Les autorités tablent sur le dessalement de l’eau de mer pour faire face aux besoins liés à la croissance démographique ainsi qu’à la réduction du débit du Nil
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Comme plusieurs pays de la région Afrique du Nord et Moyen-Orient (MENA), l’Égypte fait face à l’intensification de la pression hydrique avec des besoins croissants et la raréfaction des ressources. Les autorités misent sur le dessalement pour garantir durablement la sécurité hydrique nationale.
La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a annoncé le 8 janvier, l’octroi d’un prêt senior de 350 millions de livres égyptiennes (6,3 millions d’euros) à Ridgewood for Water Desalination (RWD), une filiale de Hassan Allam Utilities.
Ce financement vise à soutenir la construction de nouvelles unités de dessalement de petite capacité et moderniser des stations existantes le long des côtes de la mer Rouge et de la Méditerranée. Ces différentes interventions devraient permettre d’ajouter entre 10 000 et 15 000 mètres cubes par jour de capacité de dessalement.
Fondée en 1999, RWD est l’un des acteurs privés pionniers du dessalement en Égypte. L’entreprise fournit de l’eau dessalée à des clients industriels et touristiques dans les zones côtières qui ne bénéficient pas toujours d’un accès direct au réseau public d’eau potable, en raison du cadre réglementaire et des limites des infrastructures municipales.
Un déficit hydrique structurel
Ce projet devrait contribuer à améliorer l’approvisionnement en eau et réduire le stress hydrique auquel est confronté le pays des pharaons. En effet, souligne la BERD, l’Égypte fait face à une pénurie d’eau chronique, avec un déficit annuel estimé à environ 7 milliards de mètres cubes.
Le pays dépend quasi exclusivement du Nil, fournissant près de 97% de ses ressources en eau douce. Selon les données de la direction générale du Trésor français datant d’août 2025, la disponibilité en eau par habitant y est de 570 m³ par an, loin du seuil de pauvreté hydrique fixé par l’ONU à 1 000 m³/an et pourrait encore descendre à 390 m³/an à l’horizon 2050. Cette situation exerce une pression croissante sur l’agriculture, l’industrie, le tourisme et l’approvisionnement en eau potable des zones urbaines et côtières.
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Le dessalement au cœur de la stratégie nationale de l’eau
Dans un tel contexte, les autorités tablent sur le dessalement de l’eau de mer pour faire face aux besoins liés à la croissance démographique ainsi qu’à la réduction du débit du fleuve en raison de l’augmentation de l’évaporation liée au réchauffement climatique et du barrage éthiopien de la grande renaissance (GERD) érigé sur le Nil bleu, principal affluent du Nil. Fin août 2020, le gouvernement a annoncé une feuille de route visant à d’atteindre une capacité de production de 64 millions m3/j d’eau potable d’ici 2050 contre 0,8 million actuellement.
D’un coût total de 134,2 milliards de livres égyptiennes (2,4 milliards d'euros), la stratégie devrait être mise en œuvre en 6 plans quinquennaux dont la première phase prévoit la construction de 47 unités de dessalement d’une capacité totale de production de 2,44 millions de m3/jour entre 2020-2025.
Cette feuille de route devrait être financée non seulement par le gouvernement égyptien, mais aussi par des fonds souverains arabes comme le Kuwait Fund for Arab Development (KFAED) et des investissements privés.
Dans le pays, le recours croissant au dessalement s’accompagne également d’une attention accrue portée à l’efficacité énergétique, la rationalisation de la consommation ainsi qu’à l’intégration progressive des énergies renouvelables, afin de limiter les coûts et l’empreinte carbone de ces infrastructures énergivores.
Dans cette optique, les bailleurs de fonds multilatéraux comme la BERD jouent un rôle clé en apportant des financements concessionnels, mais aussi une expertise technique et institutionnelle pour structurer des projets durables.