En Afrique, l’essor du renouvelable impose une transformation des réseaux électriques. Face à l’intermittence des nouvelles sources d’énergie et aux limites des infrastructures existantes, le stockage apparaît comme un outil clé pour renforcer la fiabilité des systèmes.
Au Malawi, le stockage d’électricité devient une réponse aux limites d’une desserte confrontée aux aléas climatiques et à un faible taux de couverture nationale. Le pays a mis en service la semaine dernière, sa première batterie à échelle industrielle, une infrastructure de 20 MW/40 MWh installée dans le quartier de Kanengo, à 10 km du centre-ville de la capitale Lilongwe.
Développé par le fournisseur public d’électricité (ESCOM), avec le soutien de la Global Energy Alliance for People and Planet (GEAPP), le projet bénéficie d’une subvention de 20 millions de dollars, soit une mise de près de 17,6 millions d’euros. Il doit améliorer la gestion du système électrique en équilibrant la production, en renforçant la stabilité du réseau et en facilitant l’intégration des énergies renouvelables.
L’enjeu est majeur dans un pays où seulement un quart environ de la population de 22 millions d’habitants dispose d’un accès à l’électricité, alors que le gouvernement vise les 70% d’ici 2030.
Une batterie pour sécuriser un réseau dépendant de l’hydroélectricité
Le système électrique malawite repose largement sur l’hydroélectricité, qui représente environ deux tiers de la production nationale. Cette dépendance rend le pays vulnérable aux variations climatiques, notamment aux périodes de baisse des débits de la rivière Shire, principale source de production hydraulique. Les infrastructures ont également subi les effets d'aléas extrêmes. Le cyclone Freddy, en 2023, a notamment endommagé plusieurs installations énergétiques.
La batterie de Kanengo apporte une capacité de flexibilité en stockant l’électricité lorsque la production excède les besoins immédiats, puis en la restituant lorsque la demande le requiert. Elle doit ainsi limiter les déséquilibres et améliorer la continuité de l’alimentation. L’installation vise aussi à réduire le recours aux groupes diesel utilisés en période de baisse de production. Selon ESCOM, elle pourrait contribuer à ramener la durée moyenne des coupures de 4 heures à moins de 2 heures.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
Le dispositif doit enfin permettre de mieux exploiter les capacités renouvelables existantes. Le Malawi dispose d’environ 100 MW de solaire sur une capacité de production totale de 580 MW, mais les contraintes du réseau limitent parfois cette intégration. Le stockage doit ainsi compenser les variations de la production solaire et faciliter son utilisation.
Un levier pour les futurs réseaux électriques africains
La batterie devrait aussi permettre d'éviter plus de 10 000 tonnes d’émissions de CO₂ par an en limitant l’utilisation des moyens thermiques de secours. Elle doit de même contribuer au développement de compétences locales, grâce à la création prévue d’un centre d’excellence BESS (Battery Energy Storage System) à l’université de Mzuzu. Le Malawi prévoit déjà trois installations supplémentaires dans deux villes, pour une capacité cumulée de 60 MW. Ces projets d'extension confirment la volonté du pays d’intégrer progressivement le stockage dans son architecture énergétique.
L’installation de Kanengo illustre plus largement une évolution des stratégies énergétiques africaines. Dans plusieurs pays, le défi n'est plus seulement d'augmenter les capacités de production, mais de construire des réseaux capables d’intégrer des sources variables comme le solaire et l’éolien. De nombreux pays africains disposent d’un important potentiel renouvelable, mais restent freinés par des réseaux peu flexibles. Le stockage apparaît ainsi comme un outil permettant de transformer ces ressources en une électricité plus fiable et accessible.
Le projet de Kanengo ne règle pas à lui seul les défis énergétiques du Malawi, mais il marque une évolution importante. Dans les systèmes électriques en transition, les batteries deviennent des infrastructures essentielles pour accompagner l’essor du renouvelable et élargir l’accès à l’électricité.