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Nicolas Sarkozy écarte toute fusion entre police et gendarmerie

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Publié le 30 novembre 2007 à 04:20 - Mis à jour le 23 octobre 2008 à 17:58

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Au delà des émeutes en banlieue, la rencontre du président de la République avec 1.800 policiers et gendarmes a permis au chef de l'Etat de préciser son projet de rapprochement entre la police et la gendarmerie. "Il n'y aura pas de fusion" selon lui, mais un rapprochement des deux entités sous la tutelle du ministère de l'Intérieur. Pour calmer le malaise des gendarmes, le président de la République a promis des mesures financières.

Nicolas Sarkozy a réuni ce jeudi 29 novembre 1.800 policiers et gendarmes dans le quartier de La Défense. Cette grand'messe, dont la date a été repoussé une fois, devait lui permettre d'adresser un message fort en matière de sécurité aux forces de l'ordre et, plus largement, au pays. Le président de la République, ravi d'endosser à deux reprises par le passé l'uniforme de Premier flic de France, reste toujours en état de grâce dans le monde policier. Mais cette rencontre se déroulait dans un contexte bien moins serein que prévu, sur les plans sociétal, politique et surtout budgétaire.

Les incidents qui ont ravagé la ville de Villiers-le-Bel dans le Val-d'Oise ont fait resurgir le spectre des émeutes de 2005. La presse étrangère décrit d'ailleurs une situation plus dure qu'en 2005, même s'il n'y a "pas encore d'embrasement généralisé". Le nombre de policiers blessés et l'usage d'armes à feu suscite l'inquiétude. Certains syndicalistes policiers, contactés par latribune.fr, critiquent sévèrement l'envoi en renfort de fonctionnaires peu préparés à maîtriser des émeutes urbaines. Nicolas Sarkozy a donc tenu ce matin à rassurer les policiers.

Le président de la République a déclaré que les violences de ces derniers jours en banlieue parisienne ne relevaient pas d'une "crise sociale" mais d'une forme de "voyoucratie". "La réponse aux émeutes, ce n'est pas plus d'argent encore sur le dos du contribuable. La réponse aux émeutes, c'est l'arrestation des émeutiers", a fait valoir le chef de l'Etat, ajoutant: "je réfute toute forme d'angélisme qui vise à trouver en chaque délinquant une victime de la société, en chaque émeute un problème social".

"Ce qui s'est passé à Villiers-le-Bel n'a rien à voir avec une crise sociale, ça a tout à voir avec la voyoucratie (...) Si nous laissons un petit voyou devenir un héros dans sa cité (...) c'est une insulte à la République et à votre travail", a-t-il poursuivi. "Ceux qui cassent, ceux qui brûlent, ceux qui pillent, ceux qui s'en prennent aux forces de l'ordre répondront de leurs actes", a-t-il assuré, s'en prenant aux "donneurs de leçons" qui "ignorent eux ce que c'est d'être en uniforme et face à une bandes d'enragés". La situation des banlieues est un "enjeu majeur pour notre pays" et fera l'objet d'un plan annoncé en janvier (...) mais que les choses soient claires (...) nous ne le ferons pas parce qu'il y a eu des émeutes".

Nicola Sarkozy a promis qu'"après tout ce qui a été fait et bien fait sur les bâtiments, on va investir sur les gens. On va faire la différence. On va donner plus à ceux qui veulent s'en sortir honnêtement et on va également donner plus à ceux qui ne veulent pas s'en sortir mais dans l'autre sens, (être) plus sévère à l'endroit de celui qui n'a comme seule idée qu'empoisonner la vie des autres", a-t-il expliqué.

Outre les émeutes, le président de la République doit également faire face à des difficultés sur le plan politique. La situation de la ministre de l'Intérieur en titre, Michèle Alliot-Marie, devient en effet compliquée. Celle-ci est entendue par les juges de l'affaire Clearstream dans un dossier où Nicolas Sarkozy est partie civile. Elle se trouve aussi en opposition larvée avec le président sur deux dossiers-clé, la fusion des services de renseignement et le rapprochement police-gendarmerie.

La situation de la ministre se trouve ainsi fragilisée par les annonces de Nicolas Sarkozy sur ces deux sujets. La fusion des services de renseignement du ministère de l'Intérieur (DST et DCRG) devrait être annoncée officiellement, comme l'a souhaité le président dès avant son élection. L'affaire était d'ailleurs largement entamée. De même, le délicat rapprochement de la police et de la gendarmerie souhaité, lui aussi, par Nicolas Sarkozy, a été acté.

Le président de la République a annoncé une prochaine loi "relative à la gendarmerie nationale redéfinissant son fonctionnement". "Le décret de 1903 (sur la gendarmerie) a un peu vieilli", a-t-il jugé. "Police et gendarmerie seront rattachées au ministère de l'Intérieur, c'est le ministre de l'Intérieur qui définira l'emploi, l'organisation, les objectifs et les moyens d'investissement et de fonctionnement des deux forces", a expliqué le président.

Toutefois, Nicolas Sarkozy a bien précisé qu'il n'y aurait pas de fusion entre la police et la gendarmerie. Le chef de l'Etat a notamment indiqué que les pandores conserveront leur statut militaire. De plus, il a fait un pas vers les gendarmes en annoncant la constitution d'un groupe de travail conjoint chargé de faire des propositions pour "gommer" les écarts de traitement entre policiers et gendarmes. Il s'agit de l'une des principales revendications exprimées ces derniers mois par ces derniers.

Mais cette mesure matérielle risque de faire exploser la colère des officiers de police. Leurs syndicats négocient en effet un dossier très technique: l'abandon de la comptabilisation de leurs heures supplémentaires, en moyenne de 200 heures par officier, consécutif au passage de ce corps d'encadrement au statut cadre à compter du 1er janvier 2008. Leurs syndicats réclament, en échange, un alignement de leur prime d'encadrement, actuellement de 180 à 320 euros, sur celle des commissaires, qui est de 850 à 1.600 euros.

L'administration propose, elle, une augmentation de la dite prime de commandement de 30% sur cinq ans, soit 6% par an, ce qui représente une augmentation de 17 euros. L'écart entre les deux positions est large. La situation semble bloquée. Le Syndicat national des officiers de police (SNOP), majoritaire dans le corps, appelle à une manifestation nationale le 8 décembre sur le sujet. Ce type d'appel est suffisamment rare pour inquiéter les responsables politiques.

La Tribune

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