Au Mozambique, TotalEnergies face à un double défi pour remettre son projet gazier sur les rails
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Après plus de quatre ans de suspension, les signaux de reprise du projet Mozambique LNG se multiplient
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Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Après plus de quatre ans de suspension, les signaux de reprise du projet Mozambique LNG se multiplient
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Entre un contexte local encore instable et des contraintes économiques mondiales, TotalEnergies doit composer avec un double défi : assurer la stabilité du terrain au nord du Mozambique tout en absorbant le renchérissement du coût des matériaux nécessaires à la construction du projet.
Le 14 octobre 2025, lors de l’Energy Intelligence Forum à Londres, le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné a alerté sur l’impact des nouveaux droits de douane américains sur l’acier. Portés à 50% par la seconde administration Trump, ces tarifs concernent aussi les produits utilisés dans la production d’hydrocarbures — tubes, structures métalliques, modules de liquéfaction — et risquent d’alourdir le coût des chantiers énergétiques à travers le monde.
Le dirigeant a reconnu que ces hausses pesaient directement sur le coût de construction des projets de GNL. Sans entrer dans les détails, il a rappelé que le projet Mozambique LNG représente déjà un investissement initial estimé à 20 milliards de dollars (environ 17 milliards d’euros).
Son analyse est partagée par d’autres acteurs du secteur. Le PDG de l’entreprise parapétrolière américaine Baker Hughes, Lorenzo Simonelli, a indiqué lors du même forum que son groupe anticipait un impact supérieur à 100 millions de dollars (85 millions d’euros) sur ses résultats annuels. Selon Bloomberg, il a reconnu qu’il s’agissait d’« un point de pression supplémentaire », tout en soulignant que l’entreprise devait « apprendre à le gérer ». D’après une analyse d’EY citée par la presse spécialisée, ces taxes majorent d’environ 5,6 % le coût des intrants en acier pour le secteur pétrolier et gazier, avec des effets en chaîne sur la logistique et la maintenance.
Après plus de quatre ans de suspension, les signaux de reprise du projet Mozambique LNG se multiplient. Le 29 septembre, lors de la Journée investisseurs Strategy & Outlook 2025 à New York, Patrick Pouyanné a affirmé que « tout est prêt » et que les équipes commençaient à « se remobiliser sur le terrain », selon des propos rapportés par Bloomberg. Il a précisé que la clause de force majeure restait en vigueur, mais que les discussions avançaient entre TotalEnergies, ses partenaires et le gouvernement mozambicain pour actualiser le plan de développement et le budget.
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Quelques jours plus tard, le 2 octobre, le président mozambicain Daniel Chapo, cité par Reuters, déclarait que « les conditions sont réunies pour la levée de la force majeure » et que son gouvernement attendait désormais la décision du concessionnaire.
Pour Maputo, la relance de Mozambique LNG demeure un enjeu économique majeur. Le pays fonde de grands espoirs sur le développement de son secteur du gaz naturel pour stimuler son économie.
Si les déclarations récentes laissent entrevoir une reprise, plusieurs incertitudes demeurent. La levée de la force majeure dépend encore de la validation finale du plan révisé par les partenaires industriels et des garanties sécuritaires apportées par l’État mozambicain. Malgré les progrès observés à Cabo Delgado, la stabilité reste fragile et tout regain de tension pourrait ralentir le processus. Sur le plan économique, les surcoûts liés aux droits de douane américains et aux tensions logistiques mondiales continuent de peser sur les prévisions financières.
Cette situation s’inscrit dans un environnement africain plus large, où d’autres projets du groupe rencontrent eux aussi des obstacles. En Afrique du Sud, TotalEnergies fait face à une série de recours judiciaires ayant conduit à la suspension de certaines activités offshore. En août, la Haute Cour du Cap-Occidental a annulé l’autorisation environnementale du bloc 5/6/7, estimant que l’étude d’impact n’avait pas satisfait aux exigences légales en matière de consultation publique et de protection de la biodiversité marine. Nicolas Terraz, président Exploration & Production de la supermajor énergétique, a évoqué début octobre le risque d’un gel des projets si ces contraintes persistent.
Au Nigeria, TotalEnergies a vu en septembre le régulateur pétrolier annuler la vente de sa participation de 10% dans le consortium SPDC à Chappal Energies, une transaction de 860 millions de dollars (environ 735 millions d’euros). L’opération, qui devait contribuer à la réduction de la dette et à la réorganisation du portefeuille africain du groupe, a été suspendue pour non-respect des obligations financières de l’acheteur.
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin