"Le LSE étudie toutes les options de croissance possibles"

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Clara Furse ne manque pas d'allant. Dans une interview accordée à quatre journaux européens, dont pour la France La Tribune, la directrice du London Stock Exchange se félicite des résultats annuels du LSE, qui rendent justice à sa détermination de ne pas accepter de mariage forcé. Depuis décembre 2004, le LSE a repoussé les avances de Deutsche Börse, Euronext, Macquarie et du Nasdaq (deux fois). Le cours du LSE tourne actuellement autour de 13 livres par action (13,28 livres à la clôture d'hier, en hausse de 1,3 %), donc bien au-dessus des 12,43 livres offerts en vain par le Nasdaq en janvier dernier. Clara Furse ne fait pas pour autant de l'indépendance du LSE un dogme; au contraire, elle affirme rechercher activement des accords de coopération ou des alliances capitalistiques avec d'autres Bourses. "Competition, cooperation, consolidation" : autour de ces trois mots clé se joue à son avis l'avenir du LSE.

La fusion entre Euronext et le NYSE a accéléré la consolidation boursière mondiale. Le LSE entend t-il être en devenir un acteur ou veut-il rester indépendant ?

La consolidation est une des options dont dispose une entreprise et elle ne doit pas être une fin en soi, mais servir sa stratégie. La vision du LSE est de devenir le principal marché de capitaux du monde, et nous avons différentes solutions pour y parvenir. La première est d'être compétitifs, la deuxième est de coopérer avec d'autres places, et la troisième est la consolidation. Signe de notre compétitivité, le LSE est, de toutes les grandes Bourses, la principale terre d'accueil pour les introductions en bourse de sociétés étrangères. En perspective, notre stratégie n'est pas de rester indépendant, ni de nous laisser prendre par la fièvre de la consolidation. Elle est de trouver la bonne opportunité au bon prix, en cohérence avec notre vision. Nous étudions toutes les options de croissance possibles, allant des accords de coopération aux fusions ou acquisitions.

Concrètement?

Nous avons plusieurs accords de coopération que nous voulons approfondir, dont le plus évident est celui avec le Tokyo Stock Exchange, signé en février dernier. Nous souhaitons notamment développer ensemble dans un certain nombre de pays un marché des valeurs de croissance à l'image du AIM (Alternative Investment Market) londonien. Quant à la consolidation, c'est une option sans doute intéressante. Nous avons des conversations dans ce domaine aussi.

Avez-vous des priorités? Vous vous êtes récemment portés candidats à une prise de participation dans le Dubai International Financial Exchange...

Nous avons l'esprit ouvert et ce serait une erreur de limiter nos horizons. Mais je peux dire que le LSE travaille beaucoup en Asie et nous sommes très intéressés à la région du Golfe, si riche en capitaux, ainsi qu'aux BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) et à l'Amérique Latine.

Dans un éventuel rapprochement, le London Stock Exchange devrait forcément avoir le rôle dominant au sein d'un nouvel ensemble ?

Nous avons beaucoup à offrir. Londres est une place unique, pour le réseau d'investisseurs auquel elle donne accès et pour l'orientation intuitivement internationaliste de ces investisseurs. C'est un formidable pool de liquidité comme il n'en existe nulle part ailleurs. Nous observons aussi que lorsque des sociétés étrangères s'introduisent sur le London Stock Exchange, cela les aide à augmenter leur visibilité sur leur marché domestique rendant ce marché plus liquide et intéressant. Londres peut ainsi fournir les moyens à des partenaires de se développer.

Le Nasdaq reste le principal actionnaire du LSE, avec près de 30% du capital. Peut-il représenter un frein à vos ambitions?

Non. Si nous décidions de réaliser une opération capitalistique avec une autre partie, il serait suffisant d'avoir 50 % des actionnaires du LSE en faveur du projet. Une majorité de 75 % n'est nécessaire que dans des cas spécifiques - comme le changement des statuts - qui ne sont pas d'actualité.

Avez-vous des discussions avec le Nasdaq ?

Aucune. C'est un de nos actionnaires, et s'il demandait à nous voir, nous lui parlerions. Mais ses responsables ne nous appellent pas et nous ne les appelons pas.

Plusieurs de vos concurrents, comme Euronext et Deutsche Börse, ont suivi une politique de diversification des revenus, à la fois en termes géographiques et de métiers, par exemple en investissant dans les marchés de dérivés. Le LSE peut-il survivre à long terme en restant spécialisé dans les marchés d'actions basés à Londres ?

Je conteste le qualificatif de "spécialisé". En réalité, nous sommes très diversifiés. Au cours des cinq dernières années, nous avons lancé une vingtaine de nouveaux produits et services, par exemple dans l'information. Je citerai à titre d'exemple Proquote (analyses et données financières) et SEDOL (système d'identification des actifs financiers). Nous sommes aussi peu ou prou la Bourse offrant la plus grande palette de ETF (Exchange Traded Funds) dans les matières premières. Je vois donc un énorme potentiel de croissance interne. La diversification géographique nous est donnée par les émetteurs du monde entier qui décident de se coter à Londres. En fait, nous portons le monde à Londres.

La compétition va désormais s'accentuer en Europe, avec le déploiement de NYSE-Euronext et le lancement du projet Turquoise par sept banques d'investissement. Etes-vous inquiets?

Nyse-Euronext est une menace et nous la prenons au sérieux, mais nos résultats montrent que nous sommes très compétitifs dans le marché primaire des émissions. Le Projet Turquoise peut apporter des bénéfices aux utilisateurs, mais il comporte aussi un risque de fragmentation du marché, qui peut aboutir à des coûts de transaction plus élevés. La mutualité inhérente au projet Turquoise pose aussi un risque potentiel de conflit d'intérêt entre les banques. C'est ce risque même que les Bourses ont mis de côté, depuis qu'elles ont choisi la démutualisation, au début des années 2000. La démutualisation a ouvert par ailleurs un monde nouveau aux différentes Bourses, avec la possibilité d'être encore plus au coeur des marchés de capitaux. Le London Stock Exchange s'est préparé depuis longtemps à cette perspective. Le plan de refonte informatique (Technology Road Map), lancé il y a quatre ans, sera complété cet été avec le lancement, en juin, de la plate-forme de négociation de nouvelle génération TradElect, qui va mettre le LSE à l'avant-garde au niveau technologique.

Que répondez-vous aux critiques américaines sur la régulation du AIM, le marché des valeurs de croissance du LSE?

La réalité est que la finance globale est moins dépendante de l'Amérique et de son marché des capitaux qu'il y a cinq ans. D'autres places financières majeures voient le jour. Cela constitue un changement fondamental. Certaines manifestations de la part de représentant américains sont un symptôme de ce déclin relatif.

Combien de grandes Bourses y aura-t-il dans le monde dans cinq ans ?

Je crois qu'on arrivera à trois grandes places financières globales, une pour chaque grande région horaire de la planète, et chacune idéalement avec sa Bourse de référence. Ce chiffre peut varier, mais la substance est là. Il existera aussi des liens entre ces différentes Bourses, car la globalisation s'impose progressivement. Londres a toutes les chances de faire partie de ce podium, car elle se situe au milieu des zones horaires américaine et asiatique, on y parle l'Anglais et on y respire une atmosphère cosmopolite. Son riche réseau d'investisseurs et d'acteurs de marché est un atout majeur dans ce contexte.

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