« Un désastre qui s'annonce » : l'avertissement de la Banque mondiale sur l'économie globale
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Indermit Gill est économiste en chef du Groupe Banque mondiale et premier vice-président pour l'économie du développement.
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Indermit Gill est économiste en chef du Groupe Banque mondiale et premier vice-président pour l'économie du développement.
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L'escalade de la guerre au Moyen-Orient a fait basculer la Banque mondiale dans son scénario le plus sombre : une croissance mondiale ramenée à 1,3 % en 2026, contre 2,9 % l'an dernier, si les hostilités se prolongent et continuent de frapper les infrastructures pétrolières de la région.
Indermit Gill, économiste en chef du Groupe Banque mondiale sur le départ, rappelle que l'institution avait modélisé trois trajectoires dans ses prévisions de juin, compte tenu de l'incertitude entourant la guerre au Moyen-Orient : le scénario le plus pessimiste, avec des hostilités qui durent six mois ou plus, « a déjà quasiment commencé à se matérialiser », explique-t-il lors d'un entretien accordé à Reuters.
Dans cette hypothèse, l'inflation mondiale remonterait à 4,5 % et les banques centrales seraient contraintes de remonter leurs taux directeurs, renchérissant brutalement le coût de la dette pour des États déjà fragilisés par la séquence Covid, inflation de 2022 et resserrement monétaire.
Pour Gill, la bascule est proche.
Il estime qu'une fois l'inflation repartie, il ne faudra « que quelques mois » pour que les pays très endettés se retrouvent confrontés à de graves difficultés pour assurer le service de leur dette.
L'économiste détaille le mécanisme par lequel la guerre se transmet à l'économie réelle.
Dans ce contexte, les pays pauvres qui n'ont pas retrouvé leur niveau d'avant-pandémie risquent une insécurité alimentaire accrue, quand les États à dette élevée se voient pris en étau entre des coûts d'emprunt en hausse et des besoins de financement toujours plus importants pour l'éducation, la santé et les services essentiels.
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La Banque mondiale calcule que 40 % des pays à faible et moyen revenu étaient déjà en situation de surendettement ou à haut risque d'y basculer dans son rapport de juin, soit 32 États au total, un nombre qui pourrait augmenter rapidement si les taux remontent.
« C'est tout simplement un désastre qui s'annonce lentement », résume Gill, en expliquant que les pays qui parviennent malgré tout à assurer le service de leur dette « finissent par puiser dans les ressources allouées à l'éducation, à la santé et à d'autres domaines indispensables pour alimenter la croissance future » : autrement dit, la soutenabilité financière se paie par un sacrifice de la soutenabilité sociale et de la croissance potentielle.
Les signaux de tension apparaissent déjà : des pays en manque de liquidités ont sollicité du FMI des augmentations de lignes de crédit, tandis que le Pakistan a demandé cette semaine aux États-Unis un « mécanisme de stabilisation des changes de 10 milliards de dollars » pour renforcer ses réserves de change.
Les données de la Banque mondiale montrent que le ratio moyen dette/PIB des pays émergents et en développement s'élevait à environ 74 % en 2025, bien au-dessus de la fourchette 50-55 % qui prévalait avant la pandémie de Covid-19, fin 2019.
Pour les pays à faible revenu, le ratio atteignait 67 % en 2025, contre environ 40 % auparavant, ce qui explique pourquoi la hausse des taux d'intérêt se traduit plus vite qu'auparavant par des difficultés de paiement, voire par un risque de défaut désordonné si aucun mécanisme coordonné n'est mis en place.
Au-delà des chiffres, la Banque mondiale souligne que le service de la dette extérieure des pays en développement a déjà atteint un niveau record de 443,5 milliards de dollars en 2022, dans un contexte de plus forte hausse des taux mondiaux depuis quatre décennies, ce qui laisse peu de marges pour absorber un nouveau choc sans restructuration.
Dans ce paysage, Gill estime que « certains pays exigeraient une annulation de la dette au cas par cas », c'est-à-dire des annulations de dette ciblées plutôt qu'un grand programme généralisé, afin d'éviter une crise de confiance et des effets d'aubaine pour les débiteurs solvables.
Les précédents PPTE et les accords du G7 sur l'effacement de 100 % de la dette multilatérale pour certains pays pauvres ont montré que ce type de dispositif peut libérer des ressources pour les budgets sociaux et l'investissement, mais sous conditions de gouvernance et de transparence renforcées.
Le G20 a certes amélioré la procédure de restructuration avec son cadre commun, mais les avancées restent lentes : la Banque mondiale rappelle que les vulnérabilités de dette se sont accumulées plus vite que la capacité des créanciers à se coordonner, ce qui rend cruciale la question de savoir quels pays seront jugés « éligibles » à une remise de dette dans la nouvelle phase qui s'ouvre.
Gill souligne que les États-Unis, la Chine et l'Inde restent jusqu'ici relativement isolés des effets directs de la guerre, chacun bénéficiant de sources spécifiques de résilience (taille du marché intérieur, poids du secteur technologique, capacité de substitution énergétique), ce qui contribue à maintenir un socle de croissance globale malgré les tensions.
L'économiste termine pourtant sur une note inattendue : une nouvelle analyse de la Banque mondiale sur la préparation des pays en développement à l'intelligence artificielle (IA) conclut que ces États pourraient davantage en profiter que les économies avancées, en raison d'une structure d'emploi moins exposée aux effets négatifs de l'automatisation.
Selon Gill, la part de la population susceptible d'être affectée négativement par l'IA serait d'environ 10 % dans les pays plus pauvres, contre 30-40 % dans les pays riches : « Pour eux, l'IA peut donc représenter un atout considérable. Les pays en développement devraient se montrer bien plus optimistes quant à l'impact de l'IA que les pays développés », assure-t-il, ajoutant que l'IA pourrait, à terme, contribuer à rétablir des rythmes de croissance « que l'on n'a pas connus depuis des décennies », mais probablement pas avant la prochaine décennie.
(Avec Reuters)
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