Batteries électriques : la BAD soutient le développement d'une gigafactory et injecte 100 millions d'euros
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Une ligne de production de batteries lithium-fer-phosphate (LFP).
DR
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Une ligne de production de batteries lithium-fer-phosphate (LFP).
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La Banque africaine de développement (BAD) a approuvé, le 24 juillet dernier un prêt de 100 millions d’euros pour financer une gigafactory de batteries pour véhicules électriques au Maroc, présentée comme la première installation intégrée de ce type en Afrique.
Portée par le groupe chinois Gotion High-Tech, l’usine sera implantée dans la zone franche de Rabat-Salé-Kénitra. Elle nécessitera un investissement initial d’environ 1,3 milliard de dollars soit près de 1,14 milliard d'euros et produira des batteries lithium-fer-phosphate (LFP), ainsi que leurs principaux composants, les cathodes et les anodes. Une grande partie de la production sera destinée au marché européen.
Ce financement accompagne la stratégie du Maroc visant à intégrer les segments les plus avancés de l’industrie automobile. Après avoir mis en place une plateforme de production tournée vers l’exportation, le royaume cherche désormais à se positionner sur les composants clés du véhicule électrique. Le pays accueille déjà des sites de production de Renault et Stellantis et compte plus de 250 entreprises actives dans l’automobile et ses composants. Cet écosystème a contribué à attirer plusieurs groupes asiatiques spécialisés dans les batteries et leurs matériaux.
BTR New Material Group développe notamment une usine de matériaux pour anodes, tandis que CNGR Advanced Material et d’autres acteurs ont également choisi le Maroc pour leurs investissements.
La proximité avec l’Europe, les infrastructures logistiques, les accords commerciaux avec les marchés occidentaux et l’expérience industrielle du pays renforcent son attractivité auprès des fabricants asiatiques.
La première phase de la gigafactory prévoit une capacité annuelle de 10 GWh de cellules et de packs de batteries. À terme, Gotion prévoit d’étendre cette capacité à 100 GWh, ce qui placerait le site parmi les grandes unités mondiales du secteur.
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Selon la BAD, la première phase devrait créer plus de 600 emplois directs et atteindre un taux d’intégration industrielle locale de 70%, avec l’objectif de développer des fournisseurs et des compétences autour de cette industrie.
Au-delà du Maroc, le projet illustre l’ambition de l’Afrique de dépasser l’exportation de matières premières et de participer davantage aux industries liées à la transition énergétique. Selon un rapport de Resource Justice Network, la hausse de la transformation locale des minerais sur le continent pourrait générer 32 milliards de dollars d’exportations supplémentaires par an, accroître de 24 milliards de dollars le PIB africain et contribuer à la création de 2,3 millions d’emplois.
La construction de l’usine constitue une première étape. Pour faire émerger une filière compétitive, le Maroc devra faire émerger autour de cette infrastructure un réseau de fournisseurs et d’acteurs spécialisés dans la mobilité électrique.
La compétitivité du projet dépendra également de la capacité du pays à garantir une électricité fiable et progressivement décarbonée, alors que la production de batteries est particulièrement énergivore et que les marchés européens renforcent leurs exigences environnementales.
Pour l’Afrique, l’enjeu dépasse donc la seule implantation d’une usine. Il s’agit de démontrer que le continent peut attirer des investissements dans les segments stratégiques de la transition énergétique et conserver une part plus importante de la valeur créée autour de ses ressources.
Olivier de Souza, Agence Ecofin