Le Ghana veut relancer une industrie textile en déclin, en combinant la sécurisation de la matière première et la remise à niveau de ses capacités industrielles.
Au Ghana, la filière coton reste embryonnaire comparativement à ses voisins, comme le Bénin, le Mali et la Côte d’Ivoire. Le pays, qui cherche depuis peu à redonner à son industrie textile son lustre d’antan, mise sur un approvisionnement de proximité.
Le président ghanéen John Dramani Mahama a annoncé le jeudi 16 juillet des discussions en cours avec le Bénin pour signer un protocole d’accord relatif à l’approvisionnement en fibres de coton. La matière première devrait servir à alimenter les lignes de filatures et de tissage au niveau de l’usine Volta Star Textiles Limited (VSTL) à Juapong, dans la région de la Volta.
Une industrie qui veut renaître
Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la stratégie de relance d’une industrie textile en déclin, combinant la sécurisation de la matière première et la remise à niveau des capacités industrielles existantes, dont principalement la VSTL.
Fondée initialement sous le nom de Juapong Textiles en 1968, l’unité était le fleuron du textile ghanéen qui employait plus de 25 000 personnes dans les années 70. A son apogée, l’entreprise disposait d’une capacité de production estimée à environ 20 millions de yards, soit plus de 18,2 millions de mètres de tissu par an.
Mais avec la libéralisation des échanges, dans les années 1980 et 1990 qui a ouvert le marché à des produits importés à bas prix, surtout en provenance de Chine, l’industrie a été fragilisée. En 2005, Juapong Textiles a été contrainte de fermer et de licencier 1 400 employés, en raison de coûts de production trop élevés, de factures d’électricité excessives et du manque de matières premières locales, notamment le coton.
La relance de l’usine en 2007 sous le nom de Volta Star Textiles, avec l’appui technique de la Chine, n’a pas non plus tenu dans la durée. L’activité a de nouveau cessé en 2014, plombée par des technologies obsolètes et des dettes impayées, dont une lourde facture d’électricité due à l’Electricity Company of Ghana (ECG), le principal distributeur d’électricité et aussi une forte concurrence des vêtements de seconde main dont le pays est l’un des principaux importateurs mondiaux.
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Selon des déclarations du directeur général de Volta Star Textiles Limited datant d’août 2025, la relance des activités de l’usine nécessitera in investissement compris entre 25 et 100 millions USD (entre 21,9 et 87,64 millions d'euros).
Un leadership cotonnier béninois qui se renforce
Pour le Bénin, le rapprochement avec le Ghana offre l’occasion de consolider son statut de leader africain du coton. Premier producteur du continent avec plus de 645 000 tonnes en 2025/2026, le pays mise désormais sur la transformation locale pour conserver davantage de valeur ajoutée. Dans cette dynamique, la Zone Industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), lancée en 2021 sur 1 640 hectares, s’affirme comme un pilier de croissance, avec 3 usines intégrées traitant 40 000 tonnes de fibre par an, soit près de 12 % de la production.
L’ouverture d’un débouché industriel au Ghana ajouterait une dimension régionale à cette influence, en faisant de la ressource béninoise une matière première clé pour le redémarrage des activités textiles dans le pays voisin qui demeure un petit poucet dans la filière, avec selon l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 28 000 tonnes de coton graine récoltés entre 2020 et 2024.
En diversifiant ses marchés, audelà des grands acheteurs traditionnels comme le Bangladesh, l’Inde, le Pakistan, la Chine ou les Émirats arabes unis, le Bénin pourrait également réduire sa dépendance à quelques pôles d’importation, et renforcer ses liens commerciaux intrarégionaux.