D’ici 2036, la Côte d'Ivoire veut mettre en production 500 000 ha supplémentaires d’hévéa pour booster une offre en-deçà de l’objectif de 2 millions t.
L’hévéa représente la seconde source de recettes agricoles en Côte d’Ivoire, derrière le cacao. La filière veut conforter son statut de leader africain, et peser davantage sur le marché international.
L’industrie ivoirienne du caoutchouc poursuit son développement. Le 24 juillet dernier, l’Association des professionnels du caoutchouc naturel de Côte d’Ivoire (APROMAC) a donné le coup d’envoi de la construction de l’Académie des métiers de l’hévéa. Basé à Ahouakro dans le sud du pays, ce centre entend former une nouvelle génération de professionnels, et renforcer l’insertion des jeunes et des femmes dans la filière.
Des besoins qui s’annoncent importants
Cette démarche vise à accompagner un secteur dont la demande en compétences devrait augmenter sur la prochaine décennie. En effet, d’ici 2036, le pays veut mettre en production 500 000 hectares supplémentaires d’hévéa, afin de booster une offre qui demeure en-deçà de l’objectif de 2 millions de tonnes fixé depuis 2020, en dépit d’un doublement entre 2019 et 2023, à 1,7 million de tonnes.
Cette montée en régime de l’appareil productif si elle permettra à l’industrie de peser davantage sur un marché mondial dominé par la Thaïlande et l’Indonésie, demandera aussi un renforcement des compétences techniques aussi bien en amont qu’en aval de la filière. De la gestion durable des plantations, à la saignée des arbres, en passant l’entretien, le contrôle qualité et la conformité aux normes et les standards de production, les besoins seront importants.
Dans un tel contexte, la formation reste un maillon central, non seulement pour accroître les rendements mais aussi pour éviter que l’expansion des superficies se fasse sans encadrement technique ni amélioration durable des pratiques à long terme.
Avec le lancement d’une académie, la Côte d’Ivoire emboîte le pas d’autres leaders du secteur qui ont déjà mis en place des institutions pour assurer un écosystème de formation continue.
En Malaisie, par exemple, la Conseil du caoutchouc (MRC) a créé depuis 2006, l’Academy Hevea Malaysia (AHM) avec pour principaux objectifs d’offrir une formation de compétences orientée vers les besoins de l’industrie du caoutchouc et d’accélérer le transfert de technologie. Pendant ce temps, en Indonésie, des modules numériques ont été développés pour diffuser plus largement les bonnes pratiques auprès des petits planteurs.
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Une filière clé pour l’économie
Au-delà de la formation des professionnels, l’enjeu est de permettre à la filière de jouer un rôle économique beaucoup plus important. Sur la dernière décennie, la filière qui reste beaucoup moins exposée que le cacao s’est déjà imposée comme la plus performante du secteur agricole national en matière de recettes sur la période. Alors que le cacao et l’anacarde ont enregistré une évolution en dents de scie entre 2015 et 2024, le caoutchouc, lui, n’a connu aucune année de recul.
La valeur de ses exportations a bondi, passant de 296,3 milliards FCFA, soit environ 452 millions d'euros à 1 489,9 milliards FCFA, soir plus de environ 2,25 milliards d'euros. Cette dynamique repose sur la progression continue des volumes exportés et de forte demande de l’industrie mondiale du pneumatique. L’objectif affiché par les autorités est désormais de développer la seconde transformation notamment la fabrication de pneus, de produits techniques et de caoutchouc moulé pour renforcer la création de valeur ajoutée et de diversifier les débouchés de la filière.