Face à l’intensification des chocs climatiques et des risques systémiques, les États renforcent progressivement leurs dispositifs de prévention, de financement et de gestion des crises, en combinant réformes institutionnelles et mobilisation de capitaux privés.
La Banque mondiale a approuvé un financement de 400 millions de dollars (345 millions d’euros) destiné à renforcer la résilience du Maroc face aux risques climatiques, aux catastrophes naturelles et aux cybermenaces. L’objectif est d’améliorer la capacité du pays à anticiper, absorber et gérer des chocs de plus en plus fréquents et interdépendants. L’opération s’inscrit dans la continuité des efforts engagés depuis le séisme de 2023, qui a mis en évidence certaines fragilités infrastructurelles et territoriales et accéléré la réflexion sur les mécanismes de résilience.
Le Maroc demeure exposé à des événements récurrents tels que les séismes, les inondations et les sécheresses. Ces aléas affectent les finances publiques, la continuité des infrastructures et la stabilité des activités économiques locales. Ils mettent en lumière une contrainte structurelle : la difficulté à absorber rapidement les conséquences financières des crises sans fragiliser les équilibres budgétaires.
Ce financement s’inscrit dans un cadre plus large d’appui de la Banque mondiale au Maroc, qui inclut également un programme de 215,5 millions d’euros dédié à la transformation numérique du pays. Les deux interventions sont pensées comme complémentaires, l’une centrée sur la résilience face aux chocs, l’autre sur la modernisation de l’économie.
« Ces deux nouveaux programmes répondent à des piliers essentiels des priorités de transformation du Maroc : une économie renforcée par le numérique, un écosystème d’innovation dynamique et une nation financièrement résiliente, capable de faire face aux risques climatiques, aux catastrophes et aux cybermenaces dans un monde en évolution rapide», a déclaré Ahmadou Moustapha Ndiaye, directeur de division de la Banque mondiale pour le Maghreb et Malte.
Instruments de transfert des risques et gestion des crises
Le programme de 345 millions d’euros met l’accent sur le développement d’instruments d’assurance contre les catastrophes naturelles et les cyberrisques. L’objectif est d’élargir les mécanismes de transfert des risques afin de réduire la charge directe supportée par l’État lors des crises et de mieux répartir le coût des chocs entre acteurs publics, assureurs et marchés financiers.
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Il prévoit également le renforcement des cadres institutionnels de supervision des risques climatiques et financiers, traduisant une évolution vers une approche plus systémique de la gestion des risques, au-delà des seuls aléas conjoncturels.
La gestion des crises constitue un autre axe central, notamment à travers la modernisation des infrastructures de paiement. L’objectif est d’accélérer les transferts financiers après les catastrophes et de renforcer la capacité de réponse publique en situation d’urgence, où la rapidité d’exécution conditionne l’efficacité des dispositifs de soutien.
Investissements climatiques et mobilisation du privé
Au-delà de la réponse aux chocs, le dispositif agit en amont sur la préparation des investissements climatiques. Une facilité dédiée doit permettre de structurer un portefeuille de projets bancables dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, les transports durables et les infrastructures hydrauliques, afin de lever la contrainte liée à la faible maturité technique et financière des projets.
Le programme introduit également des mécanismes de financement mixte et de réduction des risques pour élargir la participation du secteur privé. Cette approche vise à améliorer l’attractivité des projets et à faciliter la mobilisation d’investisseurs institutionnels dans le financement climatique.
Sur cinq ans, l’ambition est de mobiliser des capitaux privés, de mettre en place un financement pré-arrangé d’un milliard de dollars (plus de 862 millions d’euros) pour les catastrophes et d’étendre la couverture contre les cyberrisques à au moins vingt institutions financières. L’ensemble marque un basculement progressif d’une posture de réaction vers une dynamique d’anticipation des crises.
Le séisme de 2023, qui a fortement affecté les infrastructures du Haut Atlas, a mis en lumière les besoins du Maroc en matière de résilience territoriale. Le programme national de reconstruction, estimé à environ 11,7 milliards de dollars (plus de 10 milliards d’euros), dépasse la simple réparation pour intégrer une approche de reconstruction plus robuste face aux futurs chocs.