La manœuvre pousserait les grands distributeurs à participer à l’absorption des stocks nationaux, tout en réduisant l’avantage compétitif du riz importé.
Le riz local connaît depuis quelques mois des turbulences en Afrique de l’Ouest. Entre difficultés d’écoulement et prix faibles, les challenges s’accumulent.
Au Sénégal, la suspension des Déclarations d’importation de produits alimentaires (DIPA) portant sur le riz a pris effet le mercredi 8 juillet, pour une durée d’un mois.
Cette mesure prise à l’issue d’une réunion organisée au ministère de l’Industrie et du Commerce avec les acteurs de la filière rizicole, vise à limiter la concurrence de la céréale en provenance d’Asie et donner davantage d’espace à l’écoulement du riz produit et transformé localement.
Selon la Société d’aménagement et d’exploitation des terres du delta et des vallées du fleuve Sénégal et de la Falémé (SAED), environ 37 000 tonnes sont actuellement stockées dans les rizeries. En plus du gel des importations, les négociants devront désormais justifier l’acquisition de quantités déterminées de riz sénégalais avant de pouvoir prétendre à de nouvelles autorisations d’achat sur le marché mondial.
Cette manœuvre pousserait les grands distributeurs à participer à l’absorption des stocks nationaux, tout en réduisant l’avantage compétitif du riz importé, souvent mieux positionné en termes de prix, de disponibilité et de perception par les consommateurs. Pour accompagner ce mouvement, le prix d’achat du riz local a été fixé à 280 FCFA/kg (0,43 euros), tandis que les rizeries bénéficieront d’un appui public de 50 FCFA/kg (0,076 €) afin d’alléger les coûts de transformation.
Bis repetita
Ce n’est pas la première fois que le Sénégal actionne ce levier. En novembre 2025, les autorités avaient déjà annoncé une suspension temporaire des importations de riz pour les mêmes raisons : soutenir les acteurs locaux et faciliter l’écoulement de la production nationale. La reconduction de cette mesure, neuf mois plus tard, montre que la problématique n’a pas été résolue.
Malgré les efforts publics pour stimuler la riziculture, la filière continue de se heurter à forte concurrence des circuits d’importation, à la préférence d’une partie des ménages pour le riz indien brisé et aux difficultés de distribution du produit local à grande échelle. Le problème est d’autant plus sensible que le Sénégal cherche depuis plusieurs années à renforcer sa souveraineté alimentaire sans parvenir à réduire fortement sa dépendance aux achats extérieurs.
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Si la production nationale progresse, elle reste insuffisante face à une consommation très élevée. D’après les projections du Département américain de l’Agriculture (USDA), la production de riz blanchi au Sénégal devrait atteindre 670 000 tonnes lors de la campagne 2026/2027, pour une consommation estimée à près de 2,35 millions de tonnes.
Sur un autre plan, le riz local se heurte aussi à des obstacles persistants comme le conditionnement, logistique, capacité de stockage et régularité de l’approvisionnement. Autrement dit, la question ne concerne pas uniquement la production agricole, mais l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis le paddy jusqu’au point de vente. En juin dernier, le gouvernement a annoncé la mise en place de boutiques de référence. Ce réseau de 2 000 points de vente vise à offrir un débouché plus structuré aux produits locaux, en particulier dans l’alimentation.
L’idée est de rapprocher la production nationale des consommateurs, de mieux organiser les flux commerciaux et de donner au riz sénégalais une visibilité plus forte dans les circuits de distribution.
Un casse-tête ouest-africain
La question de l’écoulement du riz local ne se limite pas au Sénégal. Dans plusieurs pays africains, les gouvernements cherchent à protéger leurs filières nationales face à la concurrence des importations, souvent moins chères et mieux organisées sur le plan logistique. Le Ghana, par exemple, a lui aussi annoncé au début juin, que les importateurs de riz devront démontrer une collaboration vérifiable avec la filière locale avant que certains avantages liés à l’importation ne soient accordés.
Cette orientation montre que la bataille du riz est devenue un enjeu stratégique sur le continent, à la croisée de la sécurité alimentaire, du soutien aux producteurs et de la réduction de la facture d’importation. Si les mesures de restriction temporaire sont importantes, les observateurs soulignent que dans la durée, la réponse aux défis des filières locaux passera également par une combinaison de mesures structurelles comme le financement de la transformation, le renforcement de la production, l’amélioration de la qualité, renforcement des circuits de distribution et construction d’une demande plus stable pour le riz local.