Le recul de l’aide internationale contraint les banques de développement à élargir leurs sources de financement. Les marchés de capitaux, accessibles grâce à une notation solide, s’imposent comme un levier stratégique.
La Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) a décidé ce 12 juin d’ajouter les marchés financiers internationaux à ses sources de financement. Avec l’approbation de son conseil d’administration pour lancer les démarches nécessaires, l’institution entend rejoindre le modèle des institutions multilatérales qui utilisent les marchés pour accroître leur capacité de prêt. Cette diversification est appelée à prendre de l’importance sur le continent, face au recul de l’aide publique au développement.
Créée en 1975, la BDEAC mobilise traditionnellement ses ressources auprès de ses actionnaires, d’autres institutions multilatérales et de partenaires comme la Banque arabe pour le développement économique en Afrique, qui lui a récemment accordé une ligne de crédit de 30 millions d’euros. Les marchés pourraient lui fournir des volumes plus importants et plus réguliers, à condition qu’elle convainque les investisseurs de la solidité de son bilan.
Une première étape a été franchie en novembre 2025 : Moody’s lui a attribué sa première note de crédit en devises, Ba3 avec perspective stable. La banque s’appuie aussi sur des résultats en progression, puisque son bénéfice net a atteint 5,2 milliards FCFA (7,9 millions d’euros) en 2025, en hausse de 48,6%. À fin décembre, elle comptait 87 prêts pour un encours brut de 723,5 milliards FCFA.
Un modèle déjà éprouvé
L’intérêt des banques multilatérales de développement (BMD) pour les marchés tient à l’effet de levier qu’ils permettent. Selon le rapport 2025 du Global Risk and Finance Forum, les actionnaires des banques multilatérales étudiées avaient versé environ 150 milliards de dollars (120 milliards d’euros) de capital. Le document précise que ces banques détenaient dans le même temps plus de 1 400 milliards de dollars d’actifs.
Le mécanisme repose néanmoins largement sur la qualité de crédit. La plupart des grandes banques multilatérales visent une notation AAA, qui leur permet d’emprunter à un coût faible ou stable, puis de prêter sur des maturités longues. La BDEAC ne bénéficie pas encore de ce niveau de notation. Avec la note Ba3 attribuée par Moody’s, elle peut néanmoins commencer à se présenter aux investisseurs internationaux, même si les conditions auxquelles elle pourra effectivement emprunter (taux d’intérêt, durée des financements, ou volumes levés) dépendront de l’accueil réservé à ses premières opérations sur les marchés.
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Cette recherche de ressources intervient par ailleurs alors que les financements publics du développement se contractent. Le FMI estime que l’aide bilatérale destinée à l’Afrique subsaharienne a diminué entre 16% et 28% en 2025. L’OCDE relève que les contributions des pays donateurs au système multilatéral ont déjà reculé de plus de 15% en 2024 et pourraient baisser de 23% à 30% entre 2023 et 2027.
Ce que cela signifie pour la BDEAC
Pour la BDEAC, l’ouverture aux marchés internationaux vise d’abord à accroître sa capacité de prêt en s’appuyant sur son bilan. Comme d’autres banques de développement, elle pourra aussi chercher à attirer des investisseurs privés autour des projets qu’elle finance, notamment dans les infrastructures, l’énergie ou les transports.
L’expérience des banques multilatérales montre toutefois que cette stratégie a ses limites. En 2024, elles et les institutions de financement du développement ont déclaré avoir mobilisé 278,5 milliards de dollars de capitaux privés, dont 108,7 milliards dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Sur ce dernier total, 45,7 milliards seulement étaient destinés aux infrastructures.
Ces financements se concentrent principalement sur les projets capables de générer des revenus. Dans les infrastructures financées, 94 % des capitaux sont allés aux équipements économiques, contre 6 % aux écoles, hôpitaux et autres infrastructures sociales. Pour la BDEAC, l’accès aux marchés peut donc renforcer les moyens consacrés aux investissements productifs, sans se substituer aux financements concessionnels nécessaires pour les secteurs sociaux ou les projets les moins rentables. Pour une banque limitée à six pays, la concentration géographique constitue aussi une contrainte que les investisseurs et les agences de notation prendront en compte.