminer la concurrence sur les logiciels de système d'exploitation. "Netscape ne menaçait pas de devenir un substitut au système d'exploitation Windows, il n'a ni l'intérêt, ni la capacité de le faire", a estimé le président de la Cour d'appel.Au cours de la seconde partie de la séance lundi, Microsoft devait tenter de démontrer que le couplage de son système d'exploitation Windows avec son navigateur Internet Explorer n'avait rien d'illégal. Le gouvernement pour sa part devait chercher à montrer que les deux produits pouvaient et devaient être vendus séparément.Ouvert il y a près de trois ans, le procès Microsoft avait abouti le 7 juin à la décision du juge Thomas Penfield Jackson ordonnant le démantèlement du groupe en deux sociétés, l'une regroupant l'édition des différents systèmes d'exploitation de Microsoft, l'autre réunissant l'édition des autres types de logiciels. La Cour suprême, en refusant fin septembre d'examiner le dossier en procédure accélérée, avait renvoyé l'affaire en appel.La décision de démantèlement est jugée démesurée par de nombreux juristes et experts. Et depuis le mois de juin, le contexte politique à Washington a beaucoup évolué. L'arrivée à la Maison-Blanche de George W. Bush a propulsé à la tête des autorités gouvernementales concernées des personnalités considérées comme plus favorables au groupe de Seattle ; à commencer par le conservateur néo-libéral John Ashcroft, qui a pris la tête du Département de la Justice et Charles James, qui dirige désormais l'Antitrust. L'évolution des technologies et la progression de l'usage d'Internet peuvent aussi servir la défense de Microsoft. Ainsi, la plupart des logiciels commercialisés aujourd'hui - qu'ils soient édités ou non par Microsoft - intègrent la navigation en ligne. Au cours des audiences de première instance, un expert avait déjà reconnu que le fait qu'Internet soit lié au système d'exploitation ne nuisait pas aux utilisateurs.La Cour d'appel devrait rendre sa décision définitive l'été prochain.Les investisseurs ne semblaient pas, lundi, s'inquièter du tour pris par les premières heures d'audience : à la mi-séance sur le Nasdaq, l'action Microsoft gagnait plus de 5% à 59,64 dollars.

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