Tony Blair contraint de remanier son gouvernement

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Sous le coup d'une sévère défaite aux élections locales, où le parti travailliste est arrivé en troisième position, le Premier ministre a aussitôt changé la composition de son équipe gouvernementale. Tony Blair va désormais devoir préparer le transfert de pouvoir annoncé à Gordon Brown.

Tony Blair a agi très vite. A peine le résultat des urnes connu, il a remanié son gouvernement, en limogeant notamment son ministre des affaires intérieures, Charles Clarke, pourtant un fidèle depuis toujours du Premier ministre.

Les élections locales de jeudi, au cours desquelles vingt-trois millions de Britanniques - plus de la moitié de l'électorat - ont voté pour renouveler les assemblées de 144 municipalités à travers le pays et des 32 arrondissements de Londres, ont été désastreuses pour le Labour Party. A l'échelle nationale, le parti de Tony Blair a recueilli à peine 26% des voix (à peu près comme aux élections locales de 2004, qui avaient déjà constitué son plus bas historique), venant en troisième position derrière les Libéraux démocrates de Menzies Campbell (27%) et surtout les Conservateurs de David Cameron (40%). Le taux de participation a été de 36%, contre 39% en 2004.

Sans hésiter, Tony Blair a pris acte du résultat et remercié le ministre le plus controversé du moment, Charles Clarke, responsable de l'Intérieur, empêtré dans le scandale des 1.023 criminels étrangers séjournant dans le Royaume-Uni et non expulsés du pays après leur sortie de prison. L'affaire a exposé le manque de compétence du ministre (qui au passage avait attendu trois semaines en avril avant d'informer Blair de la gravité de la situation) et son déficit de leadership dans un des ministères les plus difficiles du gouvernement, le Home Office. C'est John Reid, jusqu'à présent ministre de la Défense, qui remplace le déchu Charles Clarke. Ce dernier a par ailleurs déclaré "ne pas être d'accord avec la décision du Premier ministre" - il aurait voulu résoudre lui-même le problème des déportations - mais a néanmoins promis de rester loyal au gouvernement alors qu'il va rejoindre le banc des députés.

Un autre changement important concerne les Affaires étrangères, où Margaret Beckett, jusqu'ici ministre de l'Environnement et de l'Agriculture, remplace Jack Straw, qui devient leader de la Chambre des Communes. Le ministre pour l'Europe, le jeune Douglas Alexander, devient responsable des Transports, alors qu'à son poste est appelé Geoff Hoon, un ex-ministre de la Défense qui était à présent leader de la Chambre des Communes. Le très controversé vice-Premier ministre John Prescott, piégé par les révélations sur ses relations hors mariage, garde son poste mais avec des compétences très réduites.

Autre ministre en chute: Ruth Kelly, qui avait mal géré la réforme de l'éducation, se voit reclassée aux Affaires locales, laissant la place au plus expert Alan Johnson. D'autres nominations suivront la semaine prochaine.

Tous ces changements sont supposés annoncer "un nouvel élan" au sein du gouvernement, même s'il n'y a finalement pas de noms nouveaux et que l'on a plutôt l'impression d'assister à un jeu de chaises musicales.

Seul ministre de poids à garder son portefeuille, le chancelier de l'échiquier, Gordon Brown, a affirmé que ces élections ont représenté un "signal d'alarme". La question se posera désormais avec plus de force sur le timing de la passation de pouvoir entre Blair et Brown. De fait, c'est peut-être la dernière fois que le Premier ministre peut remanier aussi en profondeur son cabinet sans devoir partir lui-même.

Le grand vainqueur des élections locales, c'est finalement David Cameron, le leader conservateur, qui en était à son premier test électoral et qui a atteint l'objectif de 40% des votes. Cameron peut ainsi affirmer que son leadership a revitalisé les Tories. Son commentaire se veut prémonitoire: "ce n'est pas d'un remaniement ministériel que le pays a besoin mais bien d'un changement".

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