L’industrie des agrumes sud-africaine est la plus importante de l’hémisphère sud. Si le secteur sort d’une année commerciale 2025 exceptionnelle, les vents contraires continuent de souffler à l’export.
En Afrique du Sud, l’heure est de nouveau à l’inquiétude parmi les professionnels du secteur des agrumes.
Si ceux-ci profitaient jusqu’ici d’un cadre réglementaire favorable sur le marché britannique, qui s’était affranchi des réglementations de l’UE après le Brexit, il y a dix ans, la coordination phytosanitaire annoncée entre les deux parties suscite de nombreuses craintes.
Depuis 2025, Londres et Bruxelles travaillent en effet à la mise en place d’un accord couvrant le commerce et la circulation des plantes, des produits végétaux, des animaux, des produits d’origine animale, des aliments pour animaux et des denrées alimentaires.
L’objectif affiché est de réduire les divergences réglementaires apparues après le Brexit et de rendre les échanges plus fluides, plus prévisibles et moins coûteux entre le RoyaumeUni, l’UE et au sein même du territoire britannique.
Selon le gouvernement britannique, l’accord devrait entrer en vigueur à partir de la mi2027. Il prévoit que la GrandeBretagne (Angleterre, Écosse et pays de Galles) ainsi que l’Irlande du Nord appliquent certaines règles alignées sur celles de l’UE, y compris pour les entreprises qui ne commercent pas directement avec le bloc.
Un rapprochement à risque pour l’industrie sud-africaine
Cette réforme qui s’annonce signifie un alignement des exigences britanniques sur celles européennes en matière de normes sur les agrumes. Une perspective redoutée par l’industrie sud-africaine qui est déjà engagée dans un bras de fer avec les autorités de l’UE.
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Depuis 2022, Bruxelles impose par exemple aux agrumes sudafricains un traitement par le froid à des températures très basses (entre 0°C et -1°C, sur des périodes de 16 à 25 jours), pour limiter les risques liés au faux carpocapse, une espèce de lépidoptères qui nuit aux fruits.
Ces exigences, qui doivent être appliquées en Afrique du Sud avant l’expédition, obligent la filière à investir dans des capacités supplémentaires de refroidissement, de contrôle et de stockage, ce qui renchérit les coûts de production et de logistique.
Pretoria conteste également la réglementation européenne sur la maladie des taches noires des agrumes, causée par Phyllosticta citricarpa, qui impose des programmes de pulvérisation et des inspections renforcées dans les vergers et les entrepôts. Là encore, la filière sudafricaine dénonce une lourde charge financière et un surcoût de mise en conformité.
Si le RoyaumeUni adopte un cadre SPS proche de celui de l’UE, ces contraintes pourraient progressivement s’étendre aux cargaisons destinées au marché britannique, faisant disparaître « l'exception » réglementaire dont les exportateurs sudafricains ont profité depuis le Brexit.
« Depuis le Brexit, le Royaume-Uni a adopté une approche différente vis-à-vis des agrumes sud-africains. Désormais, avec le réalignement, nous verrons probablement les exigences de l’UE devenir obligatoires pour nos fruits expédiés vers le Royaume-Uni, avec tous les coûts de conformité associés », a expliqué le 10 juillet dernier Boitshoko Ntshabele, directeur général de l’Association sud-africaine des producteurs d’agrumes (CGA), dans un entretien accordé au média spécialisé Eurofruit.
Un nouveau casse-tête économique
L’alignement des normes SPS britanniques sur celles de l’UE serait loin d’être neutre pour l’Afrique du Sud, devenue en 2025 le premier exportateur mondial d’agrumes en volume. Selon les données commerciales de la plateforme Trade Map du Centre du commerce international (ITC), le pays a expédié 3,23 millions de tonnes d’agrumes sur le marché international cette annéelà, dépassant l’Espagne pour la première fois. Sur la période, le Royaume-Uni a été sa 4ᵉ destination absorbant près de 243 000 tonnes de fruits pour 213 millions USD (187 millions €), derrière les Pays-Bas, la Russie et les Émirats arabes unis.
Dans un tel contexte, perdre l’avantage réglementaire acquis après le Brexit pourrait donc fragiliser une relation commerciale avec des investissements supplémentaires dans les infrastructures de froid, les systèmes de traçabilité, les services de contrôle et les pratiques culturales qui pourraient effriter à court et moyen terme des marges déjà sensibles aux coûts de transport, aux aléas climatiques et aux fluctuations du marché.