CPE : nouvelle journée d'action le 28 mars

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Dominique de Villepin a reçu aujourd'hui des chefs d'entreprise qui lui ont conseillé de raccourcir la durée de la période d'essai du Contrat Première Embauche et de motiver le licenciement. Plus déterminés que jamais, les opposants au CPE envisagent une nouvelle journée d'action le mardi 28 mars.

Comment trouver une issue au casse-tête du Contrat Première Embauche, en désamorçant la contestation étudiante et syndicale sans pour autant perdre la face? C'est la tâche à laquelle est attelé aujourd'hui le gouvernement. Une tâche d'autant plus urgente que la pression exercée par les syndicats ne cesse de monter: la perspective d'une grève se précise.

Jacques Chirac a redit ce matin ce qu'il répète désormais à peu près tous les jours: il faut absolument "ouvrir un dialogue constructif et confiant" avec les partenaires sociaux afin d'"améliorer" le CPE. Cet impératif est de plus en plus urgent: le succès des manifestations anti-CPE de samedi a stimulé le camp des syndicats d'étudiants et de salariés, qui préparent désormais une monté en puissance de leur mobilisation.

Pour le Premier ministre, la voie est étroite. Dominique de Villepin, qui a engagé la totalité de son capital politique sur cette réforme du droit du travail, a de nouveau répété ce matin, dans une interview accordée au mensuel Citato, un magazine destiné aux adolescents, qu'il fallait "donner sa chance" au CPE. Réfutant toute idée de retrait du projet, donc, le chef du gouvernement a tout au plus reconnu que sa "méthode" avait suscité de "l'incompréhension".

Comment, donc, lâcher du lest sans renoncer aux principes de base du CPE? Le Premier ministre consulte beaucoup, ces jours-ci, sur ce point. Lundi matin, il a ainsi reçu une vingtaine de chefs d'entreprise pour en discuter. Une discussion qui a permis d'envisager un certain nombre de pistes. Selon l'un des participants, interrogé à sa sortie de Matignon par l'AFP, les chefs d'entreprise présents se sont déclarés "pour la plupart favorables" à la nécessité de "justifier le motif de licenciement" pour un CPE. "Il y a eu unanimité pour dire 'il faut absolument justifier le motif du licenciement, le jeune ne doit pas être licencié sans savoir pourquoi' ", selon ce chef d'entreprise.

Autre suggestion des participants: "réduire à un an la période d'essai", toujours selon des propos recueillis par l'AFP. Il y aurait eu une "une quasi-unanimité pour dire 'il faut abaisser'" la durée de la période d'essai. Deux suggestions qui, mises bout à bout, pourraient peut-être désamorcer la colère des opposants au CPE mais qui, de fait, reviendraient à vider le projet de sa substance, et obligeraient à une modification de la loi qui vient d'être votée...

"Esprit de dialogue, pas de recul..."

Quoi qu'il en soit, les chefs d'entreprise invités à Matignon ont eu le sentiment que Dominique de Villepin est "déterminé, dans un esprit de dialogue mais pas dans un esprit de recul", selon Bruno Van Ryb, de Middlenext. Le chef du gouvernement cherche d'ailleurs tous les soutiens sur lesquels appuyer sa volonté de fermeté. Il recevra ainsi mardi soir tous les députés et les sénateurs de la majorité, afin de souligner leur "unité" et leur "mobilisation" autour de sa politique...

Reste que pour l'heure, la volonté de dialogue affichée par le chef de gouvernement n'a pas convaincu dans le camp adverse, loin de là. Dimanche soir, au lendemain des grandes manifestations qui ont réuni étudiants, lycéens et syndicats de salariés un peu partout en France, les syndicats ont demandé "solennellement" au président de la République de retirer le projet de loi. A défaut, ont-ils menacé, ils appelleront à une grève interprofessionnelle.

Cette menace a suscité de vives réactions du côté du gouvernement, où le ministre des PME Renaud Dutreil a appelé les opposants au CPE à "revenir au bon sens", considérant que les ultimatums et les appels à la grève générale ne sont pas un mode de fonctionnement normal en République.

Mais du côté des syndicats, la détermination ne fait que grandir. Aujourd'hui, le très modéré président de la CFTC, Jacques Voisin, a ainsi affirmé sur Europe 1 que des "arrêts de travail sont à envisager", faute de "réponse du gouvernement".

L'ensemble des organisations hostiles au CPE se réunissaient d'ailleurs ce soir pour arrêter leur position sur la suite des événements. Des syndicats comme la CGT, FO et la FSU ont déjà publiquement parlé d'un appel à la grève. Selon les premières informations issues de cette réunion, une nouvelle journée nationale d'action serait prévue pour le mardi 28 mars. Elle comprendrait des manifestations, mais aussi des arrêts de travail.

Dans l'attente de développements ultérieurs, en tout cas, l'Education nationale est toujours sérieusement perturbée. Ce lundi, une soixantaine d'universités étaient touchées, ainsi que plusieurs dizaines de lycées. Et à en croire Bruno Julliard, président de l'Unef, il "n'y a pas de risque" que la mobilisation retombe: "la dynamique est trop largement de notre côté pour ne pas imposer un recul au gouvernement", a-t-il affirmé...

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