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Publié le 16 décembre 2006 à 04:20 - Mis à jour le 22 octobre 2008 à 17:44

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Coriolan est un héro militaire qui sauve le peuple de Rome et un homme politique ambigu qui ne veut rien entendre de ce même peuple. Dans la mise en scène pleine de bruit et de fureur de Christian Schiaretti au TNP de Villeurbanne, la tragédie de Shakespeare est portée jusqu'à l'incandescence par une troupe de comédiens exemplaires.

Pas question de chipoter. Avec ce "Coriolan" de William Shakespeare, le metteur en scène Christian Schiaretti offre en son Théâtre National Populaire (TNP) de Villeurbanne qu'il dirige le spectacle le plus renversant, le plus intelligent, le plus aigu sur la vision du monde - le nôtre, oui - que l'on peut voir actuellement sur une scène française.

Le souffle ravageur que dégage cette adaptation de la pièce (le texte français est de Jean-Michel Déprats), l'implication du spectateur qu'elle réussit à provoquer et à imposer sans pesanteur, les contradictions humaines - donc politiques - qu'elle fait jaillir et exploser sous nos yeux, sont d'une telle rareté dans le théâtre français que ce "Coriolan" nous donne un regret. Que l'on ne puisse le voir rapidement (telles étaient les informations de ces derniers jours) sur d'autres grandes scènes ou dans un festival comme celui d'Avignon où la Cour d'Honneur du Palais des Papes semble faite pour lui.

Puisqu'il reste quelques jours encore au TNP, profitons en. La vaste scène est quasiment vide. Les murs de pierre, nus, accueilleront des projections en clair-obscur de fresques, d'ombres de palais fantomatiques. Ce plateau est le lieu de toutes les confrontations, de tous les apparats devenant immense place où la plèbe se rassemble, ou immense chambres des représentants du peuple où les tribuns parlent au nom des plébéiens face aux patriciens, la classe supérieure par la naissance. Ou encore immense champs de bataille parce que le dénommé Coriolan, de son vrai nom Caïus Martius (Wladimir Yordanoff impeccable dans le rôle), sera d'abord le vainqueur exceptionnel des combats aux portes de Rome contre l'envahisseur, les Volsques.

C'est alors le combat politique qui l'attend, lui qui méprise la lâcheté du peuple de Rome et ne veut rien entendre de lui est porté à la tête du Sénat. Il en est vite rejeté. Banni, il rejoint ses ennemis d'hier et offre son intelligence de la guerre pour leur ouvrir les portes de Rome. Un combat moral l'attend puisque des vies son en jeu: sa mère Volumnia (Nada Strancar, magnifique), sa femme, son fils, ses anciens amis restés, eux dans la grande ville.

Pourquoi une telle réussite théâtrale? Il y a plusieurs raisons. Schiaretti s'est donné autant de liberté que Shakespeare lui-même. Pas question d'entrer dans le débat sur ce qui est bon, ce qui est mauvais. Tous les personnages - et ils sont nombreux puisque la plupart des 31 comédiens jouent plusieurs rôles - montrent leurs contradictions. Coriolan, dictateur en puissance ? Oui sûrement mais pas seulement. Volumnia mère possessive et ambitieuse ? Oui mais lucide aussi. Les Tribuns défendent le peuple qui a faim ? Certes mais ils savent garder leur pouvoir et retourner l'opinion publique face aux "risque" Coriolan. Etc.

Réussite encore que cette troupe immense et formidable, acteurs jeunes ou moins jeunes qui vivent l'instant comme si c'était le dernier (Roland Bertin étonnant de savoir être florentin dans le rôle de Ménénius). Et puis il y a cette scénographie et ces lumières qui jouent avec l'éphémère comme par magie, sans temps morts pour aller des combats aux réceptions de palais, des foules énervées aux confidences aux pieds des spectateurs.

Même si Christian Schiaretti n'hésite pas à forcer le trait sur les relations quasi incestueuses entre Coriolan et sa mère Volumnia, il porte cette pièce dans son universalité. Elle renvoie tellement à notre monde envahi par la rhétorique où les personnages ne sont pas des jouets de l'Histoire mais ambitionnent d'être objet de l'Histoire convaincu que le peuple, versatile, ne trouvera pas les bonnes clés du pouvoir.

"Coriolan" au TNP de Villeurbanne près de Lyon jusqu'au 20 décembre. Tél. : 04 78 03 30 00. www.tnp-villeurbanne.com

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