Trump mobilise 500 millions de dollards pour sécuriser l’accès américain aux minerais critiques en Afrique
Olivier de Souza, Agence Ecofin

La rivalité entre Washington et Pékin se joue aussi dans les mines africaines.
Photo DR
Olivier de Souza, Agence Ecofin

La rivalité entre Washington et Pékin se joue aussi dans les mines africaines.
Photo DR
Les États-Unis veulent accélérer leur présence dans les secteurs miniers stratégiques africains. L’administration Trump a lancé le 23 juillet un programme de 500 millions de dollars, soit près de 438 millions d’euros, destiné à soutenir des projets liés aux minerais critiques en Afrique subsaharienne. L’objectif est de diversifier les approvisionnements américains et renforcer la participation des entreprises américaines aux chaînes de valeur minières du continent.
Le dispositif constitue la première initiative financière dédiée aux minerais critiques dans le cadre de la nouvelle stratégie africaine de Washington. Administré par le Bureau des affaires africaines du Département d’État américain, il prévoit jusqu’à dix accords de coopération ou subventions, avec des financements compris entre 5 et 50 millions de dollars par projet.
Les fonds doivent soutenir des initiatives liées à l’exploration, à la transformation, au raffinage, aux infrastructures associées et aux services nécessaires au développement de projets miniers. Le programme prévoit également d’améliorer les données géologiques disponibles, de renforcer les capacités locales et de faciliter l’accès des projets africains aux investisseurs privés.
Cette initiative traduit une évolution de la relation économique entre les États-Unis et l’Afrique. Washington entend désormais faire de l’investissement privé et des partenariats commerciaux les principaux leviers de son engagement, au détriment des mécanismes classiques d’aide au développement. « Nous privilégierons le commerce plutôt que l’aide, l’opportunité plutôt que la dépendance, et l’investissement plutôt que l’assistance », a déclaré le secrétaire d’État Marco Rubio dans le document présentant cette orientation.
Le programme ne prévoit pas de financer directement des infrastructures publiques. Il cherche plutôt à faciliter l’arrivée de capitaux privés dans les projets miniers africains en agissant sur plusieurs contraintes : qualité des données géologiques, cadres réglementaires et accompagnement technique des investisseurs.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Cette stratégie répond à un enjeu industriel majeur pour Washington. Les minerais critiques sont essentiels aux batteries électriques, aux semi-conducteurs, aux technologies liées aux énergies renouvelables et aux équipements de défense.
L’initiative intervient également dans un contexte de rivalité accrue avec la Chine, qui occupe une position dominante dans la transformation et le raffinage de plusieurs minerais stratégiques après des années d’investissements dans les actifs miniers et les infrastructures africaines.
Pour les États-Unis, l’objectif est donc de développer des sources d’approvisionnement alternatives et de réduire leur exposition aux chaînes de valeur contrôlées par un nombre limité d’acteurs.
Le continent occupe une place centrale dans cette bataille. Selon la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), il concentre environ 30 % des réserves mondiales connues de minerais critiques. Plusieurs pays sont déjà incontournables dans certaines filières. La RDC fournit environ 70% du cobalt mondial, une ressource clé pour les batteries. L'Afrique du Sud domine la production de métaux du groupe du platine, la Zambie figure parmi les grands producteurs mondiaux de cuivre, tandis que le Zimbabwe développe rapidement sa filière lithium.
Ces ressources sont devenues stratégiques pour les grandes économies, confrontées à une demande croissante liée aux véhicules électriques, aux technologies numériques et à la transition énergétique. Dans cette dynamique, les infrastructures de transport jouent un rôle essentiel. Le programme américain s’inscrit notamment dans la continuité du soutien apporté au corridor de Lobito, une liaison ferroviaire reliant les zones minières de la RDC et de la Zambie au port angolais de Lobito sur l’Atlantique.
Cette infrastructure doit faciliter l’acheminement du cuivre et du cobalt vers les marchés internationaux et renforcer les connexions entre les producteurs africains et les économies occidentales.
Washington prévoit d’évaluer les résultats du programme à travers plusieurs critères comme le nombre d’entreprises américaines engagées dans les secteurs miniers africains, les investissements mobilisés, les accords d’approvisionnement conclus, l’évolution des cadres réglementaires et les volumes transportés via des infrastructures stratégiques comme Lobito.
L’attention croissante des grandes puissances offre aux pays producteurs africains une opportunité d’attirer davantage de capitaux et d’accélérer le développement de leurs secteurs miniers. Mais l’enjeu principal reste la création de valeur sur le continent. Pendant plusieurs décennies, une grande partie des ressources africaines a été exportée sous forme brute, limitant les retombées industrielles pour les économies productrices.
Les gouvernements cherchent désormais à développer des capacités de transformation, renforcer les compétences locales et mieux intégrer leurs industries aux chaînes mondiales de valeur. Le programme américain peut contribuer à cette évolution, mais ses résultats dépendront des conditions négociées par les États africains. L’arrivée de nouveaux investisseurs ne garantit pas à elle seule une industrialisation locale ni une meilleure redistribution des revenus miniers.
L’enjeu sera donc de tirer parti de la concurrence entre partenaires étrangers pour obtenir davantage que des projets extractifs : des infrastructures, des compétences et des activités industrielles capables de soutenir une croissance durable.
Avec cette enveloppe, Washington fait des minerais critiques un nouveau pilier de sa relation économique avec l’Afrique. Cette dynamique ne pourra profiter durablement au continent que si elle favorise la création de valeur locale, au-delà de la seule extraction des ressources.
Olivier de Souza, Agence Ecofin