Près de 750 km de façade atlantique, une zone économique d'environ 198 000 km² et le port de Dakar justifient la place accordée à l'économie bleue dans la Vision Sénégal 2050.
Alors que la mer redevient un enjeu stratégique planétaire, le Sénégal engage une transformation profonde de son territoire maritime. Le pays bâtit les fondations d'une nouvelle économie, avec l'ambition d'en faire le pilier de sa croissance future.
Le Sénégal veut faire de l'économie bleue un nouveau moteur de croissance, en misant sur un ensemble d’activités liées à la mer : infrastructures portuaires, logistique, construction et réparation navales, aquaculture et formation aux métiers maritimes. Cette stratégie s'appuie sur un potentiel encore largement sous-exploité.
Avec près de 750 km de façade atlantique, une zone économique exclusive d'environ 198 000 km² et le port de Dakar — l'un des principaux hubs maritimes d'Afrique de l'Ouest — le pays dispose d'atouts qui justifient la place croissante accordée à l'économie bleue dans la Vision Sénégal 2050.
Renforcer le positionnement logistique grâce aux ports
Lors du Forum international sur le développement durable des transports maritimes et de la logistique, le 13 juillet à Dakar, le président Bassirou Diomaye Faye a rappelé que le Port autonome de Dakar avait généré environ 1 milliard d'euros (700 milliards FCFA) de richesses entre 2022 et 2024, tout en soutenant près de 170 000 emplois.
Le gouvernement veut désormais changer d'échelle, avec pour projet phare le port en eau profonde de Ndayane, construit par DP World, destiné à devenir l'un des plus grands hubs portuaires de la façade atlantique africaine, pour un investissement d'environ 1 milliard d'euros. D'autres projets l'accompagnent tels que la modernisation du Port autonome de Dakar (programme Jaambar), le port minéralier et vraquier de Bargny-Sendou, ainsi que la réhabilitation de plusieurs ports de pêche.
Les autorités cherchent aussi à développer des corridors logistiques reliant ces infrastructures aux régions de l'intérieur et aux pays enclavés voisins, afin de renforcer le Sénégal comme plateforme logistique régionale.
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Un secteur de la pêche déjà stratégique
La pêche reste un pilier économique majeur. Selon un expert sénégalais cité par l'Institut international pour le développement durable (IISD), ce secteur fait vivre plusieurs centaines de milliers de personnes (plus de 600 000 emplois selon certaines estimations), génère des devises et représente plus de 3% du PIB.
Les captures annuelles avoisinent 500 000 tonnes, dont 80% issues de la pêche artisanale, et les exportations halieutiques atteignent environ 457 millions d'euros (soit 300 milliards FCFA), soit près de 10% des exportations totales — un constat que partage l'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en intégrant les activités connexes.
Toutefois, le secteur montre des signes de ralentissement : au premier trimestre 2026, sa valeur ajoutée a reculé de 6,9% par rapport au trimestre précédent, freinant la croissance du secteur primaire à 0,3%. Les autorités estiment le potentiel encore sous-exploité, notamment en aquaculture, qui ne représentait qu'environ 3 000 tonnes de la production halieutique nationale en 2025, la transformation industrielle restant limitée. En somme, une niche riche d’opportunités d’affaires pour les investisseurs privés locaux et étrangers.
Diversifier les moteurs de croissance
Le troisième axe concerne la formation. Le président Faye a annoncé la création d'une grande école des métiers de la mer, appelée à devenir une université spécialisée, pour former les professionnels des secteurs portuaire, maritime, naval, halieutique et logistique. Les autorités souhaitent également renforcer la participation des femmes dans les chaînes de valeur de l'économie bleue.
Au-delà de la pêche, l’ambition est de faire émerger une économie maritime diversifiée adossée à plusieurs atouts comme les services portuaires, le transport, l’aquaculture, l’industrie navale, le tourisme côtier et les biotechnologies marines. Cette orientation stratégique intervient alors que l’économie sénégalaise s’enrichit d’une nouvelle source de richesse qu’est le pétrole. Le gouvernement souhaite toutefois développer des secteurs créant plus d’emplois et de valeur ajoutée à long terme.
Dans un contexte de contraintes budgétaires, le gouvernement envisage d’ailleurs des financements innovants, comme les obligations bleues, pour accompagner cette stratégie.