"Il y a un réel excès dans la baisse actuelle du CAC 40"

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Marc-Antoine Laffont, directeur de la stratégie et associé senior de H&Associés, estime que le CAC 40 est nettement sous-valorisé. La baisse brutale des marchés devrait donner le champ libre à une nouvelle vague d'OPA.

latribune.fr- Comment expliquez-vous la forte baisse des marchés, depuis le mois de mai?

Marc-Antoine Laffont- Le point de départ de la baisse a été la publication du rapport sur l'emploi aux États-Unis, le 5 mai dernier. Celui-ci faisait état d'une hausse des salaires de 0,5% en avril, et de 3,8% sur un an. Ces statistiques ont fait peur au marché, car ces chiffres sont les indicateurs d'un risque inflationniste. Reste que ces chiffres ont été un déclencheur qui n'a fait que révéler les craintes des investisseurs. La baisse s'explique surtout par la forte hausse antérieure des marchés. En outre, cette progression a continué malgré le fait que les taux et les matières premières montaient également. Ce qui n'est pas logique.

Quel est votre sentiment quant à l'évolution du marché, dans ce contexte?

Nous ne sommes pas inquiets, car l'accélération de l'inflation aux Etats-Unis est surtout le fait de l'immobilier. Nous n'assistons pas à une reprise généralisée de l'inflation dans ce pays. Il ne s'agit pas non plus d'un krach sur les marchés, car un tel phénomène se traduit souvent par une baisse des marchés américains qui est répercutée dans le reste du monde. Aujourd'hui, on assiste à l'inverse à une certaine résistance des marchés outre-Atlantique, alors que la baisse est forte dans les pays émergents et en Europe. Cette tendance traduit le fait que les capitaux américains ont été rapatriés sur le marché domestique, comme le recul récent de l'euro/dollar l'atteste (1,30 à 1,25).

Faut-il craindre l'impact du relèvement des taux de la Fed?

Le relèvement des taux de la Fed implique certes un ralentissement de la croissance économique aux Etats-Unis. Toutefois, il est préférable d'avoir une croissance saine de 2,5% par an plutôt qu'une croissance débridée de 4 à 4,5% qui s'appuie sur le déficit commercial et le surendettement des ménages.

Jusqu'où le CAC 40 peut-il chuter, dans le contexte de correction actuel?

L'irrationalité peut conduire à des excès extraordinaires... Mais il est clair que, sur le fond, rien n'a changé par rapport à la situation que nous décrivions il y a trois mois. Nous avions à l'époque anticipé un scénario de ralentissement fort aux États-Unis. C'est toujours le cas. Nous avions déjà pris en compte à cette époque une croissance des bénéfices par action des sociétés de 3% sur 2006 et une baisse de 10% sur 2007 pour les bénéfices nets des sociétés du CAC 40. Le consensus, pour sa part, prévoyait une croissance de 8,4% des bénéfices par action pour 2006 et de 9,2% pour 2007. Malgré ce point de vue conservateur, à l'époque, nous estimions déjà que le CAC était nettement sous-valorisé, avec une juste valorisation à 6.000 points. Nous conservons cette opinion.

Est-ce que le CAC 40 offre des opportunités d'achat?

Pour que le CAC 40 soit à sa juste valeur à 4.600 points, cela sous entend une estimation de baisse de 30% des bénéfices par action pour 2006 et une baisse de 38% pour 2007. Soit une baisse de 64% des bénéfices par action sur deux ans... Or, une baisse des bénéfices des entreprises de cette ampleur n'est arrivée qu'en 1995, avec une baisse de 65%. Entre 1990 et 1993, la baisse atteint 49% des bénéfices. De même, en 2000 et 2002, la chute des bénéfices par action des sociétés n'a été que de 33%.

Il y a donc un réel excès dans la baisse actuelle de l'indice. C'est pourquoi nous recommandons de revenir sur les marchés européens. D'ailleurs, les marchés américains sont entre 30 et 40% plus chers que les marchés européens, en valeur relative et en retenant l'écart de taux longs (3,9% en Europe et 4,9% aux Etats-Unis).

Y a-t-il des secteurs à favoriser pour revenir sur les marchés actions?

Il y a un tel potentiel de hausse qu'on peut avoir une hausse dans tous les secteurs. Un investisseur frileux pourra en tout état de cause se porter sur les secteurs défensifs, avec en ligne de mire les "utilities" ou les pharmaceutiques, par exemple.

Peut-on retrouver une vague d'OPA sur le marché?

La vague d'OPA à laquelle on a assisté depuis quelques mois n'était que le reflet d'une sous-valorisation des marchés. Et il est fort possible de revoir des opérations de croissance externe intervenir avec des valorisations encore plus faibles qu'il y a trois mois...

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