Minéraux critiques : la Tanzanie veut investir dans la transformation locale et cible l'Europe

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

À l’horizon 2032, la Tanzanie vise une production nationale de graphite dépassant 300 000 tonnes par an.
Photo DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

À l’horizon 2032, la Tanzanie vise une production nationale de graphite dépassant 300 000 tonnes par an.
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L’annonce par MeTL Group d’une unité de traitement de graphite de 50 000 tonnes par an renforce les ambitions industrielles de la Tanzanie dans les minéraux critiques. Elle intervient alors que des institutions européennes commencent à soutenir des projets tanzaniens susceptibles d’alimenter leurs chaînes d’approvisionnement, encore très dépendantes de la Chine.
Lors de la conférence Africa Unlocked, organisée en juillet au Cap, le PDG de MeTL, Mohammed Dewji, a indiqué que cette unité devrait être mise en service « d’ici l’année prochaine ». Elle produira dans un premier temps du graphite d’une pureté d’environ 95 %. L’homme d’affaires a également évoqué une ambition à moyen et long terme d’investir environ 250 millions de dollars (219 millions d'euros) pour porter la pureté du produit à 99,5%, un niveau qu’il qualifie de qualité batterie.
La Tanzanie détient 6% des réserves mondiales de graphite, selon le rapport « From Minerals to Manufacturing – Minerals Value Addition in Tanzania Perspective », publié en juillet 2025 par Manufacturing Africa, un programme financé par le gouvernement britannique. Les projets alors recensés pourraient porter la production nationale au-delà de 300 000 tonnes par an d’ici 2032. Cette montée en puissance fournirait la matière première nécessaire à une industrie locale de graphite sphérique, un produit intermédiaire destiné aux anodes de batteries lithium-ion.
Avec la séparation du néodyme et du praséodyme, deux terres rares utilisées dans les aimants permanents, cette activité figure parmi les principaux paris identifiés par le rapport. Leur potentiel cumulé est estimé entre 700 millions et 1,1 milliard de dollars par an. Pour attirer des financements et sécuriser des débouchés, la Tanzanie peut compter sur l’intérêt croissant de l’Europe. Celle-ci veut réduire sa dépendance à l’égard de la Chine, qui produit plus de 90% du graphite sphérique et 70% des métaux de terres rares au monde, selon Manufacturing Africa.
La Commission européenne indique travailler avec le pays pour faciliter les investissements dans les chaînes de valeur du graphite et du nickel. Son action porte notamment sur les infrastructures nécessaires à ces filières et sur le soutien aux obligations vertes. Le projet d’EcoGraf offre un premier exemple concret. En février 2026, la Banque européenne d’investissement a conclu avec la compagnie australienne un accord prévoyant jusqu’à 2 millions d’euros d’assistance technique.
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Cet appui doit financer des travaux préparatoires concernant les installations de traitement ainsi que la gestion de l’eau et des déchets, avec l’objectif d’intégrer le projet à la chaîne européenne des batteries. EcoGraf a parallèlement mandaté la banque allemande KfW IPEX-Bank pour arranger un prêt garanti pouvant atteindre 105 millions de dollars, destiné à financer la première phase du projet Epanko. Le montage s’inscrit dans le programme allemand de garanties pour les matières premières non liées, dit UFK. Le processus de financement est présenté comme avancé par EcoGraf, mais aucun engagement définitif de prêt n’a encore été annoncé.
Ces annonces doivent désormais passer l’étape de la concrétisation pour faire de l’ambition tanzanienne une réalité. Dans le cas de MeTL, ni le site de l’usine, ni l’origine de son approvisionnement, ni l’état du financement et de la construction n’ont été précisés. Il reste également à déterminer si l’investissement consenti couvrira la production de graphite sphérique répondant aux exigences des fabricants d’anodes.
Le soutien accordé à EcoGraf reste, de son côté, une assistance technique destinée à rapprocher le projet de la phase d’investissement et non un financement de sa construction. Manufacturing Africa estime d’ailleurs que les possibilités de transformation du graphite et des terres rares ne devraient se matérialiser qu’à moyen terme, dans un délai de trois à sept ans, après une montée en puissance de l’extraction.
Plusieurs obstacles doivent encore être levés. Le rapport cite l’accès au capital et aux technologies, mais aussi le déficit de compétences spécialisées, les contraintes logistiques et le manque de fiabilité de l’approvisionnement énergétique. Il souligne également que les changements fréquents de politique et l’absence d’incitations claires ont pesé par le passé sur la confiance des investisseurs. Alors que plusieurs pays africains accélèrent aussi les efforts pour devenir des alternatives à la Chine en matière d’approvisionnement en minéraux critiques, la Tanzanie doit désormais démontrer que ses atouts sont plus que théoriques.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin