D'une puissance prévisionnelle de 128 MW, le barrage hydro-électrique multifonctionnel de Dogo-Bis doit être érigé sur le fleuve Ouémé, long de plus de 600 km.
Comme plusieurs pays africains, le Bénin fait face à une forte croissance de la demande en énergie, portée par les besoins des ménages et des entreprises. Dans un tel contexte, le recours au renouvelable est une des options privilégiées.
La Banque mondiale a approuvé un financement de 150 millions USD - environ 132 millions d'euros - pour lancer la phase préparatoire du barrage hydro-électrique multifonctions de Dogo-Bis, prévu pour être érigé au Bénin sur le fleuve Ouémé, long de plus de 600 km. D’une puissance prévisionnelle de 128 MW, il doit renforcer l’offre électrique nationale du pays.
Un projet structurant
Cette enveloppe représente la première tranche d’un programme global pouvant atteindre 1,22 milliard de dollars, soit environ 1 milliard d'euros, dont 580 millions de dollars (environ 510 millions d'euros) proviendront de l’Association internationale de développement (IDA), tandis que 640 millions de dollars, soit plus de 562 millions d'euros, seront mobilisés auprès de cofinancements privés et de partenaires au développement.
Dans les détails, le financement annoncé la semaine dernière doit permettre de conduire les travaux préparatoires, d’aménager les pistes d’accès, de procéder à l’électrification de plusieurs localités voisines, d’indemniser les personnes affectées par le projet et d’assurer leur réinstallation dans de meilleures conditions.
Selon les documents du programme, 152 kilomètres de pistes seront aménagées, 23 localités électrifiées, et 554 personnes concernées par les expropriations ou déplacements seront soutenues.
La phase préparatoire, qui doit s’étendre jusqu’en 2028, comprend également la supervision générale du projet, ainsi que la restauration des moyens de subsistance des ménages touchés. Au-delà de la production électrique, le barrage devrait aussi contribuer à l’irrigation de 17 500 hectares de terres agricoles et réduire d’environ 40% les risques d’inondation dans le bassin de l’Ouémé.
Avec ce nouveau développement, le Bénin vient relancer un projet resté dans les tiroirs depuis plusieurs décennies. Si l’idée du déploiement d’un barrage sur son plus important fleuve date des années 80, elle n’a jamais pu se matérialiser malgré la volonté affichée par les autorités. En 2015, le président Boni Yayi avait signé un protocole d’accord avec le groupe chinois Sinohydro pour tenter de faire avancer le dossier.
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Mais cette initiative est restée au point mort pendant plusieurs années, avant de reprendre de l’élan en 2025, lorsque le gouvernement a sollicité l’appui de la Banque mondiale en mars, puis adopté en décembre un décret officialisant le cadre du projet, désormais inscrit à l’agenda des nouvelles autorités.
Une course pour réduire la dépendance
Ce barrage, dont la mise en service est prévue à l’horizon 2032-2033, devrait soutenir l’ambition des autorités béninoises, qui cherchent à sortir d’une dépendance aux importations. Chez le premier producteur africain de coton, où la demande annuelle en électricité augmente à un rythme de 7 % par an selon des données de la Banque africaine de développement (BAD) datant de 2022, l’accès à l’énergie reste critique pour les ménages comme pour les entreprises industrielles.
Et si d’après les autorités, la production nationale d’électricité a atteint 215 MW en 2025, grâce à la montée en régime de la centrale thermique de Maria-Gléta 2, mise en service en 2019 (127 MW), le pays dépend encore des importations d’électricité, en particulier en provenance du Nigeria voisin, où les perturbations de la production et du réseau électrique se répercutent sur la desserte béninoise.
Depuis une décennie, des efforts sont ainsi en cours pour améliorer la souveraineté énergétique du Bénin, où le taux d’accès à l’électricité avoisinne désormais les 60 %. En plus du nouveau Code de l'électricité adopté en 2020 pour rendre le secteur plus attractif pour les investisseurs privés, le pays a lancé la construction de 4 centrales photovoltaïques cumulant 50 MW dans les villes de Bohicon, Djougou, Parakou et Natitingou.
Dans le cadre de sa « transition énergétique juste », Cotonou s’est aussi dotée d’une Politique nationale de développement des énergies renouvelables (PONADER 2020-2030), qui ambitionne de faire passer la part du renouvelable dans le mix énergétique national de 3,2% en 2020 à 31% en 2030.