ENTRETIEN - Chercheure associée à l’Université de Princeton à New York, Yasmina Asrarguis signe un rapport qui retrace les contours de l’ascension géostratégique du Maroc et analyse sa projection géoéconomique dans un monde en mutation.Cette année, la commémoration des 50 ans de la Marche Verte – le 6 novembre – a eu une saveur particulière au Maroc, intervenant juste après l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution reconnaissant le plan d'autonomie marocain comme base unique pour une solution au conflit du Sahara. Derrière cet aboutissement, plusieurs analystes évoquent le « travail de longue haleine » des autorités marocaines tant sur les plans politique, diplomatique, mais aussi économique qui a fait du royaume chérifien un partenaire de choix pour un nombre incalculable de pays dans le monde. Cette ascension géostratégique du Maroc sous le règne du roi Mohammed VI et sa projection géoéconomique et géopolitique sont au cœur de la dernière note stratégique publiée par l’Institut Choiseul intitulée : « Maroc 2035 : de l’émergence économique à la puissance-pivot ». Son auteure, Yasmina Asrarguis, chercheure associée à l’Université de Princeton, évoque sa volonté d’éclairer sur le statut que Rabat s’octroie au fil des ans, celui de « puissance qui relie », notamment ses partenaires d’Afrique, d’Europe et tous les autres continents.
LA TRIBUNE AFRIQUE - Alors que différents travaux ont été menés autour des dynamiques du Royaume, qu’apporte en plus le présent rapport ?
YASMINA ASRARGUIS - Ce que j’ai cherché à apporter, c’est une mise en ordre du temps long. Le Maroc avance depuis plus de vingt ans par sédimentation : une réforme en appelle une autre, une infrastructure en prépare la suivante, et une ouverture diplomatique dessine un espace plus large que ses frontières réelles. Le rapport montre que nous ne sommes plus dans l’âge des promesses, mais dans celui des réalisations mesurables : une industrie automobile capable de produire environ 700 000 véhicules par an, un tissu de près de 250 équipementiers intégrés dans les chaînes de valeur mondiales. Ce ne sont pas des signes isolés, mais les marqueurs d’une transformation structurelle. Ce que la note tente de mettre en lumière, c’est la cohérence de cet ensemble : comment un pays peut, par l’accumulation patiente de capacités, glisser de l’émergence à un statut de puissance-pivot, c’est-à-dire une puissance qui relie plutôt qu’elle ne domine.