Financement du commerce : l’Afrique muscle sa réponse à un déficit annuel de 80 milliards d'euros

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Signature de l’accord entre la BAD et Ghana International Bank.
DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Signature de l’accord entre la BAD et Ghana International Bank.
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La Banque africaine de développement (BAD) a signé le 18 juin un accord avec Ghana International Bank (GHIB) pour intégrer cette banque ghanéenne à son réseau de banques confirmatrices dans le cadre de son instrument de garantie des transactions de financement du commerce. L’annonce peut paraître technique, mais elle fait partie d’un arsenal africain en pleine croissance destiné à soutenir les transactions commerciales du continent.
Selon l’institution panafricaine, la demande non satisfaite de financement du commerce en Afrique s’est située entre 74 et 92 milliards USD (65 à 80 milliards EUR) en 2024. Dans son estimation basse, ce déficit représentait encore 5,4% de la valeur totale du commerce de marchandises du continent. En intégrant la GHIB, la BAD renforce un mécanisme par lequel elle couvre, opération par opération, jusqu’à 100 % du risque de nonpaiement pris sur des transactions éligibles initiées par des banques africaines approuvées.
L’intérêt de ce type de garantie tient au fonctionnement même du commerce international. Lorsqu’une entreprise africaine veut importer des intrants ou exporter des marchandises, sa banque locale peut émettre une lettre de crédit ou un autre instrument de paiement. Mais le vendeur, ou sa banque, demande souvent qu’une banque confirmatrice accepte de garantir l’opération. Dans les pays où les lignes de crédit sont limitées, cette étape devient plus difficile, plus coûteuse ou bloque simplement la transaction.
L’accord avec GHIB s’ajoute à une série d’initiatives récentes qui montrent que le sujet n’est pas seulement porté par les banques multilatérales. Fin mai, la Mauritius Commercial Bank a annoncé une enveloppe de 1 milliard USD sur quatre ans, destinée au financement du commerce africain. Elle couvrira à la fois des financements directs et des instruments non financés, comme les confirmations de lettres de crédit et les garanties bancaires.
Le même mois, Ecobank a dévoilé une enveloppe de 3 milliards USD sur trois ans pour le commerce intraafricain, avec des partenariats ciblant notamment l’agriculture et les PME. Quelques mois plus tôt, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a accordé 100 millions USD à Access Bank au Nigeria pour soutenir des opérations de commerce extérieur.
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Cette multiplication des initiatives répond à une même contrainte : le commerce africain progresse plus vite que les capacités bancaires qui doivent l’accompagner. Entre 2020 et 2024, le commerce intraafricain a représenté 34% du commerce total intermédié par les banques africaines, soit une hausse de 89% par rapport à la période 20112019, selon la BAD. Mais sur la même période, les banques commerciales n’ont intermédié en moyenne que 23 % du commerce total du continent, contre 40 % avant la pandémie.
La question devient donc moins celle de l’existence des instruments que celle de leur diffusion. Les PME restent les plus exposées au déficit, alors même qu’elles sont censées profiter de la Zone de libreéchange continentale africaine (ZLECAf). Selon la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, la ZLECAf pourrait accroître le commerce intraafricain de 3 000 milliards USD entre 2021 et 2045, par rapport à un scénario sans accord. Mais ces gains supposent des capacités de financement, de garantie et de paiement plus solides.
Reste que plusieurs verrous ne relèvent pas uniquement de nouvelles enveloppes. Entre liquidités en devises insuffisantes pour les banques et faible adoption des outils numériques, la capacité d’exécution reste limitée. Dans le rapport 2025 de la BAD, 36% des banques interrogées citent le manque de liquidité en devises comme principal frein à la croissance de leurs activités de financement du commerce, contre 18% sur la période 20152019. Seules 28 % déclarent avoir adopté des outils ou plateformes numériques dédiés à ces opérations.
La suite dépendra aussi de l’évolution du risque perçu sur les marchés africains. La BAD prévient ainsi qu’un durcissement de l’appétit au risque des banques correspondantes pourrait porter le déficit africain de financement du commerce entre 86,6 et 102,6 milliards USD d’ici 2027.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin