Plusieurs centrales nigérianes restent régulièrement indisponibles en raison des difficultés d’approvisionnement en gaz, des contraintes du réseau et des pertes techniques.
Dans le pays le plus peuplé d’Afrique, où l’offre électrique reste très inférieure aux besoins, les autorités multiplient les solutions destinées aux zones rurales et aux populations encore mal raccordées au réseau.
L’Agence nigériane d’électrification rurale, la REA, a signé un accord avec MOPO, une entreprise spécialisée dans la location de batteries rechargées à l’énergie solaire, pour lancer dès cette année un programme pilote dans le pays. Dans le cadre de son plan de développement, la société prévoit au Nigeria une expansion à 75 millions dollars, soit environ 65,6 millions d’euros, d’ici 2030.
Selon les détails rapportés le lundi 20 novembre par Bloomberg, le modèle proposé repose sur des stations solaires exploitées par MOPO. Les batteries y sont rechargées, puis louées aux ménages et aux petits commerces pour quelques heures. Le prix varie de 0,20 à 3 dollars (0,17 à 2,62 euros) selon leur taille et la durée d’utilisation. Cette formule permet aux usagers d’accéder à une quantité limitée d’électricité sans acheter un kit solaire complet ni financer une installation permanente. Elle peut notamment servir à l’éclairage, à la recharge de téléphones ou au fonctionnement de petits appareils.
MOPO affirme réaliser aujourd’hui 1,6 million de locations de batteries par mois, contre environ 150 000 en 2023. L’entreprise est déjà présente au Tchad, en République démocratique du Congo, au Liberia et en Sierra Leone. Elle compte parmi ses soutiens Octopus Energy et Norfund et a obtenu des financements de British International Investment.
Une réponse aux limites du système électrique
Le programme arrive dans un pays où la capacité de production disponible reste faible au regard des besoins. Début avril, le Nigeria produisait environ 4 300 MW d’électricité, alors que sa capacité installée dépassait 13 600 MW. Une partie importante des centrales reste régulièrement indisponible en raison des difficultés d’approvisionnement en gaz, des contraintes du réseau et des pertes techniques. Ces insuffisances pèsent particulièrement sur les zones rurales, souvent éloignées des infrastructures nationales.
La location de batteries ne peut pas résoudre à elle seule ces difficultés. Elle fournit moins d’énergie qu’un raccordement au réseau ou qu’un mini-réseau et dépend de la proximité de stations de recharge. Elle peut toutefois constituer une solution d’appoint pour les ménages dont les besoins sont limités ou qui ne peuvent pas supporter le coût d’un équipement solaire.
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MOPO présente son modèle comme une solution plus souple que les systèmes solaires domestiques, qui nécessitent l’achat d’un équipement, et que les mini-réseaux, dont la construction suppose des investissements plus lourds. Cette comparaison doit néanmoins être nuancée. Les mini-réseaux peuvent alimenter durablement des villages, des commerces et de petites activités productives, tandis que les batteries louées répondent surtout à des usages plus restreints.
Plusieurs modèles pour électrifier les zones rurales
Le test avec MOPO s’ajoute aux autres programmes menés par la REA dans le solaire hors réseau. En avril, l’agence a indiqué que la capacité locale de fabrication de panneaux solaires était passée d’environ 120 à 300 MW en deux ans. Elle soutient également le déploiement de mini-réseaux. Plus de 200 ont été installés dans le cadre du Nigeria Electrification Project, tandis que le programme DARES prévoit d’en développer 1 350. Environ 900 seraient déjà en construction.
Ces projets attirent aussi des investisseurs privés. En juin, WeLight a levé 27 millions d’euros pour renforcer ses activités et préparer son implantation au Nigeria et en RDC. Son modèle repose sur des mini-réseaux solaires capables d’alimenter de manière permanente des communautés entières.
MOPO suit une autre voie. Plutôt que de construire une infrastructure complète dans chaque localité, l’entreprise mise sur des batteries transportables et louées à l’usage. Le pilote devra montrer si elle peut déployer suffisamment de stations de recharge et adapter son service aux besoins des populations ciblées. Ses résultats permettront de déterminer si ce modèle peut compléter durablement les mini-réseaux et les autres solutions utilisées pour réduire le déficit d’accès à l’électricité au Nigeria.