Les actionnaires minoritaires portent l'affaire Kalisto au pénal

L'affaire Kalisto n'en finit pas de laisser un goût amer dans la bouche de ses anciens propriétaires. Près de 300 actionnaires, représentés par le cabinet Deminor, ont franchi un nouveau cap et ont saisi le procureur de la République du Tribunal de grande instance de Paris dans une plainte pénale. Une action qui semble faire suite à l'échec des tentatives de transactions menées entre les parties. Sont reprochés à l'éditeur de jeux vidéos liquidé le 11 avril 2002, les faits de "fausses informations, de publication de faux bilans et d'abus de biens sociaux".En portant l'affaire devant le procureur, les actionnaires permettent l'ouverture d'une instruction. Avec à la clef, si les accusations sont avérées, des peines possibles d'emprisonnement et des amendes. Selon nos sources, Nicolas Gaume, l'ancien PDG de Kalisto, et un ex-dirigeant de la société, Dan Kaufman, sont directement visés par cette plainte. Mais l'instruction pourrait désigner d'autres responsables. A commencer par le Crédit Lyonnais, banque introductrice de la société, et Ernst & Young ou d'autres adminstrateurs. Des personnages aussi prestigieux que Franck Riboud, le PDG de Danone, ou le producteur Emmanuel Chain, ont fait partie du conseil d'administration de la jeune pousse.La plainte portée par les actionnaires fait suite à une première action auprès du Tribunal de commerce de Paris en décembre 2002, contre la banque au lion et le cabinet d'audit Ernst & Young. Comme toutes les actions civiles, l'affaire devrait se solder au pire par des dommages et intérêts, et donc par des sanctions beaucoup moins lourdes que celles que pourrait infliger le Tribunal de grande instance de Paris. Nicolas Gaume, qui a fondé Kalisto, a déjà été condamné par la Commission des opérations de Bourse (COB) pour avoir "faussé le bon fonctionnement du marché et porté atteinte à l'égalité d'information et de traitement des investisseurs ou à leurs intérêts". En appel, le montant de la sanction a été ramené à 200.000 euros contre 300.000 dans une première décision.L'aventure Kalisto, symbole des errances de la bulle Internet, a fait grand bruit dans la communauté financière. Il faut dire que la faillite de la société, introduite au nouveau marché en juin 1999, a été éclair. Tout a basculé entre novembre 2000 et mars 2001. A l'automne, Nicolas Gaume maintient avec aplomb devant analystes et journalistes ses prévisions 2000, notamment celle d'un chiffre d'affaires de 170 millions de francs. Coup de théatre en mars 2001, la publication des résultats annuels crée l'effroi. Le chiffre d'affaires annuel n'est pas de 170 mais de 19 millions de francs... et la perte nette de 175 millions de francs. Pour seule explication: la perte d'un contrat avec Wanadoo qui devait générer les trois quarts des ventes. Malgré ses efforts, Nicolas Gaume ne réussira pas à relever la société de ces chiffres catastrophiques et déposera le bilan l'année suivante. Depuis, les actionnaires refusent de réduire Kalisto à l'un des nombreux débordements de la bulle spéculative et expliquent d'abord l'échec par les tromperies financières menées tour à tour, par les différentes parties prenantes, que ce soient les dirigeants ou les intervenants extérieurs.

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