La France évacue ses ressortissants du Tchad

Plus de 500 ressortissants français et étrangers ont déjà été évacués par l'armée française vers Libreville, d'où certains pourront rejoindre Paris dès ce dimanche. Hervé Morin justifie la non-intervention française dans le conflit par le fait que l'accord de coopération militaire qui lie la France au Tchad "n'est certainement pas un accord de défense".

Les opérations d'évacuation des ressortissants français et étrangers prennent de l'ampleur au Tchad, où les rebelles gagnent du terrain. L'armée française a évacué par avion 514 personnes de N'Djamena vers Libreville, au Gabon, face à l'offensive des rebelles tchadiens qui assiègent le palais présidentiel, annoncent les autorités françaises.

"A ce stade, 514 personnes ont été transportées à Libreville, 217 Français et 297 étrangers", à l'aide de quatre appareils militaires qui ont effectué six rotations durant la nuit de samedi à dimanche, annonce un communiqué du ministère des Affaires étrangères. "Sur les ressortissants français et étrangers à N'Djamena susceptibles d'être réacheminés, 400 sont actuellement regroupés" dans cinq centre sécurisés par les éléments militaires français (lycée français Montaigne, cité Beguinage, cité Lamy, hôtel Méridien, hôtel Novotel), ajoute le texte.

A Libreville, précise le ministère, un Boeing 777 affrété de Paris par le Quai d'Orsay ainsi qu'un Airbus A310 de l'armée française attendent les personnes qui arrivent de N'Djamena et les transporteront à Paris. Un premier départ était prévu dimanche en début d'après-midi. La France, a rappelé le ministre de la Défense, Hervé Morin, interrogé sur Europe 1, est disposée à faciliter le départ de tous les ressortissants étrangers et français qui souhaiteront quitter le Tchad.

Par ailleurs, les six Mirage dont Paris disposait sur l'aéroport de N'Djamena ont été déplacés. "Pour protéger les avions, nous les avons envoyés sur d'autres aéroports plus sûrs", a déclaré à France Info le capitaine de vaisseau Christophe Prazuck, de l'état-major. Hervé Morin a précisé à Reuters que les Mirage, qui ont effectué des vols de reconnaissance au-dessus de N'Djamena dimanche matin, se trouvaient maintenant à Libreville "seulement pour des raisons de sécurité".

Interrogé sur le sort du président Idriss Déby et sur des informations selon lesquelles La France lui a proposé de quitter le Tchad vendredi soir, Hervé Morin n'a pas répondu directement: "le président Déby considère qu'il a été élu légitimement, il a raison (...) La France, en effet, se préoccupe d'un chef d'Etat étranger qui a des liens particuliers avec la France. qui refuse de partir dans ces conditions-là", a-t-il dit à Europe 1.

Hervé Morin a fait valoir que le "président Déby est encore le président du Tchad en exercice, il conserve encore la maîtrise de la quasi-totalité de l'armée tchadienne". "Il a encore au moins 2.000 à 3.000 hommes sous son autorité et, de toute évidence, la journée d'aujourd'hui sera capitale", a ajouté le ministre de la Défense, précisant que d'après les informations dont il dispose le chef d'état-major de l'armée tchadienne est mort dans les combats.

"Des scènes de pillage" ont été signalées durant la nuit dans la capitale tchadienne, a ajouté Hervé Morin, mais il n'y a pas de mouvements de population "comme on peut en connaître dans de telles circonstances en Afrique". Il a dit ignorer le nombre de victimes qu'auraient fait les combats. Le ministre a ajouté que les rebelles avaient dit qu'ils ne s'en prendraient pas aux ressortissants français. "Les rebelles nous disent que leur démarche n'est pas une démarche d'hostilité à l'égard de la France".

Hervé Morin a rappelé que l'accord de coopération militaire qui lie la France au Tchad porte "sur le soutien, la logistique (...) ce n'est certainement pas un accord de défense". Le seul élément, a-t-il dit "qui ferait que nous passerions sur une phase plus opérationnelle serait une situation de légitime défense ou pour protéger nos ressortissants" face aux rebelles dont il a estimé le nombre à entre 2.000 et 3.000.

Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, rappelle, dans un entretien au Journal du Dimanche, que les accords de coopération technique "ne prévoient en aucun cas que l'on puisse prendre partie dans un conflit entre Tchadiens". "Notre soutien aux autorités tchadiennes, qui demeure", ajoute Bernard Kouchner, précisant que Nicolas Sarkozy a eu trois fois au téléphone Idriss Déby ces derniers jours, "ne passe pas par une participation directe aux combats".

Un chef rebelle, Timane Eridimi, qui dirige le Rassemblement pour le changement (RDC), estime, au contraire, que la France "persiste à soutenir" Idriss Déby, dont il est le neveu. "La France a soutenu à bout de bras ce régime qui est le plus corrompu de l'histoire de l'Afrique", a-t-il précisé au Journal du Dimanche. "Et à présent que ce régime est tombé, au lieu d'évacuer et de nouer rapidement des relations avec nous, la France persiste à soutenir Déby". Interrogé sur le déploiement de la force européenne de paix Eufor, qui a été retardé par les combats, il répond que si cette force "a une mission noble qui consiste à sécuriser les populations déplacées et les populations réfugiées, nous ne voyons plus aucun inconvénient à sa présence".

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