La crise du "subprime" fait de nouvelles victimes et nourrit les inquiétudes

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L'organisme de crédit immobilier American Home Mortgage Investment Corp va cesser son activité ce vendredi après avoir annoncé aux 7.000 salariés leur licenciement. Un autre organisme de prêt, Accredited Home Lenders pourrait connaître "un sort similaire" à celui d'American Home. A Wall Street, son titre s'est effondré jeudi de 35%.

La crise immobilière du "subprime" ou ces fameux crédits hypothécaires à risque aux Etats-Unis n'en finit pas de faire des dégâts. Chacun y va de son petit commentaire pour dire s'il est exposé ou non, les grands argentiers de la planète, américains et européens, tentent de rassurer. Malgré tout, l'inquiétude grandit. Car les défaillances se multiplient.

Cette crise vient ainsi de faire sa première victime importante. L'organisme de crédit immobilier American Home Mortgage Investment Corp va cesser son activité ce vendredi après avoir annoncé aux salariés leur licenciement. Les 7.000 salariés ont été prévenus par un e-mail envoyé par le patron du groupe, Michael Strauss.

Dans la journée, un autre organisme de prêt, Accredited Home Lenders avait laissé entendre qu'il pourrait connaître "un sort similaire" à celui de ses concurrents qui ont cessé d'émettre du crédit ou ont déposé leur bilan. A Wall Street, l'action Accredited Home Lenders a d'ailleurs sérieusement dévissé, perdant plus de 35% à 5,31 dollars.

Pour sa part, American Home, dont le siège est à Melville, dans l'Etat de New York, prête surtout à des particuliers dont le risque de défaut est plutôt faible. La société a toutefois consenti de nombreux prêts à des personnes ne pouvant justifier de leur revenu ou de leurs patrimoine. American Home avait indiqué cette semaine que ses clients avaient rompu avec elle, qu'elle ne pouvait pas répondre à certaines échéances financières et quelle pourrait liquider des actifs. Elle disait aussi avoir cessé d'examiner des demandes de prêts.

Fondée en 1987, American Home revendiquait l'an dernier la place de numéro dix américain du crédit hypothécaire aux particuliers. La société a notamment proposé de nombreuses formules dites "Alt-A", situées entre la qualité "prime" et subprime, ainsi que des prêts à taux variables.

Plusieurs dizaines d'organismes de crédit immobilier ont fermé leurs portes ou remonté leurs exigences en matière de prêts au fur et à mesure de la baisse des prix de l'immobilier résidentiel et de la hausse du coût du crédit et que montait le niveau des défauts. Countrywide Financial Corp. le numéro un américain du crédit immobilier, a pour sa part indiqué jeudi que sa situation financière restait bonne. Dans un communiqué, Contrywide dit avoir près de 50 milliards de dollars de "de liquidités hautement fiables à court terme".

La crise a aussi gagné l'Europe. En particulier l'Allemagne. Le puissant fonds des banques mutualistes allemandes, Union Investment, a décidé de geler un de ses fonds adossé aux crédits immobiliers. C'est ce qu'annonce un de ses dirigeants ce vendredi dans le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ). L'établissement a décidé d'interdire les retraits sur le fonds, qui compte 200 grands clients, banques et entreprises, pour empêcher la fuite des capitaux. Depuis un mois, des participations d'un montant total approchant les 100 millions d'euros ont été retirées. "Il s'agit de protéger les investisseurs" contre un effondrement de ce véhicule financier, justifie le gestionnaire d'Union Investment, Nikolaus Sillem, dans la FAZ.

Le journal souligne que d'autres institutions comme la Frankfurt Trust, Sal Oppenheim, WestLB, HSBC, Société Générale ou Keppler ont tous dans leur portefeuille des produits de ce type. On le verra dans les comptes du troisième trimestre des grands étbalissements financiers de la planète.

La crainte majeure outre-Rhin concerne la banque IKB dont l'action ne cesse de chuter à la Bourse de Francfort, après qu'elle a lancé a un avertissement sur ses résultats car elle avait investi dans des produits adossées à ces prêts immobiliers à risque sur le marché américain. Son exposition totale au "subprime" s'élèverait à 17,5 milliards d'euros, selon l'agence Reuters. Du coup, le secteur bancaire allemand et les pouvoirs publics se mobiliser pour sauver l'établissement, détenu à 38% par la banque publique KfW, équivalent allemand de la Caisse des dépôts et consignations française, en lui apportant en urgence la bagatelle de 3,5 milliards d'euros. L'addition finale risque d'être salée.

De son côté, le grand assureur allemand Allianz a indiqué ce vendredi que son exposition à ce risque était très limitée avec seulement 0,16% de ses investissements totaux. Mais cela représente tout de même 1,7 milliard d'euros. Toutefois, 99% de ce montant est en produit dit "investment-grade" c'est-à-dire à risque limité.

Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, souligne d'ailleurs dans l'éditorial du dernier numéro du Bulletin mensuel de l'institution que la crise des prêts immobiliers américains ne présentait "pas de risque global" pour les banques européennes.

La France n'échappe pas totalement non plus à ce vent mauvais. Certes, BNP Paribas et la Société Générale qui viennent de dévoiler leurs résultats trimestriels ont indiqué être très peu exposées à ce risque. Mais des inquétudes montent sur Natixis (alliance des Banques Populaires et de la Caisse d'Epargne), car Natexis, la banque d'affaires des Banques Populaires, serait nettement plus exposée que ses compatriotes au marché de la titrisation constitué en partie par le subprime. Et l'on vient déjà de voir le gestionnaire Oddo fermer trois fonds d'un encours total d'un milliard d'euros et Axa IM venir au secours d'un de ses véhicules financiers, les valeurs de ces fonds ayant fondu comme neige au soleil. Les observateurs n'excluent pas d'autres mauvaises nouvelles de ce genre dans les semaines qui viennent.

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