EADS : l'abandon de la double commande franco-allemande à l'étude

 |   |  829  mots
Bercy et DaimlerChrysler veulent renoncer au principe de doubles commandes franco-allemandes aux différents niveaux de direction du groupe et prônent des décisions rapides. Mais le groupe Lagardère est réticent. Le ministère des Finances pousse Louis Gallois comme président du conseil d'administration d'EADS.

Les discussions qu'est en train de mener l'Etat français, co-actionnaire du groupe EADS, maison-mère d'Airbus, en vue de simplifier les structures de gouvernance, avancent. L'idée est de répondre rapidement - le Premier ministre a même promis aux députés des "mesures urgentes" - à la crise que traverse la firme. Tout est venu de l'effondrement du titre de 26,3% la semaine dernière, suite aux annonces des coûteux retards sur les livraisons de l'avion géant A380, et ce quelques semaines après que plusieurs dirigeants ainsi que les deux grands co-actionnaires privés, Lagardère et DaimlerChrysler, avaient vendu des titres. D'où des soupçons de délits d'initié, de manque de transparence et de mauvais reporting au sein du groupe sur les éventuels problèmes industriels.

Pour y répondre, il semble que Bercy et Daimler (en la personne de Manfred Bischoff, co-président non exécutif d'EADS) soient d'accord pour remplacer le système actuel de double commande, une française, une allemande, à tous les étages par une organisation simplifiée avec un seul responsable à chaque niveau. C'est ensuite que les choses se compliquent car chacun voit midi à sa porte. Le ministre de l'Economie, Thierry Breton, verrait bien un président du conseil d'administration français pour EADS, avec un directeur général, patron opérationnel du groupe, qui serait allemand, et en dessous, les différentes filiales dont celle qui génère le gros de l'activité, Airbus, dirigée par un Français (pour l'heure, la nationalité de son patron ne fait pas l'objet d'une clause impérative entre actionnaires).

Côté DaimlerChrysler, on pousserait pour un modèle encore plus simple avec un seul PDG, allemand, et un patron d'Airbus français. Dans ce cas, Fabrice Brégier, l'actuel patron d'une des quatre filiales, Eurocopter, qui multiplie les succès sur le marché mondial des hélicoptères militaires, tiendrait la corde. Mais les Français craignent dans ce cas de devoir laisser la direction d'Eurocopter à un Allemand.

Rien de tout cela ne peut toutefois se décider sans l'aval du groupe Lagardère, le plus petit des trois actionnaires (7,5% du capital contre 15% pour l'Etat français et 22,5% pour Daimler) mais qui a le pouvoir au sein du clan tricolore dans leur holding commune la Sogeade en vertu d'un accord dit de "commandite néerlandaise". Et pour l'heure, le groupe privé français aura à coeur de défendre ses intérêts - et son image, très écornée dans cette affaire - en plaçant un homme à lui dans la boucle.

Sur la question des hommes, le débat est également intense. Bercy verrait bien Louis Gallois, PDG de la SNCF mais administrateur d'EADS et ex-patron d'Aerospatiale (qui, fusionné avec Matra Défense Espace, allait donner la partie français d'EADS et d'Airbus) et du motoriste aéronautique Snecma, pour prendre la présidence du conseil d'administration d'EADS. Mais son remplacement à la tête de la SNCF où il a fait, de l'avis unanime, du très bon travail en réussissant à y pacifier les relations sociales paraît loin d'être aisé. Côté allemand, un homme s'impose: Thomas Enders, le co-président exécutif d'EADS, jeune et assez épargné pour l'instant par la crise actuelle.

Restent deux hommes sur la sellette: Noël Forgeard, bien sûr, le co-président français du groupe et ex-patron d'Airbus - dont il avait fait une forteresse rapportant peu à sa maison-mère - , soupçonné de délit d'initié dans cette affaire - et Gustav Humbert, le patron allemand d'Airbus, soupçonné lui d'avoir minoré, dissimulé et retardé l'aveu des difficultés chez l'avionneur.

En ce qui concerne Noël Forgeard, la pression va s'accroître encore un peu la semaine prochaine. Mercredi matin, en effet, il sera auditionné par les commissions des Finances et des Affaires économiques de l'Assemblée nationale. Tant à l'UMP que chez les socialistes, les députés veulent en effet y voir clair dans les événements qui se passent chez EADS. La mise en place d'une commission d'enquête n'est d'ailleurs pas exclue.

Ce qui paraît sûr, en tout cas, c'est que, tant à Bercy que chez Daimler, on souhaite que soient prises des décisions rapides. La pression est donc sur Lagardère... où l'on pourra rappeler que c'est l'Elysée qui avait imposé Noël Forgeard à la tête de la partie française d'EADS face à Philippe Camus, proche d'Arnaud Lagardère. Une guéguerre franco-française qui avait eu des multiples conséquences - avec même des liens avec l'affaire Clearstream - notamment de faire perdre aux Français la direction d'Airbus.

Certains proches du dossier soulignent enfin que la simplification des structures de commandement du groupe devra viser à un but ultime: que les nominations se fassent dans l'avenir sur le seul critère de la compétence et non sur celui de la nationalité.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :