C’est la troisième fois en dix ans qu’un investisseur étranger tente de ressusciter l’opérateur historique des télécoms. Après les échecs de 2017 et 2020, le gouvernement espère bien que cette fois-ci soit la bonne. L’opération représente une opportunité financière et stratégique pour l’État.
Le marché des télécommunications centrafricain, disputé par trois opérateurs de téléphonie mobile — Orange étant le leader en matière de parts de marché — s’apprête à voir arriver un nouveau concurrent. Jeudi 16 juillet, le gouvernement de Bangui a annoncé le lancement effectif de la mise en œuvre de son protocole d’accord signé en septembre 2025 avec la société américaine Greenline Technologies, en vue de la reprise et de la transformation de la Société centrafricaine de télécommunications (SOCATEL).
Cette avancée a été au cœur d’une réunion entre le ministre de l’Économie numérique, des Postes et Télécommunications, Roger Andjalandji, et Max Sicari, vice-président des opérations de Greenline Technologies. Une rencontre qui marque le passage à la phase opérationnelle d’un partenariat destiné à redonner vie à l’opérateur historique, tombé en désuétude depuis plus de vingt ans.
Un opérateur historique à la peine
Un rapport de la Banque mondiale de 2021 sur SOCATEL révélait que l’entreprise publique évoluait dans un marché transformé par l’essor du mobile, tout en restant cantonnée à la téléphonie fixe à Bangui, plombée par des infrastructures vétustes et un manque chronique de moyens techniques, humains et financiers. Le montant global de l’opération avec Greenline Technologies est évalué à 131,5 millions d’euros. Il est prévu entre autres la modernisation complète des infrastructures et des services de la SOCATEL ; la construction d’un data center de niveau Tier 3, socle de la souveraineté numérique nationale ; le déploiement d’un écosystème de connectivité étendu sur l’ensemble du territoire.
Mais plusieurs zones d’ombre subsistent sur la structure exacte de l’opération ; les modalités de financement des investissements annoncés ; la répartition des responsabilités entre l’État et l’investisseur américain qui se présente comme un distributeur technologique panafricain actif dans plus de dix pays et positionné sur les télécoms, la cybersécurité, l’énergie et la transformation numérique.
Un marché déjà verrouillé par trois opérateurs
L’entrée en jeu prochaine de Greenline intervient dans un paysage télécoms déjà très concurrentiel. Orange revendiquait, au début de l’année 2025, 60% du marché de la téléphonie mobile, 65% des services fixes B2B et plus de 90% du segment du mobile money en République centrafricaine. Moov Africa, filiale du groupe Maroc Telecom, indiquait pour sa part détenir environ 11% du marché mobile fin septembre 2025, le reste, environ 29 %, revient à Telecel. Les trois opérateurs se livrent par ailleurs une bataille technologique sur la 4G. Orange et Moov Africa ont lancé la 4G commerciale dans le pays en 2025, tandis que Telecel a officiellement lancé son réseau 4G à Bangui le 12 mai 2026.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
Malgré cette concurrence installée, le potentiel de croissance reste important. Selon les données de DataReportal, la République centrafricaine comptait 2,07 millions d’abonnements actifs à la téléphonie mobile fin 2025, soit un taux de pénétration de 38,1% — l’un des plus faibles de la sous-région, en raison d’une fracture numérique encore marquée. Le taux de pénétration d’Internet s’élevait à 15,5%.
C’est précisément sur cette marge de progression que Greenline Technologies entend s’appuyer pour redonner à SOCATEL une place sur un marché où l’opérateur historique a été relégué au dernier plan. Reste à savoir si l’investisseur américain parviendra à transformer un protocole d’accord en offre commerciale crédible, capable de bousculer un trio bien installé, dans un secteur où les annonces de relance de l’opérateur public se sont jusqu’ici soldées par des échecs, comme le rappellent les séquences avec l’homme d’affaires camerounais Amougou Belinga en 2017 et Global Technologies en 2020.