Guerre en Iran : Madagascar décrète l’état d’urgence énergétique
Olivier de Souza, Agence Ecofin

L’accès à l’essence dans les stations-service est perturbé par les tensions sur l’approvisionnement.
Photo DR
Olivier de Souza, Agence Ecofin

L’accès à l’essence dans les stations-service est perturbé par les tensions sur l’approvisionnement.
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Le gouvernement malgache a décrété, ce 7 avril, un état d’urgence énergétique pour une durée de quinze jours, après des pénuries généralisées de carburant. La décision a été prise à l’issue d’un Conseil des ministres, face à une situation qualifiée de « crise profonde » de l’approvisionnement.
Dans de nombreuses villes, des files d’attente de plusieurs heures ont été observées dans les stations-service. Des achats de précaution ont été signalés, entraînant dans certains cas des mesures de rationnement informelles. Si les prix à la pompe n’ont pas encore été relevés, la disponibilité du carburant est fortement dégradée, ce qui perturbe déjà les activités économiques et les déplacements.
Cette crise s’explique par le recours massif aux importations de produits pétroliers pour la production d’électricité et le fonctionnement des transports. Une grande partie de ces volumes provient du Moyen-Orient, notamment d’Oman, un sultanat situé au sud du détroit d’Ormuz. Les perturbations concernent à la fois les volumes disponibles et les délais d’acheminement. Elles s’inscrivent dans un climat de risques sécuritaires accrus et de prudence renforcée des transporteurs.
Bien qu’un cessez-le-feu de deux semaines ait été annoncé, les chaînes d’approvisionnement restent désorganisées et les flux ne devraient pas se normaliser sous peu.
L’état d’urgence donne au gouvernement des pouvoirs exceptionnels pour intervenir rapidement. Les autorités peuvent désormais prendre des mesures pour encadrer la consommation et garantir la continuité des services publics essentiels. Les secteurs des transports, de la production d’électricité et de la santé sont particulièrement ciblés. À ce stade, les modalités précises d’intervention n’ont pas été détaillées, mais l’objectif affiché est d’éviter une paralysie progressive de l’économie.
Au-delà de l’urgence, la situation met en lumière des fragilités structurelles. Madagascar dispose de faibles capacités de stockage et reste fortement exposée aux chocs externes. La hausse des prix du pétrole depuis le début du conflit accentue la pression sur les finances publiques et sur les ménages, même en l’absence d’ajustement immédiat des prix domestiques.
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Le contexte interne renforce les inquiétudes. En 2025, des pénuries persistantes d’eau et d’électricité avaient déclenché des manifestations menées par des jeunes, avant de s’étendre à une crise politique plus large ayant conduit à une prise de pouvoir militaire. Le risque de troubles publics est explicitement évoqué pour justifier le recours à des mesures exceptionnelles.
Madagascar s’inscrit dans une dynamique continentale plus large. Face au choc pétrolier provoqué par la guerre au Moyen-Orient, plusieurs États africains ont engagé des mesures pour en atténuer les effets. La Zambie a ainsi suspendu certaines taxes sur les carburants, tandis que le Botswana a temporairement levé plusieurs prélèvements sur les produits pétroliers afin de contenir la hausse des prix. En Gambie et au Sénégal, les autorités ont opté pour une réduction de certaines dépenses publiques, notamment liées aux déplacements officiels.
Dans d’autres pays, les gouvernements ont procédé à des ajustements tarifaires, à l’image du Ghana, du Malawi et de la Tanzanie, où des hausses significatives des prix à la pompe ont été enregistrées, illustrant la diffusion rapide du choc dans les économies importatrices.
À court terme, Madagascar est confronté à un double impératif : contenir les tensions internes et sécuriser ses approvisionnements énergétiques. L’annonce d’un cessez-le-feu entre les États-Unis, Israël et l’Iran a certes provoqué un recul des prix du baril, repassés sous la barre des 100 dollars, mais ce repli s’est avéré de courte durée. Les cours ont rapidement rebondi, sur fond de forte volatilité et d’incertitudes persistantes sur la stabilité de la trêve.
Olivier de Souza, Agence Ecofin