Un nouvel hybride "à la française"

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Nouvelle lubie politicienne ou véritable ambition culturelle, la France devrait donc se doter d'ici la fin 2004 de "sa" chaîne d'information internationale (CII). Avec comme modèles affichés CNN et BBC World, le gouvernement a confié à TF1 et FranceTélévisions le soin de mettre sur pied ce qui est appelé à symboliser la "voix de la France" à l'étranger. Mais, au-delà de l'intention louable de contribuer au rayonnement de la francophonie, mal en point depuis une décennie, les premières indications sur le projet CII ne manquent pas de laisser sceptique. Certes, un partenariat public-privé entre les deux principaux groupes français de télévision peut sembler opportun. Sur le papier, la mise en commun de ressources humaines et techniques relève du pur bon sens. Pourtant, il ressort du projet en cours la désagréable impression que le contribuable sera en première ligne et seul pour le financer. Le budget a été fixé à environ 70 millions d'euros par an pour entretenir une rédaction autonome de 100 à 150 personnes. On passera sur le fait que CII se situera loin, très loin de CNN ou BBC World, qui affichent des budgets très supérieurs. Mais surtout, en dehors de 5 millions d'euros apportés par le parrainage d'entreprises privées, le restant sera pris sur le budget de l'Etat, principalement celui du ministère des Affaires étrangères. TF1 et FranceTélévisions mettront à la disposition de CII une partie de leurs moyens. La première chaîne a cependant indiqué d'emblée qu'elle n'entendait pas y contribuer financièrement. Le financement n'est pas le seul aspect problématique. La coopération TF1-FranceTélévisions ne paraît pas devoir aller de soi. Les deux groupes sont d'ordinaire des concurrents féroces qui pourraient bien ne jamais apprendre à travailler ensemble. Entre autres gracieusetés, le président de TF1, Patrick Le Lay, a plusieurs fois assimilé les journalistes du service public à des fonctionnaires aux ordres. En outre, le choix du tandem écarte de fait d'autres acteurs qui auraient pu être des parties prenantes de premier ordre. Alors qu'elle traverse une profonde crise de confiance, l'Agence France Presse (AFP) se retrouve ainsi reléguée au rang de fournisseur d'informations, alors que sa présence mondiale en faisait a priori un partenaire à part entière, tout comme Radio France Internationale. Voulu tant par l'Elysée que par le Quai d'Orsay, le projet CII révèle en tout cas les tares du secteur français des médias. Il ne sera pas porté seul par un groupe privé contrairement à CNN, propriété de Time Warner, ni par un groupe public comme la BBC. CII sera un corps hybride comme on en aime tant dans notre pays. Avec cette particularité supplémentaire : presque financée à 100 % par les contribuables, ceux-ci ne pourront jamais regarder leur chaîne internationale chez eux. La "voix de la France" sera en effet interdite de diffusion en France car elle ne saurait faire de l'ombre à LCI, la chaîne "tout info" du groupe TF1. Comme quoi ce dernier a bien veillé à ce que CII ne lui coûte vraiment rien.

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