Face à la hausse de la demande électrique et au développement des renouvelables, l'Europe cherche à renforcer ses infrastructures d'interconnexion avec l'Afrique du Nord. Ces liaisons deviennent un levier stratégique pour sécuriser les réseaux et accélérer la transition énergétique.
La panne électrique qui a frappé la péninsule Ibérique en 2025 a relancé l’intérêt pour le projet d’interconnexion entre le Portugal et le Maroc. Les deux pays cherchent désormais à obtenir le soutien de la Commission européenne pour faire reconnaître cette future liaison comme un
projet important d’intérêt européen commun (IPCEI), un statut qui pourrait faciliter l’accès aux financements communautaires et attirer des investisseurs privés.
Le 20 juillet à Lisbonne, les ministres de l’Énergie du Portugal, Maria da Graça Carvalho, et du Maroc, Leila Benali, ont convenu d’avancer sur deux fronts : solliciter un appui via le mécanisme européen Connecting Europe Facility (CEF) et évaluer l’intérêt d’acteurs privés, notamment les gestionnaires de réseaux et les compagnies électriques. L’objectif est de réduire la part du financement supportée par les consommateurs et les contribuables.
Cette situation révèle une vulnérabilité particulière pour le Portugal, qui n'est relié qu'à un seul pays, l'Espagne, pour ses connexions électriques internationales. La faiblesse des interconnexions de la péninsule Ibérique avec le reste de l’Europe, limitée à 3 % de sa capacité électrique contre un objectif européen de 15 % en 2030, renforce l’intérêt d’un nouveau corridor avec le Maroc.
Un projet étudié depuis près d’une décennie
L’architecture de la liaison reste à définir. Les deux pays étudient la possibilité d’un câble sous-marin direct ou d’une solution reposant en partie sur les infrastructures existantes via l’Espagne, déjà connectée au royaume par deux liaisons sous-marines.
Le projet remonte à 2016, lorsque Rabat et Lisbonne avaient signé une déclaration prévoyant une étude de faisabilité technique et économique pour une interconnexion d’une capacité de 1 000 MW. Le scénario étudié portait alors sur un câble sous-marin d’environ 220 km reliant le nord-ouest du Maroc au sud du Portugal. Les évaluations réalisées ces dernières années situaient le coût du projet entre 650 et 800 millions d’euros. Ces montants devront toutefois être actualisés en fonction de l’évolution des coûts et des choix techniques retenus.
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Le regain d’intérêt pour cette interconnexion tient également au rôle croissant du Maroc dans l’architecture électrique régionale. Le royaume est actuellement le seul pays africain directement relié au réseau électrique européen grâce à ses liaisons avec l’Espagne, pour une capacité cumulée d’environ 1 400 MW.
Lors du black-out ibérique d’avril 2025, le Maroc a contribué au rétablissement progressif du réseau espagnol en fournissant jusqu’à 100 MW via l’une de ses interconnexions, illustrant l’importance stratégique des échanges électriques transfrontaliers. Cet épisode a d’ailleurs renforcé l’intérêt pour le développement de nouveaux axes d’échange électrique entre l’Europe et l’Afrique du Nord.
Le Maroc, un maillon des futurs échanges électriques euro-africains
Le projet Portugal-Maroc s’inscrit dans une stratégie européenne plus large visant à renforcer les interconnexions et à faciliter la circulation d’électricité bas carbone. D’autres initiatives suivent cette
logique, notamment ELMED entre la Tunisie et l’Italie et GREGY entre l’Égypte et la Grèce. Dans cette dynamique d’intégration électrique régionale, le Maroc occupe une position stratégique. Le royaume s’appuie sur le développement de ses capacités solaires et éoliennes pour accroître la place des renouvelables dans son système électrique et préparer de futurs échanges d’électricité verte avec les marchés voisins.
Le pays cherche également à renforcer ses connexions régionales. Il prépare une interconnexion avec la Mauritanie afin de favoriser les échanges électriques avec l’Afrique de l’Ouest dans le cadre du West African Power Pool (WAPP).
Les prochaines étapes seront décisives pour concrétiser cette liaison électrique. Les deux gouvernements doivent convaincre la Commission européenne d’accorder au projet le statut d’IPCEI, une étape déterminante pour faciliter l’accès aux financements communautaires et préciser le montage financier, le tracé ainsi que le calendrier de réalisation.