Alors que la RDC et la Zambie veulent accélérer la production de cuivre et de cobalt, la question énergétique devient un enjeu central.
Le négociant suisse Trafigura a annoncé son retrait du projet d’interconnexion électrique de 2 000 MW destiné à acheminer le surplus d’hydroélectricité de l’Angola vers les bassins miniers de cuivre et de cobalt de la République démocratique du Congo (RDC) et de la Zambie. L’information a été donnée par deux sources citées par Reuters le 15 juillet. Ce retrait fragilise les perspectives de concrétisation de cette infrastructure stratégique pour répondre aux besoins énergétiques croissants des mines du Copperbelt.
En juillet 2024, Trafigura, la société d’ingénierie angolaise ProMarks et le gouvernement angolais avaient signé un protocole d’accord prévoyant la réalisation d’études de faisabilité technique et économique, ainsi que la définition d’un modèle de partenariat public privé pour développer l’infrastructure. Celle ci devait se matérialiser par une ligne haute tension en courant continu. L’électricité produite devait être vendue aux industriels du cuivre et du cobalt, tout en permettant à l’Angola de renforcer son intégration au Pool électrique d’Afrique australe (SAPP).
Une source gouvernementale angolaise indique néanmoins que le dossier reste en négociation, avec des changements concernant les membres du consortium intéressés par sa réalisation. Les autorités n’ont pas précisé si un nouvel investisseur remplacerait Trafigura.
Une réponse au besoin croissant d’électricité des mines
Le retrait du négociant intervient alors que les besoins énergétiques du secteur minier progressent rapidement dans une région appelée à jouer un rôle majeur dans les chaînes mondiales du cuivre et du cobalt.
En RDC, le manque de capacité disponible pour les opérateurs miniers atteint au moins 1 500 MW, selon le ministère des Mines. Dans le Copperbelt, plusieurs entreprises doivent encore utiliser des groupes électrogènes diesel pour compenser les limites du réseau.
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Le complexe cuprifère de Kamoa Kakula illustre cette contrainte. Son opérateur, Ivanhoe Mines, cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement et explore notamment la possibilité d’importer de l’hydroélectricité depuis l’Angola. La compagnie estime avoir besoin d’environ 240 MW pour exploiter pleinement ses trois phases de production et sa future fonderie. Elle dispose actuellement de 90 MW d’hydroélectricité domestique et importée, complétés par 160 MW de capacité de secours au diesel.
Face à cette demande, l’Angola apparaît comme un fournisseur potentiel. Selon la Banque africaine de développement, le pays dispose d’environ 1,5 GW d’hydroélectricité inutilisée, une capacité qui pourrait atteindre 3,5 GW d’ici 2027. Pour Luanda, l’exportation d’électricité permettrait de valoriser ses investissements dans les infrastructures de production, notamment hydroélectriques.
Des alternatives pour sécuriser l’approvisionnement régional
Ce retrait ne remet pas en cause la dynamique régionale d’interconnexion portée par l’Angola et ses voisins. Meridia Energy développe deux projets destinés à relier le réseau angolais aux zones industrielles et minières de la région. Le premier concerne une ligne Soyo Inga Cabinda d’une capacité pouvant atteindre 800 MW, évaluée à 450 millions de dollars (392,5 milliards FCFA). Le second prévoit une liaison Lauca Kolwezi de 1 400 MW, estimée à 1,25 milliard de dollars. Leur mise en service commerciale est visée pour 2030.
Ces infrastructures doivent notamment renforcer l’alimentation électrique de Kolwezi, principal centre minier de la RDC, tout en accompagnant le développement du corridor de Lobito, qui relie les zones minières de la RDC et de la Zambie à la façade atlantique angolaise.
La société américaine Hydro Link prépare également une interconnexion entre l’Angola et la RDC. Évalué à 1,5 milliard de dollars, ce projet prévoit une ligne d’environ 1 200 km et 5 postes électriques pour alimenter principalement les provinces minières du Lualaba et du Katanga.
Pour Kinshasa, ces solutions régionales constituent une réponse intermédiaire en attendant Inga 3, considéré comme le projet structurel capable de renforcer durablement l’offre électrique nationale. Les autorités congolaises et angolaises travaillent également sur une ligne reliant Malanje à Fungurume ainsi qu’une seconde liaison entre la province angolaise du Zaïre et Inga, avec un objectif de transfert pouvant atteindre 2 000 MW.
Si le retrait de Trafigura constitue un revers, il ne change pas la tendance de fond. Dans une région où la production de cuivre et de cobalt doit accélérer, l’électricité devient désormais aussi stratégique que les infrastructures logistiques pour transformer les ressources minières en véritables chaînes industrielles régionales.