Soutenu par l’Union européenne et les États-Unis, le projet malawite de terres rares Songwe Hill n’est pas encore entré en production. Pour financer le développement de cette future mine et l’usine de traitement associée en Pologne, son propriétaire canadien Mkango Resources mise sur une cotation au Nasdaq.
La compagnie minière canadienne Mkango Resources a franchi une nouvelle étape dans l’introduction en bourse aux Etats-Unis de sa filiale dédiée à l’exploitation et au traitement des terres rares. Situées respectivement au Malawi et en Pologne, les futures mine et usine de traitement bénéficient d’un soutien financier et technique de l’Union européenne et du gouvernement américain. Pour entrer en production, ces projets nécessitent toutefois d’importants financements qu’une cotation au Nasdaq doit aider Mkango à mobiliser.
Mkango Resources a annoncé en juillet 2025 une opération permettant de regrouper ses actifs de terres rares au sein d’une filiale, Mkango Rare Earths. Cette société doit accéder au marché américain par le biais d’un rapprochement avec Crown PropTech Acquisitions, une société d’acquisition à vocation spécifique (SPAC), c’est-à-dire un véhicule coté sans activité opérationnelle conçu pour fusionner avec une entreprise existante et lui permettre d’accéder aux marchés boursiers sans passer par une introduction classique.
L’opération connaît désormais une avancée avec le dépôt d’un document d’enregistrement confidentiel auprès du régulateur américain, une étape préalable à la cotation au Nasdaq. Initialement envisagée pour mars 2026, la finalisation du processus a été repoussée, avec un calendrier désormais étendu au second semestre 2026. À son terme, Crown PropTech deviendra une filiale détenue à 100 % par Mkango Rare Earths, tandis que Mkango conservera une participation majoritaire au capital de l’entité cotée.
Des vues de Bruxelles et Washington
Selon une étude de faisabilité publiée en 2022, Songwe Hill pourrait livrer annuellement 8 425 tonnes de carbonate de terres rares sur une période de 18 ans. Le site de Pulawy est conçu pour transformer cette production afin de fournir environ 2 000 tonnes d’oxydes de néodyme et de praséodyme, ainsi que 50 tonnes d’oxydes de dysprosium et de terbium. Grâce à l’inscription au Nasdaq, Mkango veut établir un fournisseur d’oxydes de terres rares à l’échelle mondiale, non seulement pour des marchés en Amérique du Nord et en Europe, mais aussi en Asie.
Avant même l’entrée en production, le potentiel de ses projets a déjà suscité l’intérêt des puissances occidentales. En Europe, la Commission européenne a ainsi retenu le projet de séparation des terres rares de Pulawy, en Pologne, parmi les 47 projets jugés stratégiques pour sécuriser et diversifier l’accès de l’Union européenne aux matières premières critiques. Cette installation doit s’approvisionner à terme à partir de la future mine de Songwe Hill, au Malawi.
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L’inscription de Pulawy sur cette liste ouvre un accès facilité au financement et à un soutien coordonné des États membres, de la Commission européenne et des institutions financières européennes. Elle prévoit également une mise en relation avec de potentiels acheteurs, ainsi qu’un allègement des procédures réglementaires : pour les projets de traitement comme Pulawy, les délais d’obtention des permis sont appelés à être ramenés à quinze mois, contre cinq à dix ans dans les cadres habituels.
« Le projet Puławy contribuera à la création d'une chaîne d'approvisionnement sécurisée en néodyme, praséodyme, dysprosium et terbium pour l'Union européenne. Tous ces éléments de terres rares sont essentiels à la production de véhicules électriques, d'éoliennes et d'autres applications d'énergie propre qui sont au cœur du Pacte vert pour l’Europe », souligne l’European Raw Materials Alliance.
Côté américain, le projet Songwe Hill bénéficie aussi d’un appui public. L’agence International Development Finance Corporation (DFC) a signé un accord portant sur un financement de 4,6 millions de dollars pour le projet malawite. Ce financement ne devra être remboursé que si la filiale en charge du projet parvient, dans un délai de dix ans, à réunir les fonds nécessaires pour lancer la construction ou l’exploitation de la mine.
La question du financement
Malgré l’intérêt occidental, Mkango Resources n’a pas encore sécurisé les fonds pour financer la mine et l’usine. La compagnie doit mobiliser 311,2 millions USD pour la mine de terres rares au Malawi, auxquels elle doit ajouter environ 120 millions USD pour l’usine en Pologne, d’après l’étude de 2022. L’entrée en bourse peut élargir la base des investisseurs de la compagnie tout en renforçant sa visibilité auprès de potentiels bailleurs de fonds.
Si l’accord annoncé en septembre 2025 entre Mkango et la DFC donne le droit à l’agence américaine « d’organiser directement le financement ou l’investissement du projet », aucune avancée concrète n’a été signalée à ce stade. Même incertitude du côté de l’Europe, où l’inscription de Mkango sur la liste des projets stratégiques n’a encore débouché sur aucun accord d’investissement ou d’approvisionnement. Dans ce contexte, les prochains mois peuvent s’avérer décisifs aussi bien pour le financement des projets de Mkango que pour des accords visant à sécuriser la future production de terres rares de la compagnie.