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Gaz de France persiste dans son projet avec Suez malgré les concessions à Bruxelles

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Publié le 12 octobre 2006 à 11:21 - Mis à jour le 22 octobre 2008 à 17:28

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Le conseil d'administration de Gaz de France réuni jeudi soir confirme le projet de mariage avec Suez. Même s'il prend acte que les concessions dans le domaine du gaz en Belgique devront être plus importantes que prévus.

Gaz de France ne renonce pas à son projet de mariage avec Suez. Réuni jeudi soir, le conseil d'administration du groupe public gazier coté en bourse et dont les députés viennent de voter la possible privatisation, annonce avoir "confirmé l'importance de l'apport stratégique du groupe Suez en particulier dans le gaz naturel liquéfié et dans le développement d'offres énergétiques duales (gaz et électricité) en France".

Il mandate donc son président, Jean-François Cirelli, "pour poursuivre le processus de fusion en prenant en compte l'ensemble des éléments constitutifs de la fusion au regard du développement et de l'avenir du groupe et de l'intérêt de ses actionnaires et de ses salariés".

L'union n'est donc pas remise en cause. Gaz de France souligne que son conseil d'administration " a rappelé la pertinence du projet de fusion en soulignant la force du modèle stratégique et de la culture industrielle de Gaz de France, l'importance d'une juste valorisation du groupe et la nécessité d'une gouvernance équilibrée du futur ensemble tant au niveau du Conseil d'administration que du management."

Chaque mot compte dans cette déclaration à l'heure où des signes tangibles de tension entre les deux entreprises se font sentir, la direction de Gaz de France craignant de voir Suez tenter d'imposer ses vues et ses hommes dans le mariage.

Les tensions existent aussi sur le front de la transparence. Gaz de France estime en effet ne pas avoir été suffisamment informé par Suez des concessions accordés par ce dernier au gouvernement belge en matière d'ouverture du marché de l'énergie.

En outre, La Commission européenne va plus loin dans sa demande de concession pour donner son feu vert au mariage entre les deux groupes énergétiques. Bruxelles exige notamment la vente totale par Gaz de France de la filiale de distribution de gaz de Suez en Belgique, Distrigaz.

Gaz de France indique d'ailleurs que son conseil d'administration "a pris acte des discussions avec la Commission et a confirmé le mandat donné à son Président pour finaliser ces négociations. Il a constaté que les remèdes à apporter dans le domaine du gaz en Belgique devront vraisemblablement être plus étendus que ceux qui avaient été initialement proposés.

Il n'en demeure pas moins que le projet de mariage entre Gaz de France et Suez est plus que jamais sous tension. Les révélations par le journal les Echos jeudi d'un projet de l'homme d'affaires François Pinault d'acquérir les activités environnement de Suez en compagnie d'un partenaire - le groupe italien Enel cité, qui lorgne Suez depuis plusieurs mois a toutefois indiqué aujourd'hui que ce projet n'étaitr plus d'actualité - a mis le feu aux poudres au Sénat où est examiné le projet de loi sur l'énergie qui prévoit notamment la privatisation de Gaz de France. Socialistes et communistes ont réclamé le gel immédiat du projet en attendant une clarification de la situation.

Suez dément tout projet de cession de ce pôle environnement. Le groupe s'est déjà retrouvé ces dernières années sous la pression de certains de ses actionnaires désireux d'imposer une séparation entre les activités énergie et celle de l'eau (l'ex Lyonnaise des Eaux) et des déchets.

Le groupe Veolia s'est lui aussi un temps intéressé à ce pôle environnement, déjà aux côtés de l'italien Enel quand ce dernier préparait activement une OPA sur Suez, désireux de reprendre son bijou énergétique belge Electrabel. Mais même s'il a régulièrement sollicité ses banques pour préparer une force de frappe de plusieurs dizaine de milliards d'euros - alors que les agences de notation s'inquiétaient de son futur endettement dans ce cas de figure -, Enel n'est jamais passé à l'acte.

La question demeure en tout cas. Pourquoi François Pinault aurait-il préparé un tel projet ? Le président UMP de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, Patrick Ollier, s'est dit en tout cas "surpris par la rumeur" de l'irruption dans ce dossier de l'homme d'affaires breton, très proche de Jacques Chirac, tout comme l'est d'ailleurs Henri Proglio, le patron de Veolia.


Toutes les nouvelles concessions que Bruxelles demande à Suez
Pour satisfaire à la demande de la Commission européenne pour obtenir son aval à leur projet de fusion, Suez et à GDF ont du consentir de nouvelles concessions en Belgique dans le gaz. En effet, Suez très présent en Belgique doit au final céder la totalité de sa participation dans Distrigaz (62%). Un effort significatif puisque Distrigaz pèse aujourd'hui quelque 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Concrètement, Suez devra vendre la totalité de son portefeuille de clients industriels et transférer 140 TW (terawatts) contre 80 TW initialement à une nouvelle société créée à cet effet. Cette concession répond ainsi aux exigences de la Commission européenne qui souhaitait renforcer le poids d'un nouveau concurrent sur le marché belge. Dans le cadre de ces négociations, Suez pourra cependant conserver pendant cinq ans la totalité de ses contrats à long terme avec Distrigaz. Suez pourra en effet encore s'approvisionner chez Distrigaz pour fournir ses quatre millions de clients individuels dont le portefeuille est logé chez Electrabel, sa filiale d'électricité. Au final, cette cession devrait avoir un impact sur les synergies entre Suez et GDF au niveau des coûts d'approvisionnement compris entre 100 et 200 millions d'euros, estime-t-on chez GDF, contre 250 millions d'euros escomptés initialement. Les deux groupes espèrent toutefois compenser cet impact par les échanges d'actifs concédés par l'opérateur étranger qui rachètera la société nouvellement créée sur le marché belge. Tous les opérateurs sont d'ailleurs sur les rangs. L'allemand EON et l'italien Enel seraient bien placés. Cet effort significatif aura un impact sur le court terme chez Suez. Les synergies avec GDF évaluées à 1,1 milliard d'euros ne pourront être atteintes qu'à moyen terme, dans quatre à cinq ans au lieu de 2009 comme prévu initialement. Pour autant, ce transfert de 140 TW à la nouvelle société ne représente qu'une petite partie des 1100 TW de ventes annuelles de gaz réalisées par Suez et GDF.
Dans la distribution de gaz, Suez devra également consentir à perdre le contrôle de sa filiale Fluxys qui déjà été scindée en trois sociétés dans le cadre des concessions déjà accordées à Bruxelles. Cette fois, Suez doit également passer en dessous de la barre des 50 % dans la filiale propriétaire et exploitant des terminaux de Zeebruge en Belgique tout en concédant des ajustement au niveau de la gouvernance de cette filiale. Suez ne sera donc plus seul maître à bord. Il devra ouvrir le tour de table à un ensemble d'investisseurs qui pourront décider avec Suez de la stratégie de développement à mener. Au final, Suez devrait voir sa participation dans cette filiale ramenée de 57 % à 45 % , Publigaz, la société regroupant les communes belges prendrait 45 % du capital, le solde restant sur le marché.
Enfin dans l'électricité, Bruxelles n'a pas demandé de concessions supplémentaires. L'effort consenti par Suez dans ce domaine se résumant à la demande du gouvernement belge, à savoir la mise sur le marché de l'électricité d'environ 520 MW.
En attendant la décision de Bruxelles qui doit rendre son verdict le 24 novembre au plus tard, les concessions ne remettent pas en cause la pertinence de la fusion, reconnaît-on chez GDF. Mais Suez ressort cependant fragilisé par rapport à GDF. Une nouvelle donne qui pourrait renforcer cette fois le poids de GDF dans la nouveau groupe.
Chantal Colomer

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