Le gouvernement a lancé un plan de redressement économique et social (PRES) qui vise à relancer l'économie sur trois ans
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Confronté à une dette record et à une nouvelle dégradation de sa note souveraine, le Sénégal veut diversifier ses sources de financement et transformer l’épargne de sa diaspora en levier de relance économique.
Le Sénégal a annoncé avoir bouclé avec succès son troisième Appel public à l'épargne (APE) de l'année 2025, mobilisant plus de 450 milliards FCFA (environ 686 millions d'euros) sur le marché financier régional de l’Union monétaire et économique ouest-africaine (UEMOA), soit un taux de couverture de plus de 150% par rapport à l’objectif initial de 300 milliards FCFA.
L’opération lancée le 18 septembre et clôturée le 10 octobre a été structurée par la Société de Gestion et d’Intermédiation (SGI) Impaxis Securities, en partenariat avec Société Générale. Il vise à couvrir les besoins de financement inscrits dans la Loi de finances 2025, dans un contexte où les finances publiques du pays de la Teranga sont sous pression.
En effet, la découverte d’une « dette cachée » évaluée à 8 300 milliards FCFA (environ 12,6 milliards d'euros), qui a porté l’endettement public à près de 119% du PIB, a jeté une ombre d’incertitude sur les perspectives économiques du Sénégal. Le vendredi 10 octobre, l’agence de notation internationale Moody’s a abaissé la note souveraine du pays de B3 à Caa1 avec perspective négative, estimant qu’elle pourrait être à nouveau dégradée dans les prochains mois. C’est la seconde baisse depuis le début de l’année, liée à des risques accrus sur la dette et les liquidités. Si le gouvernement sénégalais a dénoncé une évaluation « spéculative, subjective et biaisée », les autorités ont quand même entamé une série de réformes pour sortir de la crise et diversifier les sources de financement.
Mieux exploiter le potentiel de la diaspora
D’après le ministère sénégalais des Finances, l’Appel public à l’épargne (APE) émis sur le marché de l’UEMOA, qui regroupe huit pays ouest-africains partageant le franc CFA, a suscité une forte participation de la diaspora sénégalaise, « installée dans plus de 45 pays, aux côtés d’investisseurs résidents et sous-régionaux ».
S’il n’existe pas encore de mécanisme permettant de souscrire directement depuis l’étranger, les Sénégalais de la diaspora peuvent le faire par l’intermédiaire d’une Société de gestion et d’intermédiation (SGI) agréée ou d’un partenaire bancaire local, à condition de détenir un compte en franc CFA.
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Au-delà du succès financier, cette opération s’inscrit dans la stratégie nationale de diversification des sources de financement et de mobilisation endogène de l’épargne. Elle intervient surtout quelques jours après la visite du Premier ministre Ousmane Sonko à Milan, où il a exhorté la diaspora à investir dans les nouveaux « titres citoyens et patriotiques » destinés à financer le Plan de redressement économique et social (PRES). Ce programme, évalué à 5 667 milliards FCFA (environ 8,6 milliards €) sur trois ans, vise à relancer une économie fragilisée, outre la montée de l’endettement public, par la suspension du soutien du FMI.
Historiquement, la diaspora sénégalaise joue un rôle clé dans la résilience économique du pays. Ses transferts de fonds essentiels pour des millions de ménages ont atteint 35,6 milliards € entre 2000 et 2024, selon les chiffres de la Banque mondiale, plaçant le Sénégal parmi les cinq premiers bénéficiaires africains, notamment grâce aux envois en provenance de France. Mais Dakar entend désormais franchir un cap : transformer cette manne, longtemps cantonnée à l’aide familiale, en un véritable levier d’investissement productif capable de soutenir les finances publiques et les ambitions de développement du pays.
Des défis actuels, mais un pari ancien
Depuis plusieurs années, de nombreux pays africains cherchent à mieux canaliser le potentiel des remises migratoires afin d’en faire de véritables leviers de développement. Les diaspora bonds qui sont des emprunts obligataires spécifiquement destinés aux membres des communautés expatriées, s’imposent progressivement comme une option crédible de financement pour certains États.
Depuis les années 2000, des pays comme l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya, le Rwanda ou encore le Nigeria ont expérimenté ce mécanisme. Ce dernier avait d’ailleurs réussi, en 2017, à lever plus de 300 millions $ (257 millions d'euros actuels) en une seule journée grâce à une émission de diaspora bonds dédiée au financement d’infrastructures.
Le Sénégal avait, lui aussi, testé l’approche en 2019, en lançant son premier diaspora bond via la Banque de l'Habitat du Sénégal (BHS) pour financer des programmes de logements sociaux. Offrant un taux d’intérêt de 6,25% sur cinq ans, cette opération avait permis de mobiliser 20 milliards FCFA (soit 30,4 millions € actuels), avec un taux de souscription de 114%. La diaspora sénégalaise y avait participé à hauteur de 43%, le reste ayant été absorbé par le marché financier régional.
Pour la nouvelle émission, les autorités n’ont pas communiqué la part exacte des investisseurs issus de la diaspora, mais elles soulignent qu’elle témoigne de la confiance renouvelée des souscripteurs et confirme le positionnement du Sénégal parmi les émetteurs les plus dynamiques du marché de l’UEMOA, aux côtés de la Côte d’Ivoire et du Bénin.