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Dette africaine : le retour en force de Citigroup et JP Morgan

Photo de Idriss Linge

Idriss Linge, Agence Ecofin

Publié le 26 janvier 2026 à 14:56

Les institutions de Wall Street avaient déjà dominé le marché des eurobonds africains en 2025.

Les institutions de Wall Street avaient déjà dominé le marché des eurobonds africains en 2025.

DR

Le Quotidien Numérique

26 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le marché des eurobonds africains est de retour. Dès janvier 2026, États et entreprises reprennent le chemin des marchés internationaux, toujours portés par Wall Street mais aussi par les banques africaines et du Golfe. Derrière la reprise des émissions, une bataille d’influence financière est clairement engagée.

En cette fin de mois de janvier 2026, le rythme des premières émissions africaines d'eurobonds — appelation des titres d'emprunts effectués par des entreprises, des États ou des institutions de financement du développement sur les marchés occidentaux des capitaux— s'aligne sur celui de la même période en 2025. Le signal de départ a été donné par le Bénin qui a non seulement rouvert son Eurobond existant (une technique permettant d'augmenter le montant d'une dette déjà émise pour profiter de conditions de marché favorables), mais qui a également innové en émettant des titres conformes à la finance islamique, appelés Sukuk.

Renfort ou pas renfort ?

Cette dynamique ne s'arrête pas au secteur souverain. On recense déjà cinq autres émissions majeures depuis le début du mois, portées notamment par la Banque Africaine de Développement (BAD), l'opérateur de télécommunications Africell, ou encore la compagnie minière Caledonia Mining pour le financement de ses activités aurifères au Zimbabwe.

La question qui anime les salles de marché désormais claire est celle de savoir si le retour des obligations internationales africaines, amorcé l'an dernier, se renforcera tout au long de l'année 2026 ?

En 2025, et malgré une année d'incertitudes portée par les orientations imprévisibles de la diplomatie américaine, le continent a délivré 72 émissions de titres d'emprunts internationaux, selon les données de la plateforme spécialisée Cbonds. Ce chiffre marque une progression nette par rapport aux 44 émissions de 2024 et aux seulement 34 enregistrées en 2023. Pour les banques d'investissement qui structurent ces opérations, ces chiffres sont bien plus que de simples indicateurs : ils marquent la fin de deux années « compliquées » où les marchés étaient quasiment fermés aux émetteurs africains à cause de taux d'intérêt mondiaux trop élevés.

Une des premières annonce de cette année, notamment celle de la République démocratique du Congo, signale déjà Citigroup comme arrangeur principal.

Wall Street reprend les commandes 

L'analyse des données de l'année écoulée révèle une domination notable des institutions de Wall Street. À elles seules, Citigroup et JP Morgan captent plus de 25% de parts de marché sur le segment de la dette internationale africaine. Citigroup occupe la première marche du podium avec 6,6 milliards de dollars arrangés pour 27 émissions, suivie de près par JP Morgan avec 4,1 milliards de dollars pour 22 opérations. Ce succès s'explique principalement par le « pivot » de la Réserve fédérale américaine, qui a commencé à stabiliser, puis à réduire ses taux, rendant la dette en dollars plus attractive pour les investisseurs et moins coûteuse pour les emprunteurs. Ces deux ont agi comme des « faiseurs de marché » indispensables, particulièrement pour les émetteurs dits à haut rendement (High Yield), c'est-à-dire les pays dont la note de crédit est plus fragile mais qui offrent des intérêts plus élevés. Le cas du Kenya est, à cet égard, exemplaire. En 2024 et 2025, Citigroup et JP Morgan ont orchestré le rachat de l'eurobond kenyan qui arrivait à échéance, évitant ainsi un défaut de paiement qui semblait proche aux yeux des experts. Cette manœuvre complexe d'ingénierie financière a rassuré les investisseurs et a littéralement rouvert les portes du marché pour les autres pays du continent.

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Ce dynamisme des banques américaines va de pair avec une position plus discrète des banques européennes, et notamment françaises. Si BNP Paribas (4e au classement), Société Générale (10e) et Natixis (26e) restent présentes, elles semblent se spécialiser sur des segments de niche. On les retrouve davantage sur les émissions liées aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ou sur les opérations en zone Franc CFA (Côte d'Ivoire, Bénin). Ainsi, les banques européennes peinent à maintenir leur influence sur les grandes émissions souveraines de maturité longue. Pour 2026, avec le retour prononcé de l'appétit pour le risque pour des pays comme le Nigéria ou l'Angola, la prime ira naturellement aux banques capables de placer des titres notés comme spéculatifs par les agences de notation, auprès des grands fonds américains spécialistes de ce type de produits financiers.

Le réveil des champions africains et du Golfe

Cependant, on a aussi pu observer une progression des banques africaines et de celles du Moyen-Orient, qui ne se contentent plus de rôles secondaires. Des institutions comme Nedbank et Standard Bank, originaires d'Afrique du Sud, talonnent désormais les leaders mondiaux. Classées respectivement 5e et 6e, elles ont structuré ensemble près de 3,4 milliards de dollars en 2025. Elles ont notamment joué un rôle déterminant dans l'émission de 3,5 milliards de dollars réalisée par l'État sud-africain en décembre dernier, prouvant que les banques locales possèdent désormais la surface financière pour absorber des montants majeurs. Cette souveraineté financière croissante se manifeste également par la « connexion des emprunts islamiques (Sukuks) ». La présence groupée de banques émiraties comme Abu Dhabi Islamic Bank (ADIB) ou Dubai Islamic Bank dans le top 25 souligne la dépendance croissante d'un pays comme l'Égypte vis-à-vis des capitaux du Golfe.

La voie de l'hybridation ?

Pour ces émetteurs, faire appel à des banques de la région permet de diversifier les sources de financement et d'accéder à des liquidités qui ne dépendent pas uniquement du sentiment des investisseurs de New York ou de Londres. Le signal le plus fort de cette mutation vient peut-être du Nigéria. Le classement de la banque d'investissement locale Chapel Hill Denham au 19e rang international est une première historique.

Cette émergence suggère qu’on se dirige vers une hybridation systématique des syndicats bancaires : à l'avenir, une grande opération de dette africaine sera probablement menée par un « Global Lead » américain pour l'accès aux fonds mondiaux, épaulé par un « Champion Régional » pour la connaissance du terrain et la sécurisation des placements locaux. Ce type de schéma se précise déjà avec l’emprunt de 750 millions de dollars annoncé par la RDC, où Rawbank, première banque du pays, est citée comme une actrice clé du processus.

En 2026, l'enjeu ne sera donc plus seulement de savoir combien l'Afrique emprunte, mais avec qui elle choisit de structurer son avenir financier. Entre l'efficacité redoutable de Wall Street et l'ambition des banques du Sud, le paysage de la banque d'investissement sur le continent n'a jamais été aussi compétitif.

Idriss Linge, Agence Ecofin

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