Le Zimbabwe manque de routes, de chemins de fer et de capitaux. Il dispose en revanche d’importantes ressources minières, dont le lithium, le platine, le chrome et l’or. C’est ce contexte que le gouvernement veut désormais mettre à profit pour financer une partie de ses infrastructures.
Le Zimbabwe discute avec China Railway de mécanismes de financement adossés à ses ressources naturelles pour moderniser ses routes et son réseau ferroviaire. Cette option intervient alors que l’expérience congolaise rappelle les défis de gouvernance posés par ce type de montage.
Dans un accord de ce type, un État utilise une partie des revenus futurs attendus de ses ressources naturelles pour rembourser des prêts destinés à financer des infrastructures. Le principe peut permettre à un pays disposant de peu de marges budgétaires de mobiliser des capitaux. Dans le cas du Zimbabwe, la Banque africaine de développement estime à 34 milliards USD (environ 29,81 milliards d’euros) les besoins pour moderniser les réseaux de transport et de logistique.
« Nous leur avons parlé d’instruments de dette liés aux ressources que nous souhaitons explorer à l’avenir pour soutenir le développement de nos infrastructures, en particulier les routes et les chemins de fer », a déclaré cette semaine le ministre des Finances, du Développement économique et de la Promotion de l’investissement, Mthuli Ncube, selon des propos rapportés par Reuters.
Intervenant en marge du Forum économique mondial de Dalian, le ministre a indiqué que plusieurs détails doivent encore être finalisés avant que ces discussions ne se concrétisent. « Il nous revient maintenant de décider quelles routes nous voulons développer, combien ces routes coûteront, combien nous pourrons lever grâce aux péages, combien restera à couvrir par un investissement dans une ressource naturelle, et quel rendement cet investissement générera pour rembourser le prêt », a-t-il expliqué.
Un potentiel minier déjà ciblé par Pékin
Le choix de cette piste peut s’expliquer par le potentiel minier du pays, qui dispose de plusieurs minéraux critiques dont le plus en vue ces dernières années reste le lithium. Premier producteur africain de cette matière première, le pays occupe une place importante dans la chaîne d’approvisionnement des batteries pour véhicules électriques, un segment stratégique pour la Chine.
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Les entreprises chinoises sont d’ailleurs déjà assez bien positionnées dans le secteur. Selon Reuters, elles ont investi plus de 2 milliards USD (environ 1,75 milliard d'euros) dans le lithium zimbabwéen depuis 2021. Cette présence se traduit déjà par des projets industriels concrets. En avril 2026, la compagnie chinoise Zhejiang Huayou Cobalt a annoncé l’expédition d’une première cargaison de sulfate de lithium depuis ses opérations au Zimbabwe, qui est devenu le premier pays africain à exporter ce produit intermédiaire pouvant être transformé en carbonate ou en hydroxyde de lithium.
Plusieurs autres opérateurs chinois développent également des projets similaires. Les sociétés chinoises Sinomine et Sichuan Yahua accélèrent notamment sur des unités de production de sulfate de lithium sur les mines de Bikita et Kamativi.
Le précédent Sicomines en République démocratique du Congo
Le Zimbabwe n’est pas le premier pays africain à envisager d’utiliser son potentiel minier pour financer ses infrastructures. Le précédent le plus souvent cité reste la convention sino-congolaise conclue en 2008 en République démocratique du Congo. Ce partenariat, connu à travers la Sino-Congolaise des Mines, ou Sicomines, associe l’exploitation de cuivre et de cobalt au financement d’infrastructures.
L’accord prévoyait initialement plusieurs milliards de dollars d’investissements, avant des ajustements ultérieurs. Dans ce montage, une co-entreprise minière détenue par un groupement d’entreprises chinoises et par la Gécamines exploite des permis dans la province du Lualaba. Les revenus générés par l’exploitation minière doivent servir au remboursement des prêts liés au projet.
Ce modèle a longtemps été présenté comme un moyen de transformer les ressources minières congolaises en routes, hôpitaux, barrages, universités et autres équipements publics. Il a aussi suscité de nombreuses interrogations sur la valeur des actifs miniers accordés, le volume réel des infrastructures réalisées, les conditions de remboursement et le partage des bénéfices.
En mars 2026, 18 ans après la signature de l’accord, un audit technique et financier a été lancé en RDC sur l’exécution du programme. L’objectif affiché est d’examiner l’utilisation des ressources mobilisées, le respect des engagements contractuels, le niveau réel de la dette, ou encore la gouvernance générale du projet.
L’exemple congolais ne permet pas de préjuger des discussions engagées par le Zimbabwe. Les deux pays n’ont pas la même structure minière, les mêmes contrats, ni le même contexte politique et financier. Harare devra toutefois, s’il veut donner un impact réel à cette stratégie, démontrer sa capacité à évaluer correctement la valeur des ressources engagées, à mesurer le coût réel des infrastructures, à publier les engagements financiers, à suivre l’exécution des travaux et à s’assurer que les revenus miniers ne sont pas captés au détriment des priorités nationales.