Sarkozy-Trichet : drôle de rencontre !

Officiellement, Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Trichet vont faire un "tour d'horizon des questions économiques et financières après les récentes réunions internationales du G7 et du G20". Un rapprochement des points de vue des deux responsables sur la gestion de l'euro semble exclu à court terme.

Le président français Nicolas Sarkozy recevra, ce jeudi soir à 19 heures 15, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, apparemment pour faire un "tour d'horizon des questions économiques et financières après les récentes réunions internationales du G7 et du G20", selon David Martinon, porte-parole de l'Elysée. "Le président trouve important de pouvoir faire un point avec M. Trichet avant sa visite en Chine où ces questions seront abordées", a-t-il ajouté, précisant que le patron de la BCE devait se rendre lui-même à Pékin, après Nicolas Sarkozy, avec le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, et le commissaire européen chargé des questions économiques, Joaquim Almunia.

Faut-il plutôt y voir une tentative de réconciliation entre les deux protagonistes qui se livrent une interminable"guéguerre", déclenchée par le candidat à la présidence dès le printemps, mettant en cause l'indépendance de la BCE et reprochant, avant comme après le scrutin, à Trichet de s'arcbouter sur la lutte contre l'inflation, au détriment du soutien de la croissance et de l'emploi ?

Récemment encore, Sarkozy a accusé la BCE de laisser la bride sur le cou à l'euro, alors que les partenaires de la France - Etats-Unis et Japon en tête - auraient une gestion active du taux de change de leur monnaie. Il a en particulier critiqué l'institut présidé par Jean-Claude Trichet pour ses hausses de taux d'intérêt qui, selon lui, pénalisent l'activité économique et dopent le taux de change de l'euro face au dollar et aux monnaies asiatiques.

L'épisode le plus fracassant remonte au début septembre. La BCE avait alors renoncé à majorer son taux directeur, inchangé à 4% depuis juin, alors qu'elle avait pourtant pré-annoncé une hausse en août, pour ne pas ajouter de l'huile sur le feu en pleine crise des marchés du crédit. Entendant lors de la conférence de presse qu'il délivre à l'issue du conseil mensuel de la BCE, via la question d'une journaliste, que Sarkozy était encore intervenu dans le débat concernant la BCE, Trichet avait alors perdu son flegme légendaire, martelant devant la presse internationale : "nous sommes in-dé-pen-dants", avec une vigueur qui avait surpris plus d'un observateur.

De toute évidence sur ce sujet il n'y a pas - encore ? - de terrain d'entente à court terme entre les deux hommes. Car il faut garder en mémoire qu'en 1994, avant le début de la campagne présidentielle, le candidat Jacques Chirac s'en était pris avec la même virulence au même Trichet, alors gouverneur de la Banque de France nouvellement indépendante, qualifié d'ayatollah du franc fort, avant de devenir son plus solide allié et son candidat désigné dans la course à la première présidence de la BCE, emportée par le néerlandais Wim Duisenberg.

Mais, concernant la sous-évaluation du yuan, les deux responsables peuvent trouver un terrain d'entente. Comme il l'avait fait à Washington au début du mois, Nicolas Sarkozy devrait militer pour un dollar fort et une réévalution de la monnaie chinoise, le yuan. Trichet a plusieurs fois rappelé ces derniers temps que les Etats-Unis s'étaient engagés à mener une politique du dollar, par la voix de leur secrétaire au Trésor, Henry Paulson, et que les déséqulibres des taux de change étaient contre productifs - sous entendu que le yuan ne se négociait pas à sa juste valeur. Tout en stigmatisant les mouvements de change brutaux et désordonnées, à l'instar de ceux qui se produisent depuis le milieu de l'été.

Il n'empêche que depuis la réévaluation de 2,1% du yuan concédée en juillet 2005, la Chine n'a laissé sa monnaie se réévaluer que très progressivement engrangeant des réserves de devises pharaoniques qui dépassent désormais 1.400 milliards de dollars. Et même si "la monnaie du peuple" a gagné 11% de sa valeur depuis la mi 2005 face au dollar, elle s'est affaiblie vis-à-vis de l'euro, la monnaie chinoise restant notoirement sous-évaluée.

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