Prophétie

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"Le marché (...) a tranché," a jugé dimanche soir sur Europe 1 et LCI l'ancien PDG du groupe sidérurgique Arcelor. "Il y a huit jours, les Bourses ont remonté fortement, le dollar s'est réapprécié instantanément de 5%" et "le pétrole a chuté de 25% en prix en huit jours", a-t-il relevé. "Vous avez la démonstration que les acteurs de l'économie mondiale considèrent que la guerre va être rapide et que derrière la guerre l'économie va reprendre ses droits", a conclu le maître de Bercy. "Tout le monde sait que cette guerre sera rapidement gagnée".Tout le monde sauf les Irakiens, semble-t-il. Car le scénario d'une guerre éclair emportée sans résistance paraît se heurter sur le terrain à quelques réalités : l'Irak est un pays de près de 450.000 km2 qui compte plus de vingt-quatre millions d'habitants et une armée qui résiste. Plus personne, certes, n'ose la qualifier de "troisième armée au monde", comme ce fut le cas voici douze ans. Mais elle abrite encore quelques soldats déterminés et peu enclins à accueillir les GIs américains en héros libérateurs.Francis Mer a raison sur un point : les marchés y ont cru. Mais ils ont eu, sinon tort, au moins raison trop tôt. En moins de deux semaines, certains indices ou certaines valeurs ont repris près de 20%. Mais en une journée, hier, le Dow Jones a cédé 3,6% et le CAC 40 a perdu 5,7%. Et les compagnies aériennes américaines, qui attendent de la guerre en Irak quelque dix milliards de dollars de pertes supplémentaires, n'ont manifestement pas le sentiment que les "conséquences négatives" de ce conflit sont derrière elles.On comprend la préoccupation du ministre français. Il est clairement dans son rôle en allant jusqu'à forcer le trait de propos optimistes pour peser favorablement sur les anticipations des agents économiques, qu'il s'agisse des ménages ou des entreprises. Mais il est aussi de sa responsabilité - comme de celle des médias - de ne pas encourager des anticipations irréalistes. Dimanche soir, il en a pris le risque.Le précédent de 1991 est là pour l'inciter à la prudence. La Bourse avait retrouvé son niveau d'avant guerre dès la fin du conflit. Cela n'a pas empêché, au cours des mois suivants, l'Amérique d'entraîner le reste du monde dans une période de fort ralentissement économique. "Je ne vois aucune raison pour que nous ne retrouvions pas rapidement ce chemin de croissance moyen qui est de 2,5% par an," a dit aussi Francis Mer. Même si la guerre se termine rapidement et avec le moins de victimes possible - ce que chacun souhaite - il faudra bien plus que des incantations ministérielles pour restaurer ce potentiel de croissance.

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