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François Fillon exclut un plan de relance

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Publié le 19 août 2008 à 00:20 - Mis à jour le 24 octobre 2008 à 18:18

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Le Premier ministre estime qu'un plan de relance serait artificiel. L'objectif de croissance pour 2008, aujourd'hui compris entre 1,7% et 2%, sera néanmoins ajusté à l'automne. Socialistes et UMP s'écharpent sur le recul de la croissance au deuxième trimestre, aggravé par le paquet fiscal de 2007 pour les premiers, causé par le ralentissement économique international pour les seconds.

Le Premier ministre, François Fillon, a affirmé ce lundi que la France n'a "pas besoin d'un plan de relance, qui serait un plan de relance artificiel". Il a plaidé en revanche pour des "réformes de structure". Selon François Fillon, il "n'est pas raisonnable de parler de récession" et l'année 2008 sera celle d'une "croissance positive" en France.

Le chef du gouvernement s'exprimait lors d'un point de presse à l'issue d'une réunion a Matignon avec les ministres chargés de l'économie, convoquée suite à l'annonce récente d'une baisse du produit intérieur brut de 0,3% au deuxième trimestre. Etaient présents à ce qui ressemblait à une réunion de crise Christine Lagarde (Economie), Eric Woerth (Budget), Luc Chatel (Consommation), Laurent Wauquiez (Emploi), Anne-Marie Idrac (Commerce extérieur) et Hervé Novelli (PME).

Le Premier ministre a affirmé que l'objectif de croissance pour 2008, entre 1,7% et 2%, serait ajusté lors de la présentation du budget 2009 à l'automne. Il a maintenu l'objectif de déficit public pour 2008, fixé à 2,5% du PIB. Pour l'année 2009, alors que l'objectif est actuellement de 2%, le gouvernement verra "comment évoluent les autres facteurs de la conjoncture", comme les prix des matières premières et la parité des monnaies, a-t-il expliqué. "On ne lâche pas l'effort" sur les dépenses publiques, a prévenu François Fillon.

Il a aussi souhaité que les Européens adoptent une "réponse coordonnée" à la dégradation de la situation économique internationale. "Il doit y avoir une réponse coordonnée des différents pays européens" à la crise, et la "responsabilité" de la France, en tant que présidente en exercice de l'Union européenne, est de "susciter le débat", a-t-il insisté. Le chef du gouvernement français a évoqué l'échéance du prochain sommet des ministres des Finances de l'UE, les 12 et 13 septembre à Nice, pour y aborder cette question. "Nous avons un espace économique commun, une monnaie commune" et cela rend une coordination "indispensable", a-t-il plaidé.

La polémique fait rage en tout cas autour de la question suivante : le recul de la croissance au deuxième trimestre, alors qu'on attendait une légère hausse, qui vient nourrir les craintes d'une récession en France - deux trimestres consécutifs de baisse du PIB (produit intérieur brut) - est-il la faute du gouvernement ?

L'ancien Premier ministre socialiste, Laurent Fabius, a ainsi estimé ce lundi sur RTL qu'il y avait "bien sûr un risque de récession" en France et il a demandé au gouvernement d'annuler "une partie du paquet fiscal" pour faire face à la crise et donner un peu d'air, notamment sur les dispositions sociales". A ses yeux, la France doit prendre "l'initiative d'un grand programme, en particulier énergétique", au niveau européen.

Concernant le "paquet fiscal", François Fillon a précisé, ce lundi, que "l'impact de la loi TEPA sur la croissance, "lorsque l'ensemble des mesures produisent leurs effets, est de l'ordre de 0,3%".

Pour Laurent Fabius, "on ne peut reprocher à Nicolas Sarkozy la conjoncture internationale, bien sûr, mais on peut lui reprocher d'avoir dilapidé tout ce qu'on avait". "On est en difficulté plus grande" que les autre pays européens, "notamment parce que budgétairement on a gaspillé tous nos moyens".

L'ancien ministre socialiste de l'Economie et des Finances, Michel Sapin, partage le même avis dans La Croix, soulignant que "le plan de rigueur est déjà là". La France est "plus faible que ses voisins", assure-t-il et il dénonce le "coût exorbitant" du paquet fiscal et le "déficit commercial record du pays".

Le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre a réagi dans un communiqué en critiquant le "culot monstre" de Michel Sapin. "Alors que chacun reconnaît que la crise est internationale, que la France s'en sort par exemple mieux que l'Allemagne, Monsieur Sapin s'obstine à faire croire que la responsabilité de la crise incombe au paquet fiscal de juillet 2007 dont même Monsieur (Dominique) Strauss-Kahn et le FMI ont reconnu que c'était une réaction de la France, en avance sur les autres pays européens", écrit-il.

Et de rappeler que "monsieur Sapin était le ministre des Finances d'un gouvernement socialiste qui a conduit la France à la récession en 1993 (...) Si quelqu'un devrait rester silencieux aujourd'hui, c'est bien celui qui porte la responsabilité d'une crise sans précédent dans notre pays et ce au début des années 90".

La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, a reconnu jeudi qu'"il ne faut pas s'attendre à un bon troisième trimestre car les facteurs ayant pesé au deuxième trimestre sont restés présents en juin et sur une partie du mois de juillet". Mais ces facteurs "ont commencé à s'estomper depuis un mois", ce qui "permet d'envisager un vrai rebond au dernier trimestre", poursuit la ministre, qui cite la baisse des prix du pétrole, de l'euro et des matières premières.

Invité ce lundi sur BFM, le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, a exclu un plan de rigueur "parce que la rigueur ce serait asphyxier l'économie au moment où elle n'en a pas franchement besoin." "Nous avons toujours dit que la situation budgétaire est une situation difficile", a-t-il ajouté, soulignant que la réduction du déficit budgétaire n'était pas "une option", mais une contrainte "qui nous est imposée par nos engagements européens".

De son côté, Christian Estrosi, secrétaire général adjoint de l'UMP, a estimé ce lundi sur France 2 : "nous avons su anticiper là où d'autres, comme en Espagne qui ne s'attendait pas à cette situation, à cette récession, sont obligés d'être à la remorque". Selon lui, il faut maintenant "accélérer le processus des réformes que nous avons engagées" dans le cadre de la loi de modernisation de l'économie. "C'est parce que le président de la république a donné une capacité de réforme à notre pays sans précédent qu'aujourd'hui nous avons pu résister. Et maintenant nous ne pouvons sincèrement attendre que de bonnes nouvelles" notamment la baisse de l'euro face au dollar ou celle des prix du pétrole, amorcées depuis quelques jours.

Le PS dénonce l'autisme du gouvernement
Le parti socialiste a dénoncé lundi "l'autisme" du gouvernement, qui "s'obstine à nier ses responsabilités" face à "la crise économique majeure que traverse la France", après le point de presse du Premier ministre sur la situation économique. "Malgré le net ralentissement de la croissance et de l'emploi (...), le Premier ministre vient une nouvelle fois de nier l'existence même d'une crise et de tenter d'échapper à sa responsabilité en se défaussant sur la conjoncture mondiale et sur l'Union européenne", affirme dans un communiqué Michel Sapin, secrétaire national à l'Economie. "Pourtant, la France ressort très affaiblie de la politique menée par le gouvernement", poursuit l'ancien ministre. Selon lui, le Premier ministre "n'a pas pris la mesure de cet échec". François Fillon "s'obstine à maintenir le paquet fiscal qui coûte 15 milliards d'euros par an et qui s'est avéré incapable de soutenir la consommation et l'investissement", s'insurge Michel Sapin.

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