TotalFinaElf, jusqu'où ?

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En quelques années et deux rapprochements, Total, allié au franco-belge Fina puis à Elf Aquitaine, est devenu un géant pétrolier capable de rivaliser avec les colosses anglo-saxons ExxonMobil, RoyalDutch Shell et British Petroleum. Malgré un parcours récent émaillé de drames (Erika, usine AZF de Toulouse), l'aura de l'entreprise ne s'est jamais estompée, du moins dans les milieux industriels et financiers. Aujourd'hui, les analystes sont très positifs sur la société qui bénéficie de la conjonction de plusieurs facteurs : une bonne résistance à la conjoncture et aux aléas écologiques, une visibilité excellente sur les réserves naturelles et une stratégie audacieuse.Résistance aux aléasLors de la présentation de ses résultats annuels 2001, le groupe avait souligné la dégradation de son environnement sectoriel : baisse de 14% des prix du pétrole, niveau élevé du dollar, baisse des marges de raffinage de 35%, "forte dégradation" de l'activité chimie, en termes de volumes comme de marges. Au final, le bénéfice net par action n'a pas progressé de 2000 à 2001. L'année fut encore marquée par la catastrophe toulousaine de l'usine AZF appartenant à Grande Paroisse, filiale d'Atofina. Pour faire face aux conséquences de "Toulouse", TotalFinaElf a passé une provision de 600 millions d'euros. Finalement, l'exercice 2001 a été globalement positif pour le groupe avec un bénéfice net part du groupe de 7,64 milliards d'euros, conforme aux prévisions des analystes et en hausse de 11% par rapport à 2000 (Lire ci-contre). Le bénéfice a chuté de 41% sur les trois derniers mois de 2001. "L'exercice 2001 aura en fait démontré que les chiffres record collectionnés par le cinquième pétrolier mondial dépendent de moins en moins de son environnement", soulignait La Tribune en janvier dernier (lire ci-contre). De fait, la stratégie du groupe rallie les suffrages de la communauté financière.Priorité à la rentabilitéTotalFinaElf a en effet choisi de se concentrer sur les activités de l'Amont (exploration, forage), qui sont les plus rentables (ROCE de 27%), et devraient représenter, en 2005, 53% des capitaux employés, contre 23% pour l'Aval (raffinage et distribution). En 2002, 73% des investissements concerneront la branche Amont. L'objectif affiché est de réduire les coûts techniques par baril en dessous de 6,5 dollars en 2003, partant de 7,4 dollars en 1999. Pour l'Aval, la priorité est à la consolidation de la rentabilité (ROCE de 22% en 2001). Cette politique passe par l'amélioration du taux d'utilisation des raffineries (de 94% à 96% en 2001) et des prises d'intérêt dans des réseaux de distribution et de transport.Enfin, le pôle chimie recueille 24% des capitaux employés. Le développement de ce dernier risque d'être légèrement retardé par sa restructuration en France suite à l'explosion de l'usine AZF. Cette branche est la moins rentable de toutes (ROCE de 7%), et reste celle dont le groupe se désengage le plus volontiers. De l'audace, encore de l'audace...La résistance de TotalFinaElf à la morosité boursière ambiante tient aussi en partie à ce que les experts nomment le "track-record" des dirigeants. Derrière cet anglicisme se cache la capacité du management à tenir ses engagements, et à anticiper l'avenir, si tant est que, selon l'adage, "gouverner c'est prévoir". Dans le cas de TotalFinaElf, le "track-record" englobe la personnalité et le parcours du PDG Thierry Desmarest. Son arrivée en 1995 à la tête du groupe Total marque en effet le début d'une époque, celle du changement de périmètre,de l'entrée dans la cour des grands. En 1999, l'OPE sur Elf Aquitaine lui a ainsi valu le titre de Manager de l'année.Le groupe engrange aujourd'hui les bénéfices de la politique menée par son PDG en 1998. A cette époque, alors qu'une crise affecte le secteur pétrolier et que démarre le mouvement de consolidation, Thierry Desmarest refuse de choisir entre croissance et rentabilité. Total se lance dans la course à la taille et se rallie au groupe Fina, tout en maintenant ses investissements, notamment dans l'exploration de nouveaux gisements, alors que tous ses concurrents mettent leurs investissements en berne en attendant que les cours remontent.La stratégie de croissance, à l'époque risquée, porte ses fruits aujourd'hui et a permis à Thierry Desmarest de confirmer ses objectifs de production jusqu'en 2005 (6,3% de croissance par an en moyenne) et au-delà : de 2005 à 2007, TotalFinaElf prévoit au moins 5% de croissance par an. En 2005, il resterait au groupe pour 12 à 13 ans de réserves. Selon les analystes du Crédit Lyonnais, TotalFinaElf affiche le meilleur taux de renouvellement de ses réserves, soit 200% en moyenne entre 1998 et 2000, loin devant BP (136%) ou l'italien ENI (146%). Certains accords passés en Russie montrent que TotalFinaElf prépare déjà l'après 2010, en même temps que le groupe cherche à réduire son exposition sur le Moyen-Orient en raison de son instabilité géopolitique. Ainsi, les récentes discussions avec le groupe pétrolier Anglo Siberian Oil pour acquérir une part de 52% du champ pétrolier de Vankor, en Sibérie (lire ci-contre).Une telle visibilité a de quoi séduire le plus exigeant des actionnaires, d'autant que TotalFinaElf s'est lancé dans des opérations capitalistiques relutives.Des rachats d'actions relutifsDans le cadre de sa politique de désinvestissement, notamment dans la chimie, Total a cédé 7 milliards d'euros en 2001 : cessions de parts dans Sanofi-Synthélabo et la Cogema, cession d'actifs de l'Aval en France... Au cours des deux premiers mois de l'année en cours, le groupe a encore racheté 2,6 millions de ses actions. Les analystes en estiment l'effet relutif sur le BNPA de 3 à 4% en 2002. Nuages à l'horizon ?Très peu d'analystes sont négatifs sur la valeur. Seul contre tous, Marc Fiorentino, président de la société d'investissement Euroland Market, est à "vendre" sur TotalFinaElf. Sa recommandation n'est certes pas fondée sur la stratégie ou les fondamentaux du groupe, mais sur une vision très pessimiste du marché pétrolier. Pour Marc Fiorentino, le contexte de ralentissement mondial est avéré malgré "le rebond marginal" de la consommation. Selon l'expert, les cours du pétrole pourraient chuter à 18 dollars le baril (cash brent) sous l'effet conjugué de l'affaiblissement des tensions au Proche-Orient et du manque de dynamisme de la consommation et de l'investissement. TotalFinaElf pâtirait nécessairement de cette situation. Pour Marc Fiorentino, il ne faut pas raisonner sur les perspectives du groupe "toutes choses égales par ailleurs" et prendre en compte l'instabilité des cours du baril et des changes.La belle histoire de Total est-elle proche de sa fin ? Le contexte difficile de l'année 2001 annonce-t-il la fin de l'âge d'or pour la société et son titre ? Le groupe a déjà annoncé mardi 7 mai qu'il avait accusé une baisse d'environ 40% de son résultat net courant au premier trimestre 2002, en raison du repli des prix du brut et de la chute des marges dans le raffinage et la pétrochimie.On constatera simplement qu'entre France Télécom et Vivendi Universal, TotalFinaElf est la seule grande multinationale française dont les actionnaires n'aient pas à se plaindre. Le cours de Bourse a gagné 75% depuis avril 1999, date de l'annonce de la fusion de Total et Fina. Depuis 1995, la valeur a été multipliée par 3, de 50 à 175 euros. La première multinationale françaiseClassement : 4ème producteur mondial, 1er raffineur européenCapitalisation boursière : 119,490 milliards d'eurosNombre de salariés : 123.000 personnes en 2000Chiffre d'affaires consolidé 2001 : 105,3 milliards d'eurosRésultat net 2001 : 7,5 milliards d'euro

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